Donald Trump, le viol pour arme de campagne

Etats-Unis Le républicain recourt souvent à l’image du viol pour décrire les «attaques» contre son pays. Pourquoi cette obsession?

Donald Trump: «C’est un viol de notre pays. C’est un mot dur, mais c’est bien cela.»

Donald Trump: «C’est un viol de notre pays. C’est un mot dur, mais c’est bien cela.» Image: AP/Robert F. Bukaty

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«C’est un viol de notre pays. C’est un mot dur, mais c’est bien cela: un viol de notre pays.» Ainsi s’exprimait Donald Trump mardi dans l’Ohio, dans le cadre de sa campagne électorale, au sujet du Partenariat transpacifique, un traité de libre-échange signé en février, qui vise à intégrer les économies des régions Asie, Pacifique et Amérique. Ce n’est de loin pas la première fois que le tribun républicain recourt à la métaphore du viol dans ses discours. «On ne peut pas laisser la Chine violer notre pays, et c’est ce qu’elle fait», déclarait-il au début de mai au sujet de la politique commerciale de Pékin. «Ils amènent la drogue, ils amènent le crime et ce sont des violeurs», s’est-il aussi exclamé au sujet des Mexicains.

Autant de comparaisons qui horrifient Laura Bates, féministe britannique et auteure d’un livre sur le sexisme au quotidien: «Nous vivons dans une société qui rejette et ne croit pas les victimes de violences sexuelles. Comparer leur expérience à une transaction financière, c’est les rabaisser encore un peu plus», écrivait-elle dans Time, après la déclaration du tribun sur la Chine. Et de rappeler que l’ex-femme du milliardaire, Ivana Trump, dont ce dernier a divorcé en 1991, l’avait accusé de viol, avant de se rétracter.

On connaissait la misogynie – et le racisme – de Donald Trump, objet de nombreux commentaires, mais sa rhétorique associant sexe et violence donne encore un autre éclairage sur le personnage: Donald Trump verrait-il le rapport des Etats-Unis au monde extérieur comme il considère les relations hommes-femmes? Ces femmes qui lui inspirent tant de répulsion et qu’il maltraite? Aux Etats-Unis, des analystes ont déjà dressé des liens entre sa vision du monde, centrée sur des Etats-Unis purs, blancs et protectionnistes, et son rapport aux femmes, au sexe et à la morale. Jesse Graham, professeur de psychologie à la University of Southern California, expliquait ainsi dans le New York Times que «Trump séduit son public en associant le principe de loyauté au groupe et les préoccupations de pureté morale».

Dans la vision de Trump, la femme libre (celle qui avorte notamment), la journaliste de Fox News qui lui tient tête, dont il a dit en public se dégoûter de ses menstruations, ou encore la femme de pouvoir (Hillary Clinton) trahissent leur groupe social, dont la condition devrait rester celle de dominées. Des «impures» qu’il traite sans scrupule de «chiennes» et de «cochonnes».

Lorsque Hillary Clinton s’absente aux toilettes pour quelques minutes lors d’un débat télévisé entre démocrates, Trump lance à son public: «Je sais où elle est allée, c’est dégoûtant.» «En matière de pureté, Trump exprime souvent son dégoût pour les femmes et le corps des femmes», dit Jesse Graham. Mais cette stigmatisation des «impures» se transpose encore à d’autres niveaux, aux groupes qui menacent les Etats-Unis: «Il est obsédé par la construction de murs sur les frontières nationales, afin de prévenir la contamination par des groupes extérieurs, présentés comme des meurtriers, des violeurs, moralement et physiquement sales.»

«Trump that bitch» («Bats cette salope!») clament aussi les slogans de t-shirts – non officiels – de soutien au candidat républicain contre Hillary Clinton. Ils illustrent bien la rage qui habite une bonne frange de ses soutiens, misogynes, homophobes, racistes, en parfaite adéquation avec l’univers mental du milliardaire.

(TDG)

Créé: 30.06.2016, 17h51

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