«Daech montre son rejet des cultes préislamiques»

Destructions à PalmyreLa démolition du temple de Bel a été confirmée. Elle s’inscrit dans un plan de communication, explique l’archéologue suisse Denis Genequand.

Le site du temple de Bel avant et après sa destruction par Daech.

Le site du temple de Bel avant et après sa destruction par Daech. Image: Reuters

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur?

Des images satellites diffusées lundi soir par l’ONU ont confirmé la destruction du temple de Bel à Palmyre par le groupe Etat islamique (Daech selon son acronyme en arabe). Un acte qualifié mardi de «crime intolérable contre la civilisation», par la directrice générale de l’Unesco, Irina Bokova. A la fin d’août, les djihadistes de Daech avaient déjà dynamité le temple de Baalshamin et décapité l’ancien responsable des Antiquités de Palmyre, Khaled al-Assaad, âgé de 82 ans.

«Ces destructions s’inscrivent dans la stratégie de communication du groupe Etat islamique, qui montre ainsi au monde entier sa radicalité. Il expose son rejet des lieux de cultes préislamiques et s’assure du même coup un écho planétaire alors qu’on ne parle plus autant des massacres quotidiens qu’il commet», explique Denis Genequand, archéologue à l’Université de Genève et ancien directeur de la mission archéologique syro-suisse de Palmyre, de 2008 à 2011. Une mission interrompue par le début de la guerre civile qui a déjà fait plus de 240 000 morts en Syrie et poussé la moitié de la population à la fuite. Interview.

Que représente la destruction du temple de Bel pour les archéologues?
La destruction de temples vieux de près de 2000 ans et aussi bien conservés que ceux de Bel et de Baalshamin est une perte pour le patrimoine de l’humanité. Le temple de Bel possédait de plus une architecture extrêmement particulière, avec des composants gréco-romains et d’autres orientaux, mésopotamiens, qu’on ne retrouve nulle part ailleurs.

Comment explique-t-on la volonté de Daech de les démolir?
La destruction de ces temples semble s’inscrire dans une stratégie de communication. Le groupe Etat islamique affirme par là sa vision excessivement rigoriste de l’islam, en montrant sa radicalité et en mettant en scène son rejet des cultes préislamiques. Les djihadistes cherchent aussi à faire parler d’eux dans le monde entier. En détruisant des monuments emblématiques, ils s’assurent un écho planétaire alors qu’on ne parle plus autant qu’avant des massacres et des atrocités qu’ils commettent quotidiennement. Ceci explique notamment pourquoi ils s’attaquent à ces célèbres temples alors qu’ils n’ont pas touché à de nombreux autres monuments antiques dans des territoires qu’ils ont conquis. Dans les prochains jours, on devrait sans doute voir apparaître sur Internet des vidéos montrant le dynamitage du temple de Bel.

La guerre a déjà fait des centaines de milliers de morts et des millions de déplacés. A-t-elle aussi détruit une grande partie du patrimoine archéologique exceptionnel de la Syrie?
En effet, les temples de Palmyre représentent les exemples les plus marquants de destructions volontaires. Mais ailleurs dans le pays, de nombreux sites archéologiques ont été ravagés par des pillards et des groupes armés, parfois au bulldozer, dans le but de revendre des pièces au marché noir. Cela a notamment été le cas à Mari et à Doura Europos, sur les rives de l’Euphrate ou encore à Apamée.

Les monuments de nombreuses villes ont également souffert des bombardements, comme à Alep où le minaret de la grande mosquée a été détruit en 2013 et où le vieux marché a subi des dégâts considérables. La vieille-ville de Homs a également été en partie démolie, mais aussi des musées, comme celui de Maarat al-Numan, très riche en mosaïques antiques.

Les autorités syriennes n’ont-elles pas mis en place des équipes pour sauver certaines pièces archéologiques?
Les responsables des Antiquités syriennes ont en effet pu évacuer une partie de la collection du Musée de Palmyre quelques jours avant la prise de la ville par le groupe Etat islamique, en mai. Elles sont sans doute aujourd’hui en sécurité à Damas. Mais on parle de quelque 400 pièces, qui doivent surtout être des sculptures facilement transportables. Or les dépôts du Musée de Palmyre contenaient beaucoup plus que cela. Notamment de très nombreuses pièces qui ont peut-être une moindre valeur artistique mais qui sont inestimables archéologiquement parlant. Et sur d’autres sites, tout a été pillé.

(TDG)

Créé: 01.09.2015, 21h06

Articles en relation

Méthodique, Daech détruit le temple de Palmyre

Syrie Des chercheurs américains ont mené une étude qui dévoile les schémas de la stratégie militaire du groupe Etat Islamique Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.