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«A Donetsk, les gens se sont résignés à la guerre»

Dans le Donbass, le CICR mène plusieurs missions humanitaires vitales près de la zone de front. Témoignage d’Ariane Bauer.

Distribution de nourriture dans le village de Novozvanivka, près de Louhansk, à l’est de l’Ukraine.
Distribution de nourriture dans le village de Novozvanivka, près de Louhansk, à l’est de l’Ukraine.
CICR/ANASTASIA VLASOVA

De retour, mercredi, d’une mission de dix-huit mois dans le Donbass, à l’est de l’Ukraine, Ariane Bauer, cheffe du bureau du Comité international de la Croix-Rouge (CICR) à Donetsk, une ville grande comme Genève, a vécu l’intensification des combats sur la ligne de front en ce début d’année. Elle témoigne des besoins humanitaires des populations subissant une guerre qui dure depuis trois ans et a fait plus de 9700 morts et 21 000 blessés.

Quel est l’état d’esprit des populations de Donetsk après trois ans de guerre?

La plupart des gens ne comprennent pas ce qui se passe. Ils veulent que le conflit s’arrête. Peu importe à leurs yeux s’ils se retrouvent en Ukraine, dans une république indépendante ou quoi que ce soit d’autre, pourvu qu’ils puissent retourner à une vie normale, retrouver un travail et voir leur famille. A la reprise très violente des combats en ce début d’année, ce qui est inquiétant, c’est que les gens se sont résignés à subir la guerre. En 2014, ils ont fui. Mais beaucoup n’ont pas pu s’installer ailleurs. Alors, quand la situation s’est un peu améliorée à la fin de 2015, ils sont revenus. Et maintenant ils restent, même s’ils se trouvent dans des endroits très exposés, dans des districts de la ville ou des villages proches de la ligne de front.

Quelles sont vos priorités humanitaires?

Il y en a de deux ordres. L’aide aux personnes vulnérables, les enfants qui sont traumatisés par la guerre, mais aussi les nombreuses personnes âgées qui ont travaillé dur dans cette région de mines de charbon et d’industrie sidérurgique. Et beaucoup de retraités vivent avec de petites pensions, l’équivalent de 40 francs suisses, qui couvrent à peine leurs besoins vitaux. Dans les zones mal approvisionnées en raison de l’insécurité, on effectue des distributions de nourriture et de matériel pour réparer les habitations touchées par les bombardements. L’autre priorité, ce sont les infrastructures clés de la ville, qui se trouvent dans des zones de combat: deux stations de filtration de l’eau, une de pompage, une ligne haute tension qui dessert ces infrastructures et les villages. La ville a subi de longues coupures d’eau il y a trois semaines. Et la dégradation des conditions de sécurité a empêché les réparations. C’est très préoccupant, car avec les températures hivernales de –10, –15 °C, les canalisations explosent. Le CICR soutient la compagnie d’eau régionale, Voda Donbassa, en matériel et produits chimiques, car elle a du mal à couvrir ses coûts.

Avez-vous pu visiter les prisonniers de guerre?

C’est une des missions importantes du CICR. Du côté gouvernemental, nos délégués ont accès aux prisonniers. A Donetsk, nous dialoguons avec les autorités locales pour pouvoir le faire de manière régulière.

Quelle est la situation dans les hôpitaux?

Donetsk concentre les moyens hospitaliers de l’est de l’Ukraine, qui sont importants. Le pic des combats passé, les besoins de chirurgie de guerre ont baissé. Depuis, notre département santé a mis en place des programmes de soutien pour l’insuline et l’hémodialyse.

Quelles étaient vos autres missions?

Nous sommes la seule organisation internationale sur place. Notre équipe comprend 80 locaux et seize expatriés. Comme c’est un conflit jeune, il y a un gros travail de mise en confiance des autorités à faire. Il nous faut adapter nos missions aux besoins et conserver dans les périodes d’accalmie une présence pertinente prépositionnée en cas de reprise des combats. Une mission essentielle est aussi de servir d’intermédiaire neutre pour résoudre des cas de disparus. Dans l’est de l’Ukraine, nous avons été saisis de 650 cas par des familles.

Vous avez vu des petits hommes verts (ndlr: des mercenaires ruses)

(Silence)… Il y a beaucoup d’uniformes sur une zone de conflit…

Pensez-vous que cette guerre va durer?

On peut le craindre. Les armes lourdes n’ont pas été retirées du front. Il y aura d’autres regains de tensions. La politisation du conflit ne facilite pas une désescalade.

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