L’effroi après le massacre de Las Vegas

Etats-Unis Stephen Paddock, un comptable à la retraite, est l’auteur de la pire fusillade de l’histoire récente des Etats-Unis. Le bilan est de 58 morts et 515 blessés.

Image: AP

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Une rafale de neuf secondes qui semblent interminables. Puis 37 secondes de silence avant une deuxième rafale, et encore une troisième. Lundi matin, les Américains ont entendu l’horreur provoquée dimanche sur le coup de 22 heures à Las Vegas par Stephen Paddock. Installé dans une chambre au 32e étage du Mandalay Bay, un hôtel sur le célèbre Strip de Las Vegas, le comptable à la retraite a ouvert le feu sur une foule de 22 000 personnes qui assistaient à un concert de musique country de l’autre côté de la rue, face à l’établissement. Cinquante-huit personnes ont perdu la vie et 515 autres ont été blessées dans ce qui est désormais la pire fusillade de l’histoire des Etats-Unis. L’homme s’est suicidé avant l’arrivée de la police dans sa chambre.

Daech a revendiqué l’attentat quelques heures plus tard via son agence de presse Amaq, selon l’AFP. «L’assaillant de Las Vegas s’était converti à l’islam il y a quelques mois.» Ces propos ont été contredits par Aaron Rouse, un agent du FBI, et par la police de Las Vegas lundi matin lors d’une conférence de presse. «Nous n’avons aucune idée de ses convictions», a pour sa part affirmé le shérif Joseph Lombardo, du Département de la police de Las Vegas.

Les revendications de Daech ont aussi laissé sceptiques les experts en matière de terrorisme. «Ce n’est pas totalement impossible qu’un homme blanc de 64 ans, originaire de Mesquite (ndlr: une ville du Nevada), soit un supporter de Daech, mais c’est vraiment pousser les suppositions assez loin», a assuré sur Twitter J.M, Berger, chercheur au Centre international pour le contre-terrorisme et coauteur de Daech, l’Etat de terreur.

Les proches de Stephen Paddock avaient de la peine à trouver des explications à ce carnage. Eric Paddock, le frère du tireur, a comparé lundi la tragédie à un «astéroïde tombé du ciel». «Nous ne savons rien. C’est juste un gars qui jouait au poker vidéo, qui allait en croisière et qui mangeait des burritos chez Taco Bell», a-t-il déclaré au Washington Post. «Je ne lui connais pas d’affiliation politique ni religieuse.» Eric Paddock a confirmé aux médias américains que Benjamin Hoskins Paddock, un cambrioleur qui s’était échappé de prison dans les années 60, était le père de l’auteur de la fusillade. A l’époque, Benjamin Hoskins Paddock s’était retrouvé sur la liste des dix personnes les plus recherchées par le FBI et avait été décrit par la police fédérale comme «psychopathe».

Le FBI s’est rendu au domicile de Stephen Paddock à Mesquite, une ville de 17 000 habitants dans le désert à la frontière avec l’Arizona, pour tenter de trouver des indices sur ce qui a poussé à l’acte le retraité avide de jeu et de casinos. Au Mandalay Bay, l’hôtel dans lequel Stephen Paddock logeait depuis jeudi, la police a retrouvé dix fusils d’assaut. Jay Coates, un chirurgien de l’hôpital universitaire de Las Vegas, a décrit une «scène de guerre» au Las Vegas Review Journal. Le quotidien local a aussi recueilli le témoignage d’Ivette Saldana, une rescapée de la fusillade: «C’était un spectacle horrible, a-t-elle raconté. Les gens autour de nous étaient debout, et soudainement ils se sont écroulés.»

La fusillade a suscité une vive émotion à Washington. Donald Trump a rapidement réagi à la tragédie et a condamné un acte «diabolique». Il a annoncé qu’il se rendrait à Las Vegas mercredi et a appelé ses concitoyens à «l’union» et à «la paix». Le président des Etats-Unis n’a pas fait d’allusion à la nécessité, selon lui, que ses concitoyens aient accès aux armes, comme il l’avait fait au lendemain des attentats du 13 novembre à Paris. «Vous pouvez dire ce que vous voulez, mais si les gens avaient eu des armes, (…) la situation aurait été bien différente», avait-il martelé à l’époque. Dans son allocution depuis la Maison-Blanche, Donald Trump a déclaré que ses concitoyens recherchaient «une raison dans le chaos, une lumière dans l’obscurité», mais n’a pas parlé de «terreur» ni de «terrorisme».

L’opposition démocrate au président a vivement réagi à la tragédie. Hillary Clinton, qui avait affiché sa volonté de restreindre l’accès au port d’art d’armes lors de sa campagne pour la Maison-Blanche l’année dernière, a affirmé sur Twitter que le «chagrin» n’était pas «suffisant». «Nous devons mettre la politique de côté, faire front contre la NRA (ndlr: le puissant lobby pro-armes) et travailler ensemble pour tenter d’empêcher que ça se reproduise.»

Chris Murphy, sénateur démocrate du Connecticut, a appelé ses collègues du Congrès à se «bouger le cul». «Il faut que ça s’arrête», a tonné l’élu de l’Etat où s’était déroulée en 2012 la fusillade de Sandy Hook, fatale à vingt enfants et six adultes. «C’est rageant que mes collègues au Congrès aient si peur de l’industrie des armes et qu’ils fassent comme s’il n’y avait pas de réponse politique à cette épidémie.»

Dans le camp de la majorité républicaine au Congrès, les élus ont fait part de leur émotion face à un «acte de violence incompréhensible et horrible», selon les propos de Dean Heller, sénateur conservateur du Nevada. Mais ils n’ont pas mentionné l’accès aux fusils automatiques, qui sont légaux dans le Nevada. L’Etat de l’ouest des Etats-Unis est d’ailleurs l’un des plus permissifs en matière de droit au port d’armes.

Steve Scalise, un représentant républicain de Louisiane gravement blessé dans une fusillade en juin dernier, a appelé ses concitoyens à la «solidarité» avec les victimes de Las Vegas. Le parti républicain a néanmoins intention de faire voter cette semaine un projet de loi généralisant l’accès aux silencieux, malgré l’opposition des démocrates. «Nous devons stopper ça», a réagi Gabrielle Giffords, une ancienne élue démocrate grièvement blessée dans une fusillade en 2011. «Je prie pour qu’ils trouvent le courage de faire des progrès sur la question complexe du port d’armes.»


Rallié aux militants du port d’armes, Trump est désarmé face au drame

La fusillade la plus meurtrière de l’histoire des Etats-Unis va une nouvelle fois confronter la Maison-Blanche à la question de la détention d’armes. Sauf que cette fois, c’est Donald Trump qui devra répondre à l’émotion et aux appels à légiférer de l’opposition démocrate. Sur ce sujet, comme sur d’autres, Donald Trump a changé d’avis. Dans un livre paru en 2000, il n’avait pas eu de mots assez durs contre ces élus républicains qui se pliaient aux exigences du puissant lobby de la National Rifle Association (NRA). Il était alors partisan de restrictions au commerce et à la possession d’armes, de l’interdiction des armes de guerre et de l’allongement du délai imposé avant l’achat par un particulier. Une campagne électorale plus tard, la NRA invitait le candidat aux primaires à assister à son congrès de Louisville. Et le tycoon de la télé-réalité et de l’immobilier se convertissait aux thèses de l’association: liberté d’achat et de port d’armes au nom du sacro-saint deuxième amendement de la Constitution. Depuis, le Texas a autorisé la population à porter son arme sur elle, de façon visible. Les larmes d’Obama après la tuerie de Newton – où un jeune avait abattu 26 personnes, dont une vingtaine d’enfants – et celles de son discours de 2016 à la Maison-Blanche sont essuyées et oubliées. D’ailleurs, l’ex-président démocrate n’avait pas vraiment tenté de s’attaquer au problème. Les décrets qu’il proposait ne concernaient que les armes d’assaut, qui représentent moins de 5% des homicides par arme à feu. Pourquoi? Parce que l’ancien président démocrate ne pouvait pas faire plus.

En effet, dans un arrêt de 2008, la Cour suprême a tranché dans le débat sur l’interprétation du deuxième amendement, qui visait en 1791 à empêcher le gouvernement fédéral de désarmer les citoyens. Cet amendement précise qu’«une milice bien administrée étant nécessaire à la sécurité d’un Etat libre, le droit du peuple/citoyen (people en anglais) de détenir et de porter des armes ne sera pas entravé». Les partisans de restrictions estiment que le droit de détenir et porter des armes est collectif (le peuple). Les autres qu’il est individuel (le citoyen). La Cour a estimé que l’amendement garantit le droit à l’autodéfense de l’individu. Or les juges suprêmes ont ajouté que les armes de poing – qui constituent les trois quarts des homicides par arme à feu aux Etats-Unis – sont «la quintessence de l’autodéfense». Le débat est clos. Et on voit mal les Américains changer la Constitution.

Dans une conférence donnée à l’Institut des Amériques, Didier Combeau, chercheur au Centre d’études urbaines dans le monde anglophone à l’Université Paris IV-Sorbonne, rappelait que le taux d’homicide par arme à feu aux Etats-Unis était de 5,2 pour 100 000 habitants, quand il se situe à 0,25 pour 100 000 au Royaume-Uni, par exemple. Auteur du livre Des Américains et des armes à feu. Violence et démocratie aux Etats-Unis, il expliquait dans un entretien à l’hebdomadaire Le Point de 2012 que «porter une arme, c’est être Américain». Car la participation de citoyens armés à la naissance et au développement des Etats-Unis fait partie des mythes fondateurs de la nation.

Enfin, le débat sur les statistiques est interprété, là aussi, de deux façons différentes. Les uns pensent que la cause du taux d’homicide est la détention d’armes à feu. Les autres qu’au contraire, le port d’armes permet de se défendre et d’éviter des morts. Trump s’est rallié aux seconds.

Olivier Bot (TDG)

Créé: 02.10.2017, 21h53

L’Australie a réagi en revoyant sa législation

Après chaque massacre commis aux Etats-Unis, la question revient: une législation plus ferme sur l’acquisition et le port d’armes à feu permettrait-elle à ce pays ultraviolent de réduire drastiquement son taux d’homicides? On le sait, Barack Obama s’est cassé les dents sur la question…
Mais un autre pays, qui voue pourtant lui aussi un culte viril aux libertés individuelles, a osé. En avril 1996, l’Australie s’était retrouvée devant cette même interrogation après qu’un homme armé eut abattu 35 personnes et en eut blessé 23 autres dans la station balnéaire de Port Arthur, en Tasmanie. Il avait alors suffi d’une dizaine de jours pour que le gouvernement fédéral et les autorités de chaque Etat se mettent d’accord pour restreindre immédiatement et de manière significative l’accès aux armes. L’arsenal législatif comprenait l’interdiction de la vente de fusils automatiques et semi-automatiques, l’introduction d’une raison valable pour détenir une arme ainsi que l’obligation pour chaque détenteur de figurer dans un registre. Le gouvernement conservateur de John Howard lançait en outre un large programme de rachat d’armes, permettant de récupérer en l’espace de deux ans 20% du matériel en circulation dans le pays. Des voix avaient bien tenté de s’opposer au projet, mais l’Australie n’est pas les Etats-Unis: dans ce pays qui n’est pas un producteur d’armes, point de puissant lobby tel la NRA et son long bras sur la politique américaine.

En 2012, une étude de deux chercheurs de l’Australian National University et de la Wilfrid Laurier University à Waterloo, au Canada, montrait qu’en l’espace de dix ans la loi australienne avait fait baisser le nombre d’homicides par armes à feu de 59% et le nombre de suicide par le même moyen de 65%. Mais surtout, l’Australie n’a plus connu une seule tuerie massive depuis l’entrée en vigueur de la loi, alors qu’elle en avait vécu une bonne série durant les années précédentes.

Le pays n’est pourtant pas à l’abri des tueries massives. En 2014, une prise d’otages dans un café de Sydney par un déséquilibré se disant affilié au groupe Etat islamique causait la mort de trois personnes et en blessait grièvement quatre autres. Le pays a déjoué ces dernières années plusieurs projets d’attentats islamistes. Et selon la dernière statistique du Small Arms Survey, publiée en septembre à Genève, l’Australie pointe désormais au sixième rang du classement des importateurs de petites armes. La raison? Cet Etat limite certes l’acquisition d’armes par les particuliers sur son territoire, mais jouerait de plus en plus les plaques tournantes d’import-export pour toute la région océanique.

Cathy Macherel

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