«Les défenseurs du droit à la terre gênent des intérêts financiers»

Rapport 2014Coauteur du rapport publié ce mardi par l'Observatoire pour la protection des défenseurs des droits de l'homme, Alexandra Poméon O' Neill parle des victimes de l'accaparement de terres qui s'est accéléré depuis 2007.

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Vous écrivez dans votre rapport que les activistes du droit à la terre sont les plus réprimés parmi les défenseurs des droits de l'homme. Comment pouvez-vous l'affirmer?

Notre observatoire travaille sur toutes les catégories de défenseurs des droits de l'homme. Et nous observons depuis 2007 que ce sont ces activistes défendant leur terre qui sont les plus nombreux à être victimes d'assassinats ou d'exécution extra-judiciaires (le rapport fait état de 43 cas entre 2011 et 2014). Ils sont éliminés parce que leur travail gêne des intérêts financiers puissants, qu'il soient privés ou étatiques, dans des régions isolées. Loin des villes, ces gens n'ont pas forcément accès à la justice, à la police, aux ONG et aux diplomates. Membres de minorités ethniques pauvres, leur cause est peu médiatisée. C'est cependant en train de changer dans certains pays comme la Colombie, où des envoyés de l'Union européenne dans chacune des régions concernées assistent au procès instruits contre ces activistes.

Quels sont les pays où les affaires d'accaparement des terres sont les plus fréquentes aujourd'hui?

Il y a beaucoup d'affaires au Cambodge, parce que le pays s'ouvre. Les tractations autour de terres afin d'en faire des plantations se déroulent sans consultation des populations. Ces appropriations sont facilitées par l'absence de titres de propriété écrits. Ce n'est pas seulement le fait d'investisseurs étrangers, mais aussi de gens au sein ou proches du pouvoir politique. D'autres pays sont touchés comme les Philippines, l'Indonésie, le Guatemala, le Honduras et la Colombie. Il y a aussi de plus en plus de cas en Afrique. Et quelques-uns en Russie, Hongrie ou Roumanie où des violences ont visé des défenseurs du droit à la terre. Heureusement, la société civile s'organise un peu partout dans le monde et revendique de plus en plus ses droits économiques.

Vous consacrez une partie du rapport aux aspects juridiques de la défense du droit à la terre. Mais ce droit existe-t-il?

Les textes existent, même s'il n'y a pas de dispositif reconnu au plan international sur le droit à la terre. Ceux qui qualifient les défenseurs «d'activistes opposés au développement» utilisent ce flou pour les réprimer. Ce droit a besoin d'être renforcé au plan international et dans chaque pays. Cela nécessite une mobilisation plus forte, un expertise juridique afin de construire une jurisprudence solide. Au niveau des Nations Unies, le projet de déclaration des droits des paysans est une des pistes pour avancer.

Voir le rapport 2014.

(TDG)

Créé: 01.12.2014, 19h04

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