Le crash aérien remet en selle le président Rohani

IranLa colère de la rue donne au chef du gouvernement l’occasion de réclamer un procès retentissant contre les Gardiens de la Révolution, ses ennemis jurés. Décryptage.

Hassan Rohani vise la levée des sanctions.

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Qu’on se le dise! Tous les responsables devront être punis, pas seulement le soldat qui a appuyé sur le bouton. Ce mardi à Téhéran, dans un discours télévisé, le président Hassan Rohani a lancé une offensive à peine voilée contre l’aile dure du régime. Le chef du gouvernement a en effet appelé la justice à poursuivre «quiconque a été fautif ou négligent à tout niveau», menant au crash mercredi dernier du Boeing ukrainien abattu par un missile iranien. La catastrophe aérienne, qui a coûté la vie aux 167 passagers et 9 membres d’équipage, soulève une vague d’indignation en Iran depuis que les forces armées ont reconnu samedi une «erreur humaine», contredisant la version initiale.

Le président élu, lui, réclame carrément un procès retentissant. «Le système judiciaire doit former un tribunal spécial avec des juges de haut rang et des douzaines d’experts [...], le monde entier va regarder.» Jouant la carte de la transparence, il espère sans doute retrouver sa cote de popularité et faire tomber des têtes parmi ses plus redoutables adversaires, les Gardiens de la Révolution. Hassan Rohani n’a jamais pardonné les essais de missiles balistiques menés peu après le deal sur le dossier nucléaire conclu en 2015 avec l’ancien président étasunien Barack Obama, entravant sa mise en œuvre et donc la levée des sanctions occidentales. Depuis, elles ont été rétablies en 2018 par Donald Trump.

Projet contrecarré

Bref, les Gardiens de la Révolution ont fait échouer le pari de Hassan Rohani, qui tablait sur l’ouverture de l’Iran et un boom de son économie. Aujourd’hui au contraire, elle est étranglée par les sanctions étasuniennes. Le chômage touche un jeune Iranien sur quatre, les prix des produits de première nécessité prennent l’ascenseur, l’inflation s’approche des 40% Quant à la cote de popularité du président, elle s’est effondrée.

Mais voici que tout à coup «l’impardonnable erreur» menant au crash aérien offre à Hassan Rohani une occasion inespérée de revenir dans le jeu et d’essayer de convaincre le guide suprême, Ali Khamenei, de donner à nouveau une chance à la voie de la diplomatie. Cette opportunité, il compte bien en profiter. Vendredi soir, le président convoquait le Conseil suprême de la sécurité nationale pour que la lumière soit faite rapidement. Depuis, il pousse pour que soit tenu un grand procès. Pour arriver à ses fins, il aurait même menacé de faire des révélations sur les activités des Gardiens de la Révolution, dit-on à Téhéran.

En somme, le président Rohani fait l’impossible pour que soient écartés - ou au moins décrédibilisés - ceux qui font obstacle à un retour à la table des négociations. Il n’a pas renoncé à l’objectif d’un accord nucléaire avec levée des sanctions internationales. Il souhaite même que le guide suprême donne son feu vert aux projets de loi qui permettraient l’adhésion de l’Iran au Gafi, le Groupe d'action financière (contre le terrorisme).

Une aide paradoxale est par ailleurs venue ce mardi de la France, de l’Allemagne et du Royaume-Uni, cosignataires de l'accord nucléaire. Ces trois pays ont activé la procédure de règlement des différends prévue dans le texte en cas de violation des engagements. En effet, le 5 janvier, Téhéran a annoncé la «cinquième et dernière phase» de son plan de réduction de ses engagements en riposte à la sortie des États-Unis de l’accord en 2018 et au rétablissement de sanctions.

En clair, Paris, Berlin et Londres pressent justement Téhéran de revenir à la table des négociations. Ces capitales prennent ainsi le contre-pied de Donald Trump qui vient d’annoncer de nouvelles sanctions le 8 janvier, cinq jours après avoir fait assassiner en Irak le général iranien Qassem Soleimani. Si l’Iran des mollahs ne laisse pas Hassan Rohani saisir la perche tendue par les puissances européennes, cela pourrait mener à ce que l’ONU adopte également de nouvelles sanctions. Au risque d’attiser encore la colère de la rue iranienne.

Créé: 15.01.2020, 11h48

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