Donald Trump à court d'options face à l'Iran

Tensions dans le GolfeSelon une experte, le président américain n'est pas à l'abri d'un conflit militaire avec Téhéran en voulant continuer à mettre la pression sur le pays.

Donald Trump s'est mis dans une situation inextricable en quittant l'accord international de 2015 censé empêcher l'Iran de fabriquer la bombe nucléaire.

Donald Trump s'est mis dans une situation inextricable en quittant l'accord international de 2015 censé empêcher l'Iran de fabriquer la bombe nucléaire.

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

La guerre ou la diplomatie? «Cela peut facilement aller dans un sens comme dans l'autre». Résumée par le président américain Donald Trump, la stratégie américaine face à l'Iran reste confuse. Washington semble de plus en plus à court d'options pour arrêter l'escalade avec Téhéran.

«Le gouvernement Trump est à la croisée des chemins au sujet de sa propre politique», estime Suzanne Maloney, du cercle de réflexion Brookings Institution. Il semble vouloir «poursuivre sur sa lancée» en perpétuant «l'énorme pression» qu'il a infligée à l'Iran, mais, au vu des tensions des trois derniers mois, il n'est pas à l'abri d'un conflit militaire, dit l'experte à l'AFP.

Interrogé lundi sur ce choix, le président des Etats-Unis n'a pas rassuré ceux qui réclament de la clarté dans l'une des crises internationales les plus explosives du moment. «Les deux me vont», a lâché le milliardaire républicain, qui, tout en imposant au fil des mois des sanctions toujours plus dures, a aussi multiplié les appels du pied en faveur d'un dialogue avec les dirigeants iraniens.

«Lignes rouges» testées

Ces derniers ont publiquement refusé toute discussion sous la pression. Pendant ce temps, les incidents se sont succédé dans le golfe Persique: drones abattus, mystérieuses attaques contre des pétroliers, crise des tankers arraisonnés entre Téhéran et Londres...

Selon Suzanne Maloney, l'Iran tente de tester les «lignes rouges» américaines. Or, jusqu'ici, malgré un discours parfois tonitruant - «Nous sommes prêts pour le pire absolu», a-t-il encore martelé lundi -, Donald Trump a surtout insisté sur sa volonté d'éviter une nouvelle intervention militaire américaine.

Le milliardaire a mis publiquement en scène en juin sa décision d'annuler à la dernière minute des frappes de représailles après que Téhéran ait abattu un drone américain.

«Cela a donné aux Etats-Unis une image de faiblesse», analyse Barbara Slavin de l'Atlantic Council, un autre think tank de Washington. Et cela crée une situation dangereuse, car les incidents pourraient se poursuivre dans le golfe Persique, au risque de déraper vers un conflit dont personne ne voudrait réellement.

Escalade «prévisible»

Le problème, aux yeux de Barbara Slavin, c'est que Donald Trump s'est mis dans une situation inextricable en quittant l'an dernier l'accord international de 2015 censé empêcher l'Iran de fabriquer la bombe nucléaire sans véritable solution alternative.

«L'escalade iranienne était prévisible», assure-t-elle à l'AFP, «surtout quand la décision a été prise [en novembre, ndlr] de mettre fin aux dérogations qui permettaient à l'Iran d'exporter une partie de son pétrole» à une poignée de pays, dont la Chine et l'Inde.

Plusieurs experts et diplomates en conviennent: côté iranien, les tensions actuelles visent avant tout à obtenir «un peu d'oxygène» sur le front économique, car les sanctions américaines font durement souffrir le pays.

Le rétablissement de quelques dérogations sur les ventes de pétrole, ou en tout cas un peu de lest dans la mise en oeuvre de l'interdiction, permettrait de désamorcer la crise.

Or, Washington vient d'adresser le signal inverse en imposant des mesures punitives contre une société chinoise accusée de continuer d'acheter du brut iranien. La décision a été applaudie par les partisans d'une plus grande fermeté à l'égard de Téhéran.

Objectif de Trump en question

A l'inverse, l'organisation de prévention des conflits International Crisis Group a dénoncé une «stratégie de pression maximale qui n'a produit jusqu'ici qu'un maximum de risques et un minimum de résultats».

De fait, nombre d'observateurs continuent de s'interroger sur l'objectif de Donald Trump, qui a reconnu avoir donné son assentiment à une rencontre entre le sénateur républicain Rand Paul, pourfendeur des interventions militaires américaines, et le chef de la diplomatie iranienne Mohammad Javad Zarif.

Est-ce un «nouvel accord», comme le clame le président américain? Lui le pense peut-être, mais «il se berce dangereusement d'illusions sur la facilité de bâtir un accord sur des sujets aussi techniques», prévient Suzanne Maloney, tandis que Barbara Slavin se montre catégorique: «C'est voué à l'échec».

«Si le seul but est d'affaiblir l'Iran et de détruire l'accord nucléaire», le résultat sera «un Iran qui agira encore plus en Etat voyou», prévient l'experte. (ats/nxp)

Créé: 24.07.2019, 08h57

Articles en relation

Téhéran «protégera» ses côtes et le Golfe

Crise des tankers L'Iran a prévenu le nouveau Premier ministre britannique Boris Johnson qu'il protégera ses eaux dans le golfe Persique. Plus...

Londres veut une force de protection des navires

Tanker saisi par l'Iran Le Royaume-Uni propose une mesure en vue de garantir la sécurité des navires européens lors de leur déplacement dans le Golfe. Plus...

Pétrolier: l'Iran enquête, Londres proteste

Détroit d'Ormuz Le Royaume-Uni a saisi les Nations Unies car l'Iran n'envisage pas de libérer le navire britannique dans l'immédiat. Plus...

L'Iran évoque un «terrorisme économique» américain

Iran Le chef de la diplomatie iranienne, Mohammad Javad Zarif, s'en est pris aux Etats-Unis, lors d'un déplacement au Venezuela. Plus...

L'Iran reste sourd aux appels à libérer le pétrolier

Détroit d'Ormuz Le pression internationale s’abat sur Téhéran après l’arraisonnement d'un navire battant pavillon britannique. Plus...

La rédaction sur Twitter

Restez informé et soyez à jour. Suivez-nous sur le site de microblogage

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.