Élection aux États-Unis entre peur et espoir

Scrutin présidentielLa course à l’investiture démocrate débute ce lundi dans l’Iowa. Le président Trump est un adversaire redoutable. Qui le défiera dans les urnes en novembre?

la candidate démocrate Elizabeth Warren lors de sa campagne présidentielle

la candidate démocrate Elizabeth Warren lors de sa campagne présidentielle Image: AFP

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Jason Benson n’est pas du genre à se laisser emporter par ses émotions. L’homme a combattu en Irak et en Afghanistan et a été décoré pour sa bravoure, mais il n’aime pas en parler. «J’ai fait de mon mieux ce qu’on me demandait de faire», dit-il laconiquement. En ce samedi de début février à Cedar Rapids, une ville industrielle de l’est de l’Iowa, il est venu écouter Pete Buttigieg, un vétéran comme lui qui brigue l’investiture démocrate pour pouvoir défier Donald Trump en novembre.


Lire aussi: Un épouvantail nommé Trump dans l’Iowa


Quelques centaines de personnes ont pris place dans la salle pour voir le candidat qui fait partie des favoris pour les caucus de l’Iowa, première étape sur la route de la Maison-Blanche (lire encadré). On est loin des milliers de personnes venues acclamer Donald Trump deux jours plus tôt à Des Moines, la capitale de cet État rural du Midwest. «Quand nous aurons trouvé notre candidat, j’espère que nous pourrons nous unir et nous mobiliser, car c’est la seule manière d’y arriver», explique calmement l’électeur qui n’a pas voté pour Barack Obama en 2008 ni en 2012.

Modération ou révolution?

À l’armée, Jason Benson a appris le respect. Et quand il parle de Donald Trump, il le fait en termes mesurés. «Donald Trump est mon président», explique-t-il aux côtés de sa fille Madison. «Je le respecte en tant que président mais je ne revoterai pas pour lui, car je pense que nous devons changer de voie. Nous avons besoin d’un président calme qui ne se moque pas sans cesse de ses opposants.» L’ancien soldat a choisi la voie modérée du Parti démocrate qu’incarnent Pete Buttigieg (un jeune candidat dont le message d’espoir rappelle par moments celui de Barack Obama), l’ancien vice-président Joe Biden ou encore la sénatrice Amy Klobuchar.

À quelques kilomètres de la salle où Pete Buttigieg tient son meeting, la sénatrice Elizabeth Warren plaide en faveur d’un «changement courageux». «Rêvons en grand, battons-nous durement et gagnons», clame-t-elle devant près de 1000 personnes à Iowa City. L’espoir d’une rupture totale avec la présidence de Donald Trump est pourtant là aussi teinté de craintes exacerbées par la vision d’un Parti républicain qui fait bloc derrière le président des États-Unis pour le protéger de la destitution. «J’ai peur et ça me fait mal de voir ce qui se passe dans notre pays», admet Gretchen Solomon. «Il y a d’ailleurs un dicton qui dit: les démocrates tombent amoureux, les républicains tombent dans le rang.»

La jeune femme est déterminée à tout faire pour éviter cette année la «colère» qu’elle avait ressentie lors de l’élection de Donald Trump en 2016. «Mais nous sommes face à un adversaire extrêmement fort», admet-elle. Dans les plaines enneigées de l’Iowa, le président des États-Unis ne fait plus sourire les démocrates comme c’était le cas il y a quatre ans. «Si nous ne battons pas Donald Trump en novembre, je ne sais pas ce qu’il adviendra de notre pays», glisse Michael Benda, un supporter d’Elizabeth Warren.

Bernie Sanders s’efforce de balayer ces craintes lorsqu’il arrive vers 20h samedi sur la scène d’un grand stade couvert de Cedar Rapids. Le sénateur du Vermont âgé de 78ans affiche sous les acclamations de plusieurs milliers de personnes sa conviction qu’il battra Donald Trump et entonne son refrain en faveur d’une «révolution politique». Les derniers sondages le donnent en tête dans l’Iowa et ce meeting est son tour de force. Entouré par le cinéaste Michael Moore, l’actrice Susan Sarandon et le groupe de rock Vampire Weekend, «Bernie» promet à ses militants de combattre les élites politiciennes et de «transformer les États-Unis».

Antidote à Donald Trump

Chez «Bernie», on boit de la bière et on danse. Mais cette atmosphère festive ne masque pas la crainte, discrète, de Donald Trump. «Je ressens à la fois de la peur et de l’espoir», admet Henry Manning, un supporter du sénateur du Vermont. «Pour avoir une chance de gagner, nous devons proposer un changement radical.»

Kurt Schlegel acquiesce. Il à fait le voyage depuis Charlottesville, en Virginie, pour venir soutenir Bernie Sanders. Il redoute la capacité de Donald Trump à mobiliser les foules mais souligne que «Bernie» a le même pouvoir d’attraction. «La différence, c’est que Donald Trump attise la colère et la peur des gens. Ici, personne n’est en colère. Tout le monde est plein d’espoir. Je suis convaincu que c’est l’antidote à Donald Trump. Sinon, je ne vois vraiment pas ce que ça peut être d’autre.»


Les très curieux «caucus» de l’Iowa: mode d’emploi

Tous les quatre ans, l’Iowa est la première étape sur la route de la Maison-Blanche. Cet État d’un peu plus de 3millions d’habitants dans le Midwest a un mode de scrutin particulier. Ici, on ne vote pas à bulletin secret. On participe à des caucus, sortes de réunions de quartier qui se déroulent dans les salles de sports des écoles, les cures des églises ou des salles communales.

Ces caucus se déroulent à partir de 19h, heure locale, et peuvent durer quelques heures. Les gens votent physiquement. «Vous allez vous mettre dans le coin de la salle attribué à votre candidat et vous vous retrouvez à côté de votre voisin, de vos amis», explique Andy McGuire, l’ancienne responsable du Parti démocrate de l’Iowa. En 2016, c’est elle qui avait organisé les caucus entre Hillary Clinton et Bernie Sanders. «Nous avions eu 171000 électeurs», poursuit- elle.

À l’issue d’un premier tour, les électeurs soutenant un candidat qui n’obtient pas le quorum de 15% des voix pour être considéré comme «viable» peuvent décider de rejoindre un autre camp, ce qui rend l’issue des caucus difficile à prédire. Le vainqueur de l’Iowa aborde généralement la suite des primaires en position de force, mais il n’est pas forcément le candidat investi. En 2008, Barack Obama avait été propulsé vers la Maison-Blanche en gagnant l’Iowa. En 2016, Donald Trump y avait été battu par Ted Cruz, ce qui n’avait pas empêché le milliardaire new-yorkais d’être finalement investi par les républicains. Dans le camp démocrate, Hillary Clinton avait devancé Bernie Sanders d’une marge infime.

Ces caucus ont pour but d’élire des délégués qui représenteront les candidats lors de la convention du parti cet été. Les délégués sont alloués de manière proportionnelle aux scores obtenus par chacun des candidats. Pour pouvoir représenter le Parti démocrate face à Donald Trump, le ou la candidat·e devra obtenir 1990 délégués à l’issue des primaires. L’Iowa en alloue 52.

L’Iowa n’est pas le seul État à avoir des caucus aux États-Unis. Neuf des 50 États américains, dont l’Alaska, le Nevada, le Maine et l’État de Washington, choisissent eux aussi leur candidat ou candidate à la Maison-Blanche de cette manière. J.-C.DE.

Créé: 02.02.2020, 22h00

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