Angela Merkel, une dernière défaite avant la chute?

AllemagneLa nouvelle défaite historique des conservateurs en Hesse met la chancelière en danger. Les écologistes rêvent de chancellerie.

Le président des écologistes de Hesse, Kai Klose (au centre), et des supporters exultent à l’annonce des résultats: près de 20% des voix.

Le président des écologistes de Hesse, Kai Klose (au centre), et des supporters exultent à l’annonce des résultats: près de 20% des voix. Image: EPA/RONALD WITTEK

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Merkel peut-elle encore décemment rester chancelière? C’est la question qui se pose après la nouvelle débâcle électorale en Hesse, qui a vu les deux partis de son gouvernement perdre plus de 10 points… chacun. C’est la défaite de trop, qui pourrait lui coûter son poste dans les prochaines semaines. En effet, rarement une élection régionale n’avait été autant influencée par le plan fédéral.

Malgré un bilan économique défendable, les conservateurs de la région ne sont pas parvenus à convaincre les électeurs qu’il s’agissait de l’avenir de la Hesse et non pas de l’Allemagne. Selon des enquêtes d’opinion, plus de 70% des électeurs se disaient satisfaits de leur situation dans cette région riche de la finance allemande (avec le siège de la Banque centrale européenne à Francfort). Certes, la CDU arrive en tête avec 27% des voix, mais elle perd 11 points par rapport à 2013.

La crise des réfugiés a complètement changé la donne. Avant de prendre la décision d’accueillir en Allemagne les migrants syriens bloqués en Hongrie, les conservateurs atteignaient des scores supérieurs à 40%. Aujourd’hui, le parti que dirige Merkel depuis près de vingt ans est crédité de 25%.

La chancelière, en poste depuis treize ans, n’a jamais été dans une telle position de faiblesse. Fin septembre, elle avait été désavouée par ses propres députés, qui ont refusé la reconduction de son plus fidèle lieutenant à la présidence du groupe parlementaire. Cette décision surprise a confirmé sa perte d’autorité sur le parti. Début décembre, elle se représentera à la tête de la CDU au congrès de Hambourg. Sa réélection n’est pas assurée car le désir de changement grandit dans les rangs du parti.

Annegret Kramp-Karrenbauer, la secrétaire générale de la CDU et dauphine de Merkel, a comparé la situation actuelle de la chancelière avec celle de Gerhard Schröder. Les réformes libérales de l’ancien chancelier social-démocrate avaient mis fin à sa carrière politique. «On peut mettre en parallèle la politique des réfugiés de Merkel avec les réformes Schröder», a-t-elle analysé. Par ailleurs, elle a reconnu que des élections fédérales anticipées seraient nécessaires si les résultats de ce dimanche mettaient fin à la «grande coalition». Et Merkel n’y survivrait pas.

Descente aux enfers du SPD

L’avenir politique de la chancelière ne dépend pas seulement de son propre camp, mais aussi de son allié au gouvernement, le Parti social-démocrate (SPD), qui poursuit sa descente aux enfers, à l’instar du PS français. Le grand parti de la gauche traditionnelle allemande est passé en Hesse sous la barre des 20%, alors qu’il atteignait dans cette région presque 40% des voix dans les années 90. Il y a deux semaines, le SPD n’avait même pas réussi à dépasser les 10% aux élections de Bavière, devenant la cinquième force politique de cette région d’Allemagne.

Une sortie de la «grande coalition» est réclamée par une partie des militants sociaux-démocrates. La poursuite d’une alliance avec Merkel est suicidaire, estiment-ils. Dimanche, les sociaux-démocrates ont menacé une fois de plus de jeter l’éponge. «L’état dans lequel se trouve le gouvernement est inacceptable», a jugé Andrea Nahles, la présidente du SPD, critiquant les querelles qui minent la coalition sur la politique migratoire.

Carton des écologistes

Le mécontentement des électeurs profite aux autres formations, notamment aux écologistes, qui poursuivent une série de succès électoraux impressionnants. Tarek al-Wazir, le ministre Vert de l’Économie de Hesse, est parvenu à pratiquement doubler le score de 2013 avec près de 20% des voix. Avec de tels résultats, les écologistes allemands rêvent déjà de conquérir la chancellerie à Berlin.

Enfin, l’extrême droite achève son implantation politique dans les parlements régionaux allemands. La Hesse était le dernier Land où l’AfD (Alternative pour l’Allemagne) n’était pas encore représentée.


«C’est peut-être la fin du modèle d’alternance»

Andreas Ladner, politologue IDHEAP/Uni

Comme en Bavière, on retrouve en Hesse le même phénomène: chute de la CDU et des sociaux-démocrates, hausse des Verts et de l’AfD…

Oui, et un phénomène qui se répète de cette manière, pour la troisième fois de suite si on prend on compte les dernières élections au Bundestag, cela signifie qu’on n’est pas dans un accident régional mais bel et bien dans une tendance. Et cela, pour les deux grands partis qui dominent la scène politique allemande, c’est inquiétant, et même très inquiétant.

Première victime, la chancelière Angela Merkel, sa position est très affaiblie.

Elle est indéniablement sous forte pression et la discussion sur son sort va être posée de manière très nette. Mais cela, après 13 ans, ce sont des enjeux de pouvoir qui appartiennent à ce qu’on pourrait appeler la politique du quotidien. Ce qui est plus intéressant, c’est de savoir si on assiste à un affaiblissement du rôle intégrateur des grands partis et donc à une transformation fondamentale du système.

C’est-à-dire?

Depuis la guerre, le modèle allemand repose sur l’alternance entre deux grands partis, sur l’oscillation entre les sociaux-démocrates et une CDU conservatrice qui intègre presque toutes les couches de la société. Or avec la montée des Verts autour de 20%, le surgissement de l’AfD, tout devient plus compliqué. Cela fait bientôt 40 ans que la théorie politique prédit ces grands changements, avec l’effondrement des clivages gauche-droite, mais ils ne viennent pas, les grands partis continuent avec des hauts et des bas.

Et maintenant ça viendrait?

Trop tôt pour le dire, mais c’est la question, d’autant qu’on observe les mêmes tendances ailleurs en Europe.

Propos recueillis par Alain Rebetez

(TDG)

Créé: 28.10.2018, 21h47

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