A Moscou, le roi Salman se cherche un nouvel allié

RussieC’est la première fois qu’un monarque saoudien est reçu au Kremlin. Le rapprochement souhaité reste semé d’embûches.

Le chef du Kremlin et son hôte historique, le roi Salman.

Le chef du Kremlin et son hôte historique, le roi Salman. Image: Reuters

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«Le business avant tout!» En plein faste de la première visite en Russie du roi d’Arabie saoudite, les hommes d’affaires des deux pays ne cachaient pas leur enthousiasme hier à Moscou. Le chef du Kremlin et son hôte historique, le roi Salman, se sont efforcés de donner la priorité au renforcement des relations économiques au-delà de la volonté des deux principaux pays pétroliers de baisser la production mondiale et de booster les cours. «Nous entrons dans le concret des coopérations économiques», a insisté Kirill Dmitriev, le directeur du fonds souverain russe allié au fonds saoudien. Mais, interrogé par la Tribune de Genève/24 Heures sur les progrès réels depuis le lancement en 2015 d’un fonds commun de 10 milliards de dollars pour des projets russes, il a reconnu que seul un milliard a été investi dans les faits. «Un début!» assure-t-il.

Hier, de nombreux accords économiques ont été signés. Pour un total de 3 milliards de dollars. Cela inclut en particulier la construction par la Russie d’une usine chimique en Arabie saoudite et l’investissement saoudien dans une société russe de services pétroliers. «Mais ce sont beaucoup d’accords-cadres et autres promesses», prévient Nikolai Sourkov, expert du think tank Russian International Affairs Council, replaçant ce volet économique dans le contexte géopolitique. Moscou et Ryad se rapprochent malgré leurs profondes divergences en Syrie et leurs désaccords sur l’Iran, sujets clef des discussions au Kremlin. «Ce n’est pas la première fois que les Saoudiens font miroiter aux Russes des partenariats économiques», rappelle Nikolai Sourkov. «A chaque fois, cela intervient alors que l’Arabie saoudite s’inquiète de la montée en puissance de Téhéran dans la région et cherche à l’isoler en se rapprochant de son allié à Moscou.» Un jeu économico-diplomatique dont les Russes ne sont pas dupes.

Pour Ryad, cette royale visite à Moscou, maintes fois annoncée et repoussée depuis deux ans, est donc un bon coup tactique. Sous les ors du Kremlin, le roi Salman et Vladimir Poutine ont affiché leur bonne entente, se gardant d’étaler leurs divergences sur la Syrie alors que l’Arabie saoudite soutient les rebelles opposés à Bachar el-Assad et que la Russie a au contraire renforcé son pouvoir en deux ans d’intervention militaire. Géopolitiquement, chacun a trouvé son intérêt dans cette rencontre inédite. Empêtré dans la guerre au Yémen et dans les tensions avec le Qatar, en plein doute sur le soutien réel des Etats-Unis au-delà des déclarations du président Donald Trump, le monarque et le prince héritier Mohammed ben Salman, très impliqué dans le rapprochement avec la Russie, ont besoin de succès sur la scène internationale pour se conforter sur leur scène nationale. Quant à Vladimir Poutine, il a renforcé un peu plus son statut de faiseur de guerre et de paix au Moyen-Orient, étant le seul chef d’Etat à s’entretenir avec tous les acteurs de la crise syrienne et tous les dirigeants de la région.

Moscou

(TDG)

Créé: 05.10.2017, 20h37

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