En diplomatie, les animaux ont la cote

Relations internationalesEn offrant un cheval de la Garde républicaine à son homologue chinois, Emmanuel Macron renoue avec une pratique ancestrale.

Vésuve de Brekka, le superbe hongre de la Garde républicaine offert par Emmanuel Macron
à son homologue chinois, Xi Jinping.

Vésuve de Brekka, le superbe hongre de la Garde républicaine offert par Emmanuel Macron à son homologue chinois, Xi Jinping. Image: CAPTURE D’ÉCRAN/GARDE RÉPUBLICAINE

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Qui dit visite d’État dit cadeaux protocolaires. Exit les carrés Hermès et autres babioles de luxe, Emmanuel Macron a décidé d’imposer son style. Le fougueux président français est arrivé en Chine lundi dernier avec un cheval de la Garde républicaine en guise de présent pour son homologue, Xi Jinping, fasciné par le «savoir-faire d’excellence» de la cavalerie française.

Un «geste d’amitié», a précisé l’Élysée, répondant à la diplomatie chinoise du panda consistant à prêter (non, non, ils ne donnent pas) leurs plantigrades bicolores à un pays ami. Emmanuel Macron a ainsi renoué avec une tradition censée aplanir – ou pas – les relations entre deux pays. Cette pratique consistant à utiliser des animaux comme outils diplomatiques est loin d’être nouvelle.

En 802 déjà, Charlemagne se déplaçait avec Abul-Abbas, un éléphant blanc offert par le calife de Bagdad, supposé lui apporter une renommée internationale. Les temps ont changé, mais les animaux sont toujours au centre des relations bilatérales. Et leur choix n’est pas anodin.

Comme le rappelle l’historien Jean-Louis Gouraud, auteur du livre Le cheval, animal politique, paru en 2009, «l’utilisation du cheval comme allégorie ou représentation du pouvoir est universelle. Kim Il-sung, Mao Zedong, le général de Gaulle, Churchill et même Poutine ont tous utilisé ce stratagème pour se mettre dans une posture exprimant le pouvoir.» Même si la pratique de l’équitation s’est démocratisée ces dernières décennies, le noble animal reste synonyme de richesse.

Le panda, lui, est devenu l’emblème du soft power chinois. Utilisée depuis la dynastie Tang (VIIe siècle) en guise de cadeau pour faire preuve de bonnes relations, la boule de poils paresseuse, qui, entre deux siestes, passe son temps à mâchouiller du bambou, est toujours aussi populaire. Très pratiqué par le Grand Timonier dans les années 50, ce cadeau a été disséminé par Pékin dans le monde entier.

En location

Dans sa volonté de tisser des liens diplomatiques avec la France, un premier couple de pandas avait été offert en 1973 au président Pompidou. Ce geste honorifique a été réitéré trente-neuf ans plus tard. Cependant, l’animal s’étant raréfié, les règles ont changé. Ces animaux fétiches sont désormais loués, sous condition, dans le cadre d’un programme de conservation. C’est ainsi qu’après d’âpres discussions, Yuan Zi et Huan Huan, un nouveau couple d’ursidés, ont atterri en 2012 au zoo de Beauval, dans le Loir-et-Cher. La naissance du petit Yuan Meng, baptisé par Brigitte Macron début décembre, en présence du vice-ministre chinois des Affaires étrangères et de l’ambassadeur de Chine en France, est tombée à pic pour le chef de l’État français.

Depuis quelques mois, Pékin, qui exploite les tensions entre Bruxelles et Washington, cherche à se rapprocher de l’Europe. En mai dernier, c’était donc au tour des Pays-Bas – qui négociaient depuis seize ans avec la Chine – d’avoir le privilège d’accueillir un couple d’«ours-chats». Un mois plus tard, les zoos de Berlin et de Londres avaient les leurs. Celui d’Helsinki recevra le sien le 18 janvier.

Toutou refusé

Au vu du nombre de contrats qu’Emmanuel Macron a ramenés dans ses valises, cette manière d’aborder les relations bilatérales s’avère fructueuse. Mais ce n’est pas toujours le cas. En 2016, à quelques jours d’une rencontre avec le premier ministre japonais, Shinzo Abe, le très cynophile président russe, Vladimir Poutine, a rejeté «la diplomatie du chien» avec le Japon. Tokyo, qui lui avait déjà fait don d’un chiot pour le remercier de son aide lors du séisme de 2011, envisageait de lui en offrir un deuxième. Le niet catégorique de Vladimir Vladimirovitch a jeté un froid terrible sur le sommet, lors duquel la question épineuse des îles Kouriles, que les deux pays se disputent depuis plus de septante ans, devait être abordée.

Le 7 octobre dernier, le président russe a en revanche accepté avec joie le toutou offert pour son 65e anniversaire par le dictateur turkmène Gourbangouli Berdimoukhamedov. Poutine, qui voue une adoration aux canidés, ne rate jamais une occasion de les exhiber. Angela Merkel l’a appris à ses dépens lorsque le chef du Kremlin a fait débouler un de ses molosses alors qu’ils parlaient de l’Ukraine et qu’il sait qu’elle en a peur…

Quant au chameau offert à François Hollande lors de sa visite à Tombouctou en 2013 pour le remercier de son intervention militaire au Mali, il aurait fini à la casserole, selon le Ministère de la défense. Trop encombrant pour être ramené en France, il avait été confié à une famille malienne qui, selon une rumeur invérifiable, l’aurait cuisiné en tajine… (TDG)

Créé: 12.01.2018, 19h14

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