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AfriqueLa peur du virus a freiné les électeurs au Mali

Les Maliens sont allés aux urnes ce dimanche pour voter lors d'élections législatives menacées par le coronavirus et les violences.

Le leader de l'opposition malienne, Soumaïla Cissé (ici en 2018), a été enlevé il y a quelques jours par des inconnus armés.
Le leader de l'opposition malienne, Soumaïla Cissé (ici en 2018), a été enlevé il y a quelques jours par des inconnus armés.
AFP

Crainte du coronavirus et de la menace djihadiste: les électeurs maliens se sont rendus aux urnes en ordre clairsemé dimanche pour élire leurs députés au cours de législatives pourtant à fort enjeu.

Aucun chiffre officiel de participation n'était disponible peu avant la fermeture des bureaux de vote à 18h00 (20h00 suisses), mais les constatations de l'AFP et des observateurs laissent à penser qu'elle sera faible. A la mi-journée, elle était de 7,5% dans les bureaux visités par le millier d'observateurs d'un groupement d'associations de la société civile.

Les premières tendances ne sont pas attendues avant plusieurs jours. Reportées à plusieurs reprises depuis deux ans, ces élections doivent permettre de renouveler les 147 sièges du Parlement en deux tours, ce dimanche et le 19 avril.

Climat délétère

Après une campagne ralentie par les mesures sanitaires en raison du coronavirus et qui n'a pas suscité de grand engouement, le scrutin se tient dans un contexte délétère: les violences djihadistes et intercommunautaires persistent malgré le déploiement depuis des années de forces françaises, sahéliennes et de l'ONU.

Signe de cette insécurité, le chef de file de l'opposition, Soumaïla Cissé, a été enlevé à quelques jours de l'élection alors qu'il faisait campagne dans son fief électoral de Niafounké, près de Tombouctou (nord).

Il est vraisemblablement aux mains de djihadistes se revendiquant du prédicateur peul Amadou Koufa, chef de l'une des branches de la principale alliance djihadiste du Sahel, affiliée à Al-Qaïda, selon un élu et une source sécuritaire.

Le président Ibrahim Boubacar Keïta s'est indigné dimanche de ce rapt, promettant de «ne ménager aucun effort pour obtenir sa libération». Il a salué la «maturité» du parti de M. Cissé, qui a appelé à une «participation massive». Plusieurs autres formations d'opposition souhaitaient un report du vote à cause du coronavirus.

Mesures insuffisantes

Pourtant, les électeurs se sont méfiés, avançant souvent des craintes liées au Covid-19, qui a contaminé une vingtaine de personnes et fait samedi sa première victime dans le pays, longtemps épargné.

S'ils sont allés voter, c'est «la peur au ventre», comme l'a dit à Bamako un enseignant de 34 ans, Souleymane Diallo. «Ils nous demandent d'aller voter alors qu'on utilise tous le même stylo et la même encre. Il n'y a pas un mètre entre les gens», pestait Amadou Camara, qui a préféré s'abstenir.

«Si dans certains centres, le matériel a permis de respecter les mesures sanitaires, il est clair que dans de nombreux autres, les gestes barrière n'ont pas été respectés et le dispositif n'était pas en place pour se laver les mains», a affirmé à l'AFP Aminata Touré, de l'ONG «Travaillons pour un Mali propre».

Près de 300 bureaux fermés

Un autre enjeu était simplement que le scrutin puisse se tenir dans les larges parties du territoire en proie à des violences quasi-quotidiennes. Sur les quelque 12'500 bureaux de vote, 274 n'ont pas pu ouvrir, selon le ministère de la Sécurité et de la Protection Civile.

A Mopti (centre), au coeur d'une région particulièrement touchée par les attaques djihadistes et les conflits entre communautés, il n'y a «pas vraiment eu d'affluence», a dit le président d'un bureau de vote. «Le coronavirus et l'insécurité ont chassé les électeurs».

A Tombouctou (nord), les centres de vote étaient sécurisés par l'armée malienne. Un président de bureau a toutefois été «enlevé par des hommes armés», selon une source proche du gouvernorat.

Enjeux importants

Pour les experts, les enjeux du vote sont importants. Il s'agit de faire enfin progresser l'application de l'accord de paix d'Alger, signé en 2015 entre les autorités et les groupes armés indépendantistes, notamment touareg, qui avaient pris les armes en 2012. Il ne concerne pas les groupes djihadistes.

Mais sa mise en oeuvre est considérée comme un facteur essentiel d'une sortie de crise, à côté de l'action militaire. Il prévoit plus de décentralisation via une réforme constitutionnelle.

AFP

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