En Espagne, le premier ministre Pedro Sánchez fait le pari de nouvelles élections

Elections législativesLe leader socialiste espère renforcer sa majorité. Mais avec cette 4e élection en quatre ans, les Espagnols expriment leur lassitude.

Le socialiste Pedro Sánchez

Le socialiste Pedro Sánchez Image: AFP

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«Nous avons voté et fait notre devoir de citoyens, ensuite c’est aux politiques de faire leur boulot et de négocier des accords entre eux. Ils en sont incapables!» Au lendemain de l’annonce de nouvelles élections, Alicia Rodrigo, avocate à Madrid, clame son indignation. «Et pendant ce temps-là le pays est sans budget, sans financement pour la recherche ou pour les bourses scolaires. Nous sommes les otages de leur incompétence», proteste aussi Miguel Zavala, professeur d’université.

Près de cinq mois après les élections législatives du 28 avril, l’Espagne se prépare à retourner aux urnes, pour la quatrième fois en quatre ans, dans un climat d’exaspération. Pourquoi les formations politiques n’ont-elles pas réussi à se mettre d’accord pour constituer une majorité de gouvernement?

Cela semble d’autant plus incompréhensible que le président du gouvernement sortant, le socialiste Pedro Sánchez, semblait seul maître du jeu. Sa liste avait obtenu une solide avance, avec 123 députés sur un total de 350, loin devant les conservateurs du Parti populaire (66 élus), qui n’avaient aucune option pour monter une alternative à droite.

Les jeux semblaient faits pour Pedro Sánchez, qui n’avait qu’à décider s’il préférait monter une alliance vers le centre avec les libéraux de Ciudadanos ou bien sur sa gauche avec Podemos, avec l’appui des petits partis nationalistes régionaux. Sauf que rien ne s’est passé comme prévu. Contre toute attente, les centristes ont préféré couper rapidement les ponts pour nouer des accords à droite aux élections locales, et Podemos a commencé à faire monter les enchères dans l’espoir d’occuper les postes clés dans un gouvernement.

Après les négociations ratées de juillet, qui avaient débouché sur un échec de Pedro Sánchez lors du premier vote d’investiture au parlement, le pays est en stand-by. Les Espagnols espéraient que les négociations reprendraient au retour des vacances pour débloquer la situation, mais Pedro Sánchez faisait le pari inverse.

L’œil collé aux sondages qui prédisent une montée du Parti socialiste (PSOE) en cas de nouveau scrutin, Sánchez a choisi de laisser pourrir la situation, pour aller directement à de nouvelles élections. Fini les propositions de ministères et de vice-présidence aux Affaires sociales pour Podemos. «L’important pour Pedro Sanchez est de marginaliser Podemos, qui s’était montré trop gourmand en juillet, décrypte Pablo Simón, professeur de sciences politiques à la Universidad Carlos III de Madrid. Et en même temps, il veut marquer un virage vers le centre afin de récupérer l’électorat le plus modéré de Ciudadanos, qui est incommodé par le flirt du parti libéral avec Vox à l’extrême droite, dans les pactes pour les mairies et les régions.»

Le leader socialiste calcule qu’après les élections de novembre, il devrait avoir les coudées franches pour asseoir un gouvernement plus stable. Surtout au moment où la croissance économique du pays commence à s’essouffler. Mais il ne devrait pas obtenir la majorité absolue et devra, encore une fois, chercher des alliés. «Le jeu est risqué car les sondages sont ce qu’ils sont, juste des estimations, rappelle Pablo Simón. Il est difficile de prédire le taux d’abstention, qui pourrait être particulièrement élevé chez les électeurs de gauche déçus.»

Sans oublier, non plus, que l’automne risque d’être agité, alors que le verdict du procès des dirigeants catalans, jugés pour la tentative de sécession d’octobre 2017, doit tomber dans les prochaines semaines. Cela risque de raviver les tensions et d’enflammer les passions nationalistes au moment d’aller aux urnes.

Créé: 19.09.2019, 21h02

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