«L’engagement politique pour réduire les gaz à effets de serre est déjà une victoire»

Réchauffement climatiqueLa Chine et les Etats-Unis s’entendent pour fixer des objectifs de réduction de leurs émissions polluantes. Martin Beniston, climatologue et professeur à l’Institut des sciences de l’environnement de l’Université de Genève, analyse cette annonce.

Martin Beniston, climatologue et professeur à l’Institut des sciences de l’environnement de l’Université de Genève.

Martin Beniston, climatologue et professeur à l’Institut des sciences de l’environnement de l’Université de Genève. Image: Pascal Frautschi

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Les États-Unis et la Chine sont prêts à faire des efforts pour réduire leurs émissions de gaz à effets de serre, ont-ils annoncé cette nuit à Pékin, dans une déclaration surprise. La Chine, premier émetteur mondial, s'est fixée l'objectif d’inverser la courbe de ses émissions «autour de 2030», avec l'intention «d'essayer d'y arriver plus tôt». De leur côté, les États-Unis se sont engagés sur une réduction de 26-28% de leurs émissions d'ici 2025 par rapport à 2005. Ces annonces interviennent alors que l’Union européenne s’est elle aussi engagée il y a peu sur ce dossier à enjeu primordial, et alors que doit se tenir fin 2015 à Paris la conférence mondiale sur le climat. La réaction de Martin Beniston, climatologue et professeur à l’Institut des sciences de l’environnement de l’Université de Genève.

Comment accueillez-vous la nouvelle d’un accord entre la Chine et les Etats-Unis, qualifié d'historique par Barack Obama, pour réduire leurs gaz à effets de serre?

Le fait que les deux premiers pollueurs de la planète s’allient pour prendre des engagements, c’est évidemment une excellente nouvelle. Bien sûr, il faudra voir si ces engagements seront tenus sur le long terme; on voit déjà que Barack Obama se fait attaquer sur ces questions avec la perte de majorité démocrate au Congrès. Mais ce qui est important, c’est que l'on voit que le politique est désormais capable de prendre publiquement des engagements qui vont dans le bon sens. Cela donne de l'espoir.

C'est la première fois que la Chine prend de tels engagements...

La Chine prend conscience qu’elle ne peut plus se permettre d’évoluer avec des niveaux de pollution – lesquels ne concernent pas que les gaz à effets de serre – qui entraînent des coûts importants pour la santé et qui commencent à pénaliser son développement économique. Elle se trouve aujourd’hui dans une situation où elle est contrainte d’agir pour réduire cette pollution.

L’Union européenne s’est engagée, elle, à réduire d’ici 2030 les gaz à effets de serre de 40% par rapport au niveau de 1990. Les États-Unis et la Chine font aussi des efforts. Mais cela est-il suffisant pour empêcher à long climat à long terme l’impact catastrophique sur le climat ?

Grosso modo, on se situe avec ces engagements dans des objectifs de 30 à 40% de réduction d’ici 2030. Il est clair que ces niveaux ne sont pas suffisants si l’on veut atteindre une stabilisation de la hausse des températures ou limiter cette hausse à 2 degrés d’ici la fin du siècle, comme le GIEC (Groupe intergouvernemental d'experts sur l'évolution du climat) le préconise. Pour y arriver, il faudrait des objectifs deux fois plus élevés, avec une fourchette de réduction située entre 60 et 80%. Mais il faut être réaliste: les marges de manœuvre sont étroites car nos sociétés sont encore très dépendantes des carburants fossiles.

Les alertes lancées par les scientifiques sur les effets à long terme du réchauffement climatique ne sont pas toujours faciles à comprendre pour le grand public. Quels sont, aujourd’hui déjà, les démonstrations les plus tangibles de ces effets?

En Suisse, il suffit de se promener dans les montagnes pour voir très clairement ces effets, avec le recul des glaciers. Allez donc vous promener au glacier du Trient, le recul est impressionnant pour qui connaît la région. Il faut se rendre compte que le niveau des océans a augmenté de 30 centimètres depuis le début du XXe siècle, et on pourrait atteindre 1 mètre de plus d’ici cinquante ans. Pour certaines îles, ces effets ont des significations déjà très concrètes. Mais on pourrait aussi très bientôt voir ces effets menacer de grandes métropoles. A Singapour, c’est toute l’activité portuaire qui pourrait être en difficulté d’ici peu. Le fait qu’une importante place économique de la planète puisse être menacée de la sorte a de quoi frapper les esprits. (TDG)

Créé: 12.11.2014, 16h06

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