L’«émir» du double meurtre d’Imlil témoigne contre Kevin Z.

Abdessamad El Joud, le principal accusé dans l’affaire des deux Scandinaves tuées au Maroc, a expliqué mercredi le déroulement des faits.

Cérémonie en souvenir des victimes scandinaves devant la cathédrale de Rabat.

Cérémonie en souvenir des victimes scandinaves devant la cathédrale de Rabat. Image: Keystone

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«Je n’ai pas d’adresse fixe au Maroc car je n’habite pas au Maroc. Je viens seulement cinq ou six fois par an», a déclaré Kevin Z., le Genevois poursuivi, avec 22 coaccusés, dans le cadre du meurtre de deux jeunes touristes scandinaves à Imlil, près de Marrakech, en décembre dernier.

Présenté à la Cour antiterroriste du Tribunal de première instance de Salé uniquement pour un vice de forme, Kevin a ainsi profité de la très courte occasion qui lui était donnée – décliner son état civil – pour se positionner le plus loin possible de l’affaire. «Pendant toute l’enquête préliminaire, Kevin n’a pas eu droit à un traducteur, et tout ce qui est écrit dans son PV est largement faux», a expliqué Saad Sahli, son avocat, mais le juge a décidé qu’il trancherait ce problème de forme en même temps que le fond du dossier.

Celui-ci a été abordé avec le long témoignage de cinq prévenus, dont les trois meurtriers des jeunes femmes. Abdessamad El Joud et Younes Ouaziad ont reconnu – avec force détails et sans véritablement exprimer de regrets – avoir frappé, égorgé et même décapité Louisa Vesterager Jespersen et Maren Ueland dans la nuit du 16 au 17 décembre 2018, à Imlil, au pied du Mont Toubkal, tandis que Rachid Afati a reconnu avoir filmé puis diffusé une vidéo sur les réseaux sociaux. Ils ont en particulier expliqué avoir passé quatre jours à Imlil, avant le crime, à rechercher celui ou celle qui serait leur victime.

Au delà du récit sordide et répété de cette nuit d’horreur, l’ « émir » Abdessamad El Joud a répété devant la Cours ses déclarations à propos de Kevin Z. « J’ai rencontré Kevin en 2016, via un ami commun. Nous avons discuté de la hijra. Nous nous sommes revus a plusieurs reprises. Kevin m’a même invité à une fête, chez lui, où nous n’avons parlé que de la hijra », a déclaré Abdessamad El Joud. La hijra, définie généralement comme l’émigration des musulmans en terre d’islam, est également l’un d’est pilier de la propagande djihadiste, de Daech pour attirer de nouveaux combattants. De fait, s’il ne fait aucun doute que Kevin n’a participé ni aux meurtres, ni à leur préparation, il avait, selon « l’émir », bel et bien l’intention de participer à des actions djihadistes .

A la question répétée du président de la Cours sur le désir de Kevin de partir faire le jihad à l’étranger ou bien également au Maroc, l’Emir a expliqué qu’il n’avait jamais entendu Kevin dire qu’il voulait participer à des attentats au Maroc, mais uniquement exprimer son désir de faire le jihad à l’étranger, notamment auprès d’une branche de Daech aux Philippines. Une nuance de taille pour l’État marocain même si pour Kevin elle est double tranchant. Il devient difficile de poursuivre Kevin pour la préparation d’attentats au Maroc mais la nuance dont fait preuve Abdessamad El Joud apporte du crédit à son propos puisqu’il devient difficile de l’accuser de chercher à « charger » Kevin.

« J’ai également été au paintball avec Kevin et c’est lui qui a payé », a ajouté l’émir. Cet épisode – anodin ; un jeu qu’affectionne Kevin, selon sa famille - est d’autant plus important dans ce procès qu’il est interprété comme l’organisation par Kevin Z. d’un entraînement au tir pour ses compagnons. Cependant, Abdessamad El Joud, qui a tenté par ailleurs de minimiser son propre rôle moteur dans l’organisation du double meurtre, n’a pas présenté Kevin comme une personne en position d’entraîner ou d’initier d’autres apprentis djihadistes . A la question, Kevin vous a-t-il montrer des sites internet relié à l’État islamique ?, il a répondu : « Je n’ai pas besoin de lui pour ça ».

Aujourd’hui Kevin Z. risque 30 ans de prison. Un autre Suisse, Nicholas, interpellé dans le cadre de la même affaire, a déjà été condamné à 10 ans de prison, le 12 avril dernier, dans le cadre d’un autre procès.

Créé: 30.05.2019, 22h05

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