En crise, l'Ukraine mise sous pression par le couple franco-allemand

DiplomatieParis et Berlin s’inquiètent des divisions politiques, sur fond de corruption. Leurs représentants sont allés le dire à Kiev.

Le nouveau ministre français des Affaires étrangères, Jean-Marc Ayrault (à droite), aux côtés des homologues allemand Frank-Walter Steinmeier (à g.) et ukrainien Pavlo Klimkine.

Le nouveau ministre français des Affaires étrangères, Jean-Marc Ayrault (à droite), aux côtés des homologues allemand Frank-Walter Steinmeier (à g.) et ukrainien Pavlo Klimkine. Image: Reuters

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«Beaucoup a déjà été fait. Mais il y a aujourd’hui urgence d’un gouvernement stable qui continue les réformes à la fois pour l’Ukraine mais aussi pour le peuple ukrainien. C’est l’esprit de Maïdan qui doit l’emporter.» C’est l’analyse qu’a martelée mardi le nouveau ministre français des Affaires étrangères, Jean-Marc Ayrault. Aux côtés de son homologue allemand Frank-Walter Steinmeier, il a consacré son premier déplacement à l’étranger à arpenter les bureaux des leaders politiques de Kiev. «Nous avons senti cette volonté, mais des difficultés aussi. Il n’y a pas de temps à perdre…»

Un appel insistant qui trahit l’inquiétude du couple franco-allemand et des Occidentaux en général. Ceux-ci ont misé un fort capital politique sur l’Ukraine post-révolutionnaire, notamment à travers un paquet de soutien financier de 40 milliards de dollars sur quatre ans. Une aide qui se trouve compromise par une crise politique majeure, centrée sur l’opposition au premier ministre Arséni Iatseniouk. «Il y a quelques ajustements à faire avec le président Petro Porochenko après une période tendue, confie un diplomate français bien informé. Mais nous sommes confiants qu’ils trouveront vite un arrangement», ajoute-t-il sur un ton directif.

Si les Européens souhaitent le maintien au pouvoir d’Arséni Iatseniouk, celui-ci est accusé d’être à la solde de puissants oligarques et de ralentir les réformes. Frank-Walter Steinmeier a exhorté les Ukrainiens à une «tolérance zéro» contre la corruption. «Mais c’est là un paradoxe, car Arséni Iatseniouk chapeaute lui-même un système corrompu», déplore Moustafa Naiiem, député réformateur au sein de la majorité présidentielle. Lui et nombre de ses collègues constatent la faillite de la coalition réformatrice formée à la fin de 2014, et envisagent déjà des élections législatives anticipées.

Un scénario risqué, d’autant que de nombreuses réformes sont d’ores et déjà en attente d’adoption à la Verkhovna Rada (parlement). «La réforme du secteur de la santé y est bloquée depuis mars 2015», regrette le ministre de la Santé, Alexander Kvitashvili. Le blocage de cette réforme essentielle, comme bien d’autres, est inexplicable. «Un gouvernement stable a besoin d’un parlement coopératif pour faire passer les réformes indispensables au pays», a asséné Frank-Walter Steinmeier.

Les Européens refusent net la perspective d’élections anticipées. Hormis une déstabilisation interne au pays, celles-ci pourraient aussi paralyser la bonne application de l’accord de Minsk. Relancer le processus de paix dans le Donbass, aujourd’hui moribond, était l’une des priorités des deux ministres, à Kiev. Face à la Russie, ils sont garants du respect de l’accord par l’Ukraine. Allemands et Français ont ainsi exigé l’organisation prochaine, par Kiev, d’élections locales dans le Donbass séparatiste. «Nous attendons de nos partenaires européens qu’ils exigent de la Russie la première des conditions de la paix, à savoir le respect du cessez-le-feu», a tempéré le ministre ukrainien des Affaires étrangères, Pavlo Klimkine.

Créé: 23.02.2016, 22h19

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