L’écrivaine Asli Erdogan a été remise en liberté

Symbole de la répression turque Accusée de soutenir la rébellion prokurde, la romancière restera sous contrôle judiciaire jusqu’à la fin du procès.

Asli Erdogan, 49 ans, écrivaine de renom sans lien de parenté avec le président homonyme, et Necmiye Alpay, traductrice de 71 ans, étaient assises hier matin sur le banc des accusés.

Asli Erdogan, 49 ans, écrivaine de renom sans lien de parenté avec le président homonyme, et Necmiye Alpay, traductrice de 71 ans, étaient assises hier matin sur le banc des accusés. Image: Keystone

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Coup de théâtre à Istanbul. La première audience du procès emblématique de la répression menée par le pouvoir turc depuis le putsch avorté de juillet s’est conclue hier par la remise en liberté conditionnelle de l’écrivaine Asli Erdogan, de la linguiste Necmiye Alpay et du journaliste Zana Bilir Kaya. En détention depuis quatre mois, ils étaient cités à comparaître, avec six autres intellectuels, pour appartenance «à une organisation terroriste», en l’occurrence le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), ennemi juré d’Ankara depuis trente ans.

Seules Asli Erdogan, 49 ans, écrivaine de renom sans lien de parenté avec le président homonyme, et Necmiye Alpay, traductrice de 71 ans, étaient assises hier matin sur le banc des accusés. Les journalistes Inan Kizilkaya et Zana Bilir Kaya avaient été laissées en cellule, faute de moyen de transport pour les conduire au tribunal… Quant aux cinq autres prévenus, ils ont réussi à quitter le pays l’été dernier avant l’arrivée de la police. Ils seront jugés par contumace.

Emprisonnée depuis plus de quatre mois, Asli Erdogan est poursuivie pour «atteinte à l’intégrité de l’Etat» pour avoir collaboré avec le quotidien prokurde Özgür Gündem (L’actualité libre), fermé par décret. Comme les huit autres prévenus, celle qui est devenue le symbole d’une liberté d’expression bafouée en Turquie risque la réclusion à perpétuité. La femme de lettres, à la santé fragile, est donc loin d’être sortie d’affaire. Cette liberté conditionnelle lui permettra néanmoins de recevoir des soins médicaux, en attendant la reprise du procès le 2 janvier.

L’annonce de la décision du tribunal a suscité une explosion de joie parmi les dizaines de personnes rassemblées devant le Palais de justice pour soutenir les prévenus. L’arrestation d’Asli Erdogan, dans la nuit du 16 au 17 août, suivie de son incarcération à la prison de Bakirköy, a provoqué une vague d’indignation en Turquie et dans le monde, relayée par de nombreux artistes et intellectuels.

Cette physicienne de formation, qui a étudié et travaillé au CERN de 1991 à 1993, avant de se consacrer à l’écriture, est reconnue pour son ton mordant. Lauréate de nombreux prix, elle a vu ses ouvrages traduits dans plusieurs langues. Son dernier livre traduit en français, Le bâtiment de pierre (Actes Sud, 2013), dans lequel elle dénonce l’enfer carcéral en Turquie à travers «les tourments d’une femme hantée par son séjour derrière les barreaux aux côtés de militants», comme le rappelle Le Monde, était prémonitoire.

Ces neufs intellectuels ne sont pas les seules victimes des purges engagées par Ankara dans le cadre de l’état d’urgence déclaré au lendemain de la tentative de putsch avortée. Plus de 41 000 personnes ont été arrêtées depuis la mi-juillet. Au-delà des putschistes présumés, la riposte vise les milieux prokurdes et les journalistes. Près de 130 organes de presse ont été interdits. Depuis le 24 décembre, c’est au tour des internautes turcs d’être dans le viseur. Les autorités ont annoncé qu’elles enquêtaient sur 10 000 personnes soupçonnées d’activités «terroristes» ou d’«insultes» envers les responsables gouvernementaux sur les réseaux sociaux. Et hier, peu avant le début de l’audience, on apprenait l’arrestation du très influent journaliste Ahmet Sik, accusé de faire de la «propagande terroriste» pour avoir posté des tweets jugés critiques envers le régime.

Créé: 29.12.2016, 18h58

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