En Egypte, un scrutin mis en scène pour Sissi

LégislativesRetour des caciques de l’ère Moubarak et absence d’opposition: les élections législatives assoiront le pouvoir autoritaire

Affiches électorales dans un quartier du Caire.

Affiches électorales dans un quartier du Caire. Image: EPA

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«C’est purement une compétition entre candidats pro-Sissi! C’est à celui qui sera le plus à même de faire des courbettes au président!» s’énerve Zayd, opposant libéral dont le parti boycotte le scrutin législatif qui s’ouvre aujourd’hui en Egypte.

L’élection du parlement devait en effet mettre fin à la période de transition post-Morsi et concrétiser les idéaux de la révolution de 2011. Mais au final, ces législatives visent seulement à renforcer le pouvoir autoritaire du président Sissi. Avec un air de déjà-vu: résultats connus à l’avance, candidats issus de l’ère Moubarak, absence de véritable opposition et électeurs totalement démotivés.

Donnant donnant

Les Egyptiens sont appelés à élire 596 députés, mais 448 sièges sont réservés à des indépendants. Résultat: les élections font la part belle aux anciens caciques du régime de Moubarak, les seuls à bénéficier de l’argent et des réseaux clientélistes pour se faire élire. «Plus de la moitié des 5000 candidats sont d’anciens membres du parti de Moubarak. Ils ont bénéficié de la clémence de la justice et soutiennent Sissi en échange de l’impunité et de la préservation de leurs intérêts», fustige Zayd.

Symbole parmi d’autres de leur retour en grâce, la candidature de l’homme d’affaires Sayed Gohar dans un quartier du Caire. Ancien cadre sous Moubarak, l’homme a toutes les chances de retrouver son siège au parlement. «Nous ne pouvons pas nous priver de son expérience politique, justifie un militant chargé de sa campagne. Et il n’a jamais été condamné.» Sans programme, l’homme s’est contenté de promettre la construction d’écoles et d’hôpitaux. Pas de quoi convaincre Ahmed, comme de nombreux électeurs de la circonscription: «Ces hommes sont là pour leurs intérêts. Avant la révolution de 2011, Sayed Gohar a été à la tête de la ville pendant plus de vingt ans. Pourquoi n’a-t-il rien réglé?»

Islamistes faire-valoire

Seule énigme de l’élection: le score du parti salafiste Nour. Autorisée à se présenter grâce à son soutien au coup d’Etat et au président Sissi, bien que la Constitution interdise les partis religieux, la formation islamiste aura du mal à trouver une base électorale dans un contexte de forte répression anti-islamiste.

«Ils veulent capter électoralement les sympathisants islamistes mais risquent de payer leur soutien au régime, analyse un politologue. Ils servent surtout de faire-valoir. Même s’ils arrivent à faire élire des députés, ces voix discordantes seront totalement inefficaces dans un parlement qui représentera le président et non le peuple.»

Créé: 16.10.2015, 18h35

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