Quelles réformes pour l'UE? La simplicité, le social

Union européenne Après le Brexit, la relance de l’Union est au cœur des préoccupations. Gilbert Casasus veut croire des réformes possibles.

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L’Union européenne (UE) doit trouver un nouveau souffle après le séisme du «Brexit», répètent les dirigeants des pays membres depuis le référendum qui a acté le départ du Royaume-Uni en juin. Cette relance sera d’ailleurs le sujet principal du sommet extraordinaire, à 27, prévu le 16 septembre à Bratislava.

Elle a aussi été au centre des discussions entre Matteo Renzi, Angela Merkel et François Hollande, qui se sont retrouvés lundi en Italie, et sera au cœur des multiples réunions que tiendra la chancelière allemande avec les dirigeants d’une dizaine de membres de l’UE tout au long de la semaine. «Seulement, les attentes de différents pays de l’Union sont très différentes», relève Gilbert Casasus, professeur en Etudes européennes à l’Université de Fribourg. Interview.

Une relance de l’UE est réclamée, mais y a-t-il des pistes faisant consensus?

La plupart des pays membres ont leurs propres préoccupations et chacun vit une situation sensiblement différente. De plus, les dirigeants de l’Allemagne, la France et l’Italie, les trois plus fortes économies (mis à part le Royaume-Uni) et les trois pays les plus peuplés, sont affaiblis à l’interne. Hollande a une cote de popularité au plus bas et la présidentielle a lieu l’année prochaine, Renzi affronte bientôt un référendum sur les institutions qui peut compromettre son avenir politique et l’assise de Merkel n’est plus aussi forte que par le passé. Son pays perd en outre un partenaire économique extrêmement important avec le départ du Royaume-Uni et son environnement géopolitique semble détérioré.

Cela dit, Berlin semble plus ouvert qu’à l’accoutumée à accepter un peu plus de souplesse budgétaire, réclamée par Paris et Rome notamment. On observe aussi une impulsion pour un renforcement de la défense commune, prôné par l’Italie et souhaité par la France.

Pourquoi cette évolution?

Plusieurs éléments permettent une ouverture. L’apparition de la guerre asymétrique (notamment les attentats de Daech), un certain désengagement des Etats-Unis et le départ du Royaume-Uni, qui représentait un des plus gros contingents militaires de l’UE, forcent les Européens à revoir leur défense. Et parallèlement, l’Allemagne vient d’annoncer une substantielle augmentation de ses dépenses militaires. La sécurité et la défense des frontières extérieures font aussi partie des principales préoccupations de l’UE. Enfin, de nombreux pays de l’Est sont extrêmement préoccupés par la menace russe. Il y a donc une conjonction favorable pour avancer vers un embryon d’armée commune.

La défense des frontières et la lutte antiterroriste représentent cependant des dépenses accrues. D’où, peut-être, l’éventuelle acceptation d’un peu plus de souplesse budgétaire.

Les pays de l’Est souhaitent-ils eux aussi une relance de l’Europe?

Ils ne désirent en tout cas pas de renforcement institutionnel. Outre le fait qu’ils soient obnubilés par le conflit ukrainien, ils voient encore surtout l’Europe comme une grande tirelire. Ils veulent plus de subventions agricoles et d’infrastructures, mais moins de contraintes de protection de l’environnement. Ils refusent aussi d’accueillir des réfugiés et s’opposent totalement aux quotas de répartition. En somme, la plupart d’entre eux défendent leurs intérêts particuliers.

Le fait que Londres traîne des pieds pour initier officiellement la sortie de l’UE n’est-il pas préjudiciable au «nouveau souffle»?

Bien sûr. Le Royaume-Uni nargue l’UE. Le fait de retarder ce départ est très négatif pour l’UE. Mais calculé. Londres prétend ainsi bénéficier le plus longtemps possible des avantages de l’Union.

Quelles seraient les mesures à prendre pour relancer l’UE?

Personnellement, je pense qu’il faudrait avoir le courage de faire certaines réformes institutionnelles. Notamment revoir le Traité de Lisbonne. Il faut un texte simple, clair, et qui ait une légitimité politique, auquel les citoyens européens puissent s’identifier. Il faudrait aussi briser le tabou sur l’Europe à plusieurs vitesses, et permettre des coopérations entre certains Etats, qui puissent ensuite avoir un effet d’entraînement. Enfin, je plaide pour un volet social des traités européens. Ce volet est quasi inexistant à l’heure actuelle, alors que beaucoup de citoyens sont persuadés d’avoir perdu des acquis sociaux à cause de l’UE. Il faut qu’ils retrouvent espoir en l’Europe.

Créé: 23.08.2016, 22h51

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Gilbert Casacus, professeur en Etudes européennes à l’Université de Fribourg.
(Image: DR)

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