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Au Danemark, la délation pour traquer les illégaux

Les citoyens sont appelés à signaler les étrangers ne parlant pas bien le danois.

Pour combattre l’immigration illégale, la ministre danoise de l’Immigration, Inger Stoejberg, vient d’imaginer une opération de délation collective.
Pour combattre l’immigration illégale, la ministre danoise de l’Immigration, Inger Stoejberg, vient d’imaginer une opération de délation collective.

La ministre danoise de l’Immigration, Inger Stoejberg, la plus populaire du gouvernement de centre droit en raison de sa politique migratoire musclée, mérite bien son surnom de «Dame de fer» du nord de l’Europe. Sa dernière idée? Pour combattre l’immigration illégale, elle vient d’imaginer une opération de délation collective. «J’exhorte les Danois à appeler les autorités s’ils rencontrent, par exemple, en allant dans leur pizzeria, des gens ne parlant pas du tout danois derrière le comptoir.» N’y voyant aucunement de la délation, elle a justifié cet appel à la population en disant qu’il y a «un devoir de citoyen de rapporter ce qui paraît suspect à la police» et en précisant que «la police ne peut pas contrôler chaque arrière-boutique au Danemark».

«Quelle morale!»

Cet appel a suscité de vives critiques de l’opposition de gauche et créé le débat au sein même du gouvernement. Laura Lindahl, du parti Alliance libérale de la coalition au pouvoir, s’est déclarée «opposée à une société de la délation». La question a aussi animé les réseaux sociaux. «C’est la chose la plus horrible que j’ai entendue: que les citoyens doivent travailler comme délateurs. Quelle morale!» s’est indignée une internaute. Sur Twitter, certains Danois scandalisés ont préféré tourner cet appel en dérision, faisant l’éloge de leur pizzeria favorite.

Reste que la question de l’immigration illégale préoccupe de plus en plus les autorités. Selon les forces de l’ordre, le nombre de clandestins poursuivis pour leur présence illégale en 2016 a atteint un chiffre record de 1348 contre 877 l’année précédente. Mais ce n’est que le sommet de l’iceberg. Le nombre d’illégaux est estimé à plus de 18 000 (dont beaucoup de réfugiés déboutés) par le centre de recherches Rockwoll Fonden.

Exploités

«De nombreux citoyens voient ces clandestins mais ne contactent pas la police», déplore le commissaire Kjeld Farcinsen, en soulignant qu’il faut mettre un terme à «l’immigration clandestine et à son exploitation par des employeurs et des marchands de sommeil peu scrupuleux».

Selon un reportage de la chaîne TV2 diffusé jeudi soir, qui a envoyé deux taupes immigrées sans papiers, équipées de caméras cachées, dans la jungle des clandestins, il a été facile de trouver du travail au noir, très mal payé, et un matelas pour dormir à un prix prohibitif.

Nombre de migrants ont élu «domicile» à Folkets Park, dans le quartier de Noerrebro, à Copenhague, où ils vivotent en ramassant des bouteilles consignées. Certains habitants, excédés, n’ont pas attendu l’appel de la ministre de l’Immigration pour appeler la police, qui y effectue des razzias récurrentes.

«Nous avons constaté que la moitié des visiteurs du parc étaient des illégaux, détenant pour la plupart des titres de séjour provisoire en Italie», explique le commissaire Farcinsen. Une situation qui agace le gouvernement danois. En visite à la mi-mars en Sicile, Inger Stoejberg avait critiqué la politique de l’Italie. «Tant que les frontières extérieures de l’UE ne seront pas mieux surveillées, le Danemark maintiendra ses contrôles frontaliers», avait-elle assuré.

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L’Italie interdit le renvoi des migrants mineurs

Alors que le Danemark ne cesse de durcir sa politique à l’égard des migrants, l’Italie, très critiquée précisément au nord de l’Europe, vient d’adopter une loi spécifique à l’intention des mineurs non accompagnés qui arrivent en nombre sur ses côtes. Désormais, il ne sera plus possible de les renvoyer. Près de 26 000 enfants et adolescents, en majorité des garçons de pays d’Afrique âgés entre 14 et 17 ans, sont arrivés par bateau de fortune, voyageant seuls, sur les côtes italiennes en 2016. Et 3000 de plus ont rejoint la péninsule depuis le début de l’année. Souvent vendus à des trafiquants dès le début de leur long périple, ces enfants traversent toutes les formes de violences, y compris sexuelles. A leur arrivée, ils devraient être accueillis dans des structures spécifiques, bénéficier de soins multiples, mais dans les faits, nombre d’entre eux se retrouvent livrés à eux-mêmes. L’an dernier, au moins 6000 mineurs ont disparu dans la nature, avec la crainte que certains d’entre eux se retrouvent pris dans des réseaux de prostitution ou d’exploitation économique.

La nouvelle loi italienne, adoptée à une large majorité mercredi soir, prévoit que ces mineurs non accompagnés ne pourront plus être renvoyés dans leur pays d’origine. Arrivés sur le sol italien, ces enfants bénéficieront d’une autorisation de séjour après un examen de leur dossier qui ne dépassera pas trente jours. La loi prévoit surtout l’obligation pour l’Etat de mettre sur pied des structures d’accueil adaptées, avec notamment le suivi psychologique dont ils ont d’urgence besoin. C.M.

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