L’eau, cette redoutable arme des guerres modernes

Droit humanitaireCe jeudi à Genève, quinze pays dont la Suisse appellent à faire davantage pour mieux protéger cette ressource vitale.

D'enjeu, l'eau peut aussi devenir une arme dans différents conflits actuels. Ici un réservoir en Libye.

D'enjeu, l'eau peut aussi devenir une arme dans différents conflits actuels. Ici un réservoir en Libye. Image: Keystone

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Assécher l’ennemi. Inonder ses terres. Polluer les canalisations. A n’en pas douter, l’eau peut être une redoutable arme de guerre. Or, de plus en plus souvent, cette ressource vitale est soit prise pour cible, soit instrumentalisée dans le cadre de conflits armés. Particulièrement dans les régions arides, comme le Moyen-Orient ou l’Afrique du Nord, où son importance stratégique est d’autant plus grande. Et cela, en pleine violation du Droit international humanitaire. Cette tendance alarmante est dénoncée, parmi d’autres urgences, dans le rapport «A Matter of Survival» (une question de survie) publié ce jeudi à Genève par le Panel mondial de haut niveau sur l’eau et la paix. Avec une ribambelle d’exemples. Voyez plutôt.

1. Le Darfour empoisonné

Au Soudan, un conflit armé déchire la région du Darfour depuis 2003. Diverses tribus et communautés locales se disputent le contrôle des terres arables et l’accès à l’eau. Toutes sortes d’atrocités ont été commises pour pousser les populations à fuir. Villageois massacrés, femmes violées en public, maisons incendiées… Mais pour s’assurer qu’ils ne reviennent jamais, les puits ont été systématiquement détruits et des cadavres jetés dans l’eau pour qu’elle soit contaminée.

2. Tripoli pris à la gorge

En Libye, durant le soulèvement de 2011 contre le régime dictatorial de Muammar Kadhafi, les forces loyalistes ont tenté d’étouffer la révolte en coupant les deux tiers des ressources en eau de Tripoli, ce qui a provoqué de graves pénuries pour une partie importante de la population. La capitale, en effet, dépend très largement de la «Grande rivière artificielle», une gigantesque canalisation qui distribue à travers le pays les eaux pompées dans les lointaines nappes du Bassin de Nubie, situées à grande profondeur (entre 500 et 800 mètres sous le désert). Or, cette immense infrastructure construite sous les ordres du colonel Kadhafi dispose d’un «robinet» stratégique à Syrte, bastion de sa famille.

3. La vengeance des Shebab

Dans la Somalie en guerre civile depuis 1991, le groupe salafiste djihadiste des Shebab créé en 2006 n’a pas hésité à couper l’approvisionnement en eau des villes libérées par les forces gouvernementales. L’objectif était bien sûr de démontrer qu’ils conservaient leur pouvoir même sur les zones qui leur échappaient… tout en créant un gigantesque problème logistique pour les autorités locales.

4. Les barrages de Daech

Le groupe Etat islamique (Daech), qui a annoncé en juin 2014 le rétablissement du califat, a conquis cette année-là d’immenses territoires en Irak et en Syrie. Les djihadistes se sont emparés en particulier d’un barrage sur le Tigre - en l’occurrence celui de Mossoul en Irak - mais aussi de trois barrages sur l’Euphrate - Tabqa et Tishrin en Syrie, Falludjah en Irak. Ces infrastructures ont été des armes extrêmement efficaces. Daech les a utilisées de trois manières différentes. D’abord en retenant l’eau, asséchant ainsi les terres et privant la population d’une ressource vitale. Ensuite, en ouvrant grand les vannes afin de provoquer des inondations sur de vastes régions, affectant gravement l’agriculture, l’élevage et les infrastructures. Enfin, la contamination des eaux finissait de rendre ces zones inhabitables. Par ailleurs, les barrages ont servi d’arme défensive: des djihadistes en ont parfois fait leur QG, car la coalition internationale ne pouvait pas se permettre de les bombarder. Ils en ont également fait une source de revenus, assurant la distribution d’eau et d’électricité sur les territoires qu’ils contrôlaient.

5. Villes syriennes assoiffées

Au cours du conflit syrien, qui a éclaté en 2011, de nombreuses localités ont été assiégées, parfois sur de très longues périodes. Prise au piège, la population subit alors des bombardements, qui ciblent souvent des infrastructures vitales, notamment le système de distribution d’eau ou encore les usines de purification. L’objectif est bien sûr de mettre la pression sur les civils pour qu’ils s’enfuient et qu’il ne reste plus que des combattants. Ou alors, s’ils ne peuvent partir, qu’ils poussent les rebelles à se rendre ou déguerpir.

(TDG)

Créé: 14.09.2017, 18h02

Les pistes de Genève

Créé à l’initiative de quinze pays dont la Suisse, le Panel mondial de haut niveau sur l’eau et la paix fait quantité de recommandations. Concernant l’eau dans la guerre, il appelle le Conseil de sécurité de l’ONU à adopter une résolution pour renforcer le respect du Droit international humanitaire. Comment? Notamment en insistant pour que soient pratiqués des cessez-le-feu humanitaires permettant l’approvisionnement en eau des populations civiles. Le Panel propose aussi que soient déployés d’urgence, lors des opérations de paix, des spécialistes militaires capables de restaurer rapidement les systèmes de distribution d’eau.
A.A.

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