L’enquête sur Manchester suit la piste libyenne

AttentatHuit personnes ont été interpellées au Royaume-Uni. Le père et le frère du terroriste, arrêtés à Tripoli. Des fuites exaspèrent Londres.

Rassemblement en hommage aux victimes à Manchester. Photo d'illustration.

Rassemblement en hommage aux victimes à Manchester. Photo d'illustration. Image: AP

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L’enquête sur l’attentat de Manchester (22 morts et 64 blessés, dont 20 graves) avance rapidement. «Les arrestations que nous avons réalisées sont significatives et les recherches initiales dans des logements ont révélé des objets que nous pensons être très importants pour l’enquête. Il est pour moi très clair que nous enquêtons sur un réseau», expliquait jeudi le chef de la police du Grand Manchester, qui a déjà interpellé huit personnes depuis mardi matin.

Plusieurs photos de débris de la bombe utilisée par le terroriste Salman Abedi laissent penser qu’il n’a pas agi seul. «La partie la plus importante est le détonateur», a expliqué Will Geddes, un spécialiste britannique de la sécurité. «Il suggère qu’elle a été bien confectionnée de manière professionnelle. Elle pourrait même avoir été enclenchée à distance. Je doute donc fortement qu’Abedi l’ait fait seul.»

L’enquête permet aussi de reconstruire l’histoire de cette famille anglo-syrienne. Si Salman Abedi, 22 ans, est né à Manchester, ses parents, eux, viennent de Libye. Son père, Ramadan, a fui la capitale, Tripoli, en 1993, afin d’échapper au régime de Muammar Kadhafi. Après un court séjour à Londres, cet agent de sécurité et son épouse se sont installés dans le sud de la ville. Nommé muezzin de la mosquée de Didsbury, il était alors un homme estimé et reconnu dans sa communauté, notamment pour son combat contre l’extrémisme religieux. Avec son épouse, ils ont eu quatre enfants: Ismail (23 ans), Salman (22 ans), Hashem (20 ans) et Jumana, une fille. Tous les quatre allaient en cours dans des écoles publiques.

En 2011, leur vie fut bouleversée lorsque le père de famille retourna en Libye afin de participer à la révolution libyenne contre Muammar Kadhafi. «J’ai combattu à ses côtés et nous nous appelions les combattants de Manchester», a raconté un de ses camarades au Guardian. Il fut alors suspecté d’avoir rejoint le Groupe islamique combattant en Libye, proche d’Al-Qaida, jusqu’aux attaques du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis.

Pendant son absence, son fils Salman se serait radicalisé. Deux de ses camarades auraient même prévenu il y a cinq ans la police après qu’il a indiqué que se faire exploser était «OK». D’autres racontent qu’il traînait avec les «mauvaises personnes» et était «très influençable». Mis au courant de cette radicalisation, son père l’obligea à aller vivre en Libye avec lui. «Le père gardait tous les passeports», a expliqué Jamal Zubia, un membre de la communauté libyenne de Manchester. «Il le lui a rendu lorsque Salman a annoncé qu’il voulait faire un pèlerinage à La Mecque. Sa mère était heureuse.»

Dès mercredi, son frère cadet, Hashem, et son père ont été arrêtés par une milice libyenne liée au gouvernement. L’un de ses porte-parole a expliqué au Times que Hashem «a admis qu’il avait prévu un attentat à Tripoli. Il a dit qu’il savait tout ce que son frère faisait à Manchester et qu’il l’avait eu au téléphone le jour de l’attaque. Il a également appelé sa mère quinze minutes avant l’attaque.» Ces informations ne sont pas confirmées, d’autant qu’elles pourraient avoir été obtenues sous la torture. Juste avant son arrestation, Ramadan Abedi avait condamné tout acte terroriste lors d’une discussion avec des journalistes. «Nous ne croyons pas dans le meurtre d’innocents. Ce n’est pas nous.»

Alors que la police tente de reconstituer ce puzzle, elle a décidé jeudi de cesser de partager ses informations avec le FBI américain. Elle comptait initialement garder secret le nom du suspect de l’attentat pendant trente-six heures afin de procéder à des arrestations rapides de son réseau. Elle a été obligée de l’officialiser bien avant, après que ce nom a été révélé par des médias américains. Très en colère, la ministre de l’Intérieur, Amber Rudd, avait alors réclamé que «cela ne se répète pas». Dès le lendemain, le New York Times a pourtant publié des photos du sac, du détonateur, de piles mais aussi d’écrous et de vis utilisés comme projectiles par le terroriste. Ce qui a rendu furieuse Theresa May, la cheffe du gouvernement, qui a l’intention de demander des comptes au président Trump, vendredi, au G7.

Créé: 25.05.2017, 19h04

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