L’épidémie force l’Italie à décréter la quarantaine

CoronavirusPassant de trois à 150 cas de contagion en trois jours, l’épidémie s’est propagée dans tout le nord de la péninsule. Onze villes sont soumises à des mesures de confinement.

La police veille au respect des mesures, comme ici à Casalpusterlengo, ville interdite.

La police veille au respect des mesures, comme ici à Casalpusterlengo, ville interdite. Image: ANDREA FASANI

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Des dizaines de nouveaux cas de contagion chaque jour, des milliers de Lombards en quarantaine, Milan paralysée: le coronavirus, ou Covid-19, a dramatiquement pris pied en Italie. La diffusion du virus est d’autant plus inquiétante qu’elle a été foudroyante.

Avec la contamination de trois personnes ayant séjourné en Chine, la péninsule était jeudi dernier encore un des pays européens les plus épargnés par le virus. Les compteurs ont commencé à s’affoler vendredi: quinze cas, puis 30, puis 80. Une comptabilité désormais actualisée heure par heure. Samedi, on dénombrait 150 cas de positivité au Covid-19, mais ce chiffre sera certainement dépassé dimanche.


Lire également «La réaction de Rome nous rassure»


Le principal foyer d’infection se trouve à Codogno, une ville lombarde de 16'000 habitants, où l’on compte 41 cas de contamination. L’épicentre de la contagion est l’hôpital de Codogno, où plusieurs patients et membres des équipes sanitaires ont été contaminés. Mais une dizaine de bourgs dans un rayon d’une trentaine de kilomètres où vivent 50'000 personnes sont également touchés par le virus.

«Modèle Wuhan»

Les autorités ont donc décidé d’appliquer le «modèle Wuhan». Onze bourgs sont complètement isolés du monde. En quarantaine, leurs habitants ne peuvent plus quitter leur domicile, pour éviter que se reproduise l’épisode d’une famille qui s’était déplacée sans autorisation dans la région de Naples. L’accès à la zone est interdit par des barrages de police, y compris aux journalistes. Seules les pharmacies et quelques supermarchés sont ouverts et approvisionnés par des «couloirs sanitaires». Le premier ministre Giuseppe Conte, interrogé dimanche sur la chaîne Rai 1, a justifié les mesures et appelé à ne pas succomber à la panique. «Il ne faut pas avoir peur du fait que le nombre de cas augmentera encore», a-t-il ajouté.

Samedi, sur des images des réseaux sociaux diffusées par les habitants de la région, on voyait des rues spectrales, des étalages vides, de rares passants portant des masques sortis avec leur chien. À l’enterrement de la deuxième victime du virus, une femme de 77 ans, n’étaient présents qu’un seul parent et le prêtre.

L’autre foyer principal est la Vénétie, en particulier la ville de Vo’ Euganeo, où onze cas ont été découverts. Mais on ne peut plus raisonner en termes de foyer d’infection. Des cas de contagion ont été signalés à Venise, où le célèbre carnaval qui devait commencer hier a été annulé, à Milan et à Padoue. Avec respectivement six et neuf contaminations, le Piémont et l’Émilie-Romagne sont également touchés.

Plus inquiétant encore: les deux présumés patients zéro venus de Chine et censés avoir apporté le Covid-19 en Lombardie et en Vénétie se sont révélés négatifs au test. L’enquête épistémologique est donc revenue à la case départ. Les autorités sanitaires ne savent pas comment le virus est arrivé dans la péninsule et n’ont plus d’indices pour suivre sa trace et mettre en quarantaine les personnes susceptibles d’avoir été à son contact.

La stratégie adoptée par le gouvernement avant l’explosion de l’épidémie est donc critiquée par l’OMS. Rome a en effet été le seul gouvernement européen à bloquer tous les vols directs en provenance de Chine. Mais cette apparente rigueur sanitaire n’a fait qu’inciter les Chinois à faire des escales pour pénétrer dans la péninsule, un par un, en provenance de pays tiers. Ils ont ainsi échappé aux contrôles et à la quarantaine préconisée par les experts.

Milan menacée

C’est toutefois la découverte, à Milan, de deux contaminations secondaires, sans que les patients aient séjourné en Chine, qui inquiète désormais le gouvernement. Avec 1,5 million d’habitants, Milan, haut lieu de la finance et de la mode, a une grande communauté chinoise. Si la capitale lombarde devait être soumise à une quarantaine, c’est toute l’Italie, déjà au dernier rang des pays de la zone euro pour la croissance, qui entrerait en hibernation.

Pour éviter cette mesure extrême et techniquement difficile à imposer, les autorités ont donc décidé la fermeture des écoles, des universités, du tribunal et des théâtres, le renvoi de toutes les manifestations sportives. La mesure a été élargie à tout le nord de la péninsule, aux concours publics et aux offices religieux. La semaine milanaise de la mode, sans les grands buyers chinois, s’est terminée dans la déprime, et Giorgio Armani a fait ses défilés à portes closes. De grandes manifestations, comme le Salon du meuble, sont aussi compromises.

Malgré l’urgence, les stériles polémiques politiques ne s’arrêtent pas. Matteo Salvini a ainsi demandé la suspension des Accords de Schengen pour «défendre les frontières de l’Italie». Coronavirus et virus du populisme vont de pair.

Créé: 23.02.2020, 21h14

Le monde retient son souffle

«La plus grande urgence sanitaire depuis 1949»

Inquiets de la multiplication en Iran des cas (43 au total) et des décès (huit), l’Arménie, la Turquie, la Jordanie, le Pakistan et l’Afghanistan ont fermé leur frontière ou restreint les échanges avec ce pays. Ces mesures sont présentées comme temporaires.

Une étude publiée vendredi par le centre des maladies infectieuses de l'Imperial College de Londres «estime qu’environ les deux tiers des cas de Covid-19 sortis de Chine sont restés indétectés au niveau mondial». Et les précautions manquent parfois: le Japon a confirmé dimanche que le virus avait finalement été diagnostiqué chez une ex-passagère du Diamond Princess, rentrée chez elle par le train mercredi après avoir été considérée comme un cas négatif.

En Chine, le bilan a atteint dimanche 2442 morts, après l'annonce de 97 décès supplémentaires, tous sauf un dans la province centrale du Hubei, berceau du virus. Le Ministère de la santé a aussi fait état de 648 nouveaux cas de contamination, ce qui porte à environ 77'000 le total national.

Aux États-Unis, il y a désormais 35 cas officiellement répertoriés. Parmi les rapatriés du Diamond Princess en quarantaine, 18 ont été testés positifs.

Une septantaine d’hôpitaux supplémentaires vont être «activés» pour anticiper une éventuelle propagation du virus en France. Objectif du Ministère de la santé: avoir au moins un établissement par département dans la métropole.

Aucun cas d’infection n’est signalé en Suisse. Les autorités suivent de près l’évolution de la situation italienne et se disent «préparées à l’éventualité d’une propagation». L’Office fédéral de la santé publique annonce une communication ce lundi matin, qui portera «notamment sur les mesures supplémentaires qui peuvent être envisagées».

Blaise Craviolini/Avec AFP

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