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Le syndicat SIT réclame des indemnités pour les employées de maison

Beaucoup de travailleuses domestiques sont privées de revenus et d’indemnités. Des mesures urgentes sont nécessaires, estime le syndicat.

Beaucoup d'employées de maison se trouvent sans revenus à cause de la crise sanitaire.
Beaucoup d'employées de maison se trouvent sans revenus à cause de la crise sanitaire.
Philippe Maeder

Malgré les aides étatiques à divers secteurs économiques frappés par la crise sanitaire, certaines catégories professionnelles restent sur le carreau. Parmi les plus précaires, les femmes de ménages, nounous, aides à domicile et autres employées de maison se retrouvent privées de tout ou partie de leurs revenus à cause des mesures de confinement. Or, la plupart n’ont pas droit à des indemnités. Quant à celles qui continuent malgré tout de travailler, mal protégées, elles risquent la contamination.

Le syndicat SIT a adressé, ce jeudi, un cahier de doléances au Conseil d’État pour réclamer des mesures urgentes, notamment la création d’allocations forfaitaires temporaires de pandémie. Leur montant s’élèverait à 3320 francs bruts mensuels. «Cela correspond aux 80% du salaire prévu par le contrat type de l’économie domestique pour les personnes ayant plus de quatre ans d’expérience professionnelle, qui représentent la majorité des employées concernées», explique Davide de Filippo, cosecrétaire général du SIT. Ces allocations seraient versées y compris aux sans-papiers. «Malgré l’opération Papyrus, la plupart des travailleuses de l’économie domestique ne sont pas encore régularisées.»

Chèque service limité

Quant aux autres, elles sont souvent payées en liquide, de la main à la main, sans la fiche de salaire indispensable pour demander le chômage. Par ailleurs, des familles ayant recours au Chèque service, afin de rémunérer leur femme de ménage ou leur nounou en leur garantissant une certaine couverture sociale, ont appris que cela ne leur donnait pas droit au chômage partiel, réservé aux entreprises, ni aux allocations pour perte de gain (APG). La réponse de Chèque service est que «les mesures prises par le Conseil d’État et le Conseil fédéral n’empêchent pas le travail de l’économie domestique. En effet, l’aide à la personne, la garde d’enfant ou le ménage à domicile peuvent se faire en suivant les recommandations d’hygiène et de distance sociale.» Mais dans la réalité, c’est loin d’être toujours le cas (lire ci-dessous). Le responsable de Chèque service à Genève, Oscar Parraga, assure comprendre la difficulté dans laquelle employeur et employé se retrouvent. «Mais nous ne sommes pas les décideurs, nous ne pouvons que relayer les informations.» Toutefois, selon lui, il n’est pas improbable que les choses évoluent concernant les APG et le chômage partiel.

On estime qu’il y a dans le canton entre 8000 et 10'000 personnes employées dans l’économie domestique. Or, moins de 2400 ont pu être régularisées jusque-là. «Les employées domestiques cumulent pour la plupart diverses formes de précarité, de l’emploi, du statut de séjour, du logement, de la couverture sociale et d’accès aux soins, déplore Davide de Filippo. Pourtant, elles assurent des tâches essentielles, comme la garde d’enfant, l’assistance aux personnes âgées, handicapées ou malades, et se retrouvent au cœur du dispositif de lutte contre la pandémie, le domicile des gens.» Le syndicat reçoit chaque jour des dizaines d’appels d’employées de maison catastrophées. «Leurs employeurs les congédient du jour au lendemain parce qu’ils ont peur d’être contaminés ou parce que, étant eux-mêmes confinés, ils n’ont plus besoin de leurs services, par exemple pour garder les enfants», constate Mirella Falco, en charge de l’économie domestique au SIT.

Pour limiter la propagation du virus, le syndicat demande à l’État d’interdire les tâches non essentielles, comme le ménage, afin de protéger aussi bien les employées que leurs employeurs. «Et pour celles qui portent assistance aux personnes, il faut que les autorités leur fournissent, comme aux collaborateurs de l’aide à domicile de l’État, le matériel de protection sanitaire impossible à trouver dans le commerce.

C’est une question d’intérêt général, insiste Mirella Falco. De plus, ces tâches devraient être déclarées essentielles à la population, afin que les personnes les effectuant puissent bénéficier du service minimum dans les écoles ou les crèches pour la garde de leurs enfants.»

«Il y a des devoirs»

Cependant, pas question pour le SIT que l’État se substitue aux obligations légales des employeurs. «Une vaste campagne de communication est nécessaire pour leur rappeler leurs responsabilités, souligne Thierry Horner, secrétaire syndical. Ils doivent garantir la santé de leurs employées et continuer de leur verser leur salaire si elles sont malades, ou si ce sont eux qui ont décidé de se passer temporairement de leurs services.» Les versements rétroactifs de salaires viendraient compenser les montants obtenus par le biais du fonds d’allocation forfaitaire.

Le Conseil d’État a réagi à ces revendications, assurant qu’il allait prendre en considération la situation des employées domestiques, quitte à avoir recours à l’aide sociale. «Un dispositif d’urgence a toujours des angles morts, note le magistrat en charge de l’Économie, Pierre Maudet. Pour que nous puissions protéger les gens, il faut nous transmettre les cas problématiques.»

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«Mes six employeurs m’ont dit de ne plus venir»

Selon les autorités, les consignes de sécurité sanitaires n’empêchent pas les employées de maison de faire leur travail. Mais dans la réalité, c’est souvent le cas. Rose*, par exemple, ne peut plus exercer son travail depuis le 16 mars. C’est ce jour-là que le Conseil fédéral a interdit les rassemblements de plus de cinq personnes. «Je faisais le ménage pour une famille de sept personnes vivant en appartement, raconte-t-elle. Avec les mesures de confinement, nous étions donc huit sous le même toit quand j’étais là.»

Dans ces conditions, impossible de garder en permanence une distance suffisante entre les personnes. En outre, elle devait prendre les transports en commun chaque jour, augmentant le risque de contamination. Rose a donc dû renoncer à aller travailler. «Comme je vis avec une personne à risque, âgée de plus de 65 ans, je ne pouvais pas prendre ce risque.» Depuis lors, elle n’a plus de revenu, puisque cette famille était son seul employeur.

Amalia*, elle, faisait le ménage et gardait des enfants pour six employeurs différents. Mais tous lui ont demandé de ne plus venir, car ils avaient peur qu’elle leur amène le virus. «Je travaillais notamment pour des personnes âgées, donc je les comprends. D’ailleurs, j’ai moi-même ma fille de 8 ans qui ne va plus à l’école et dont je dois m’occuper tout le temps car je suis seule.»

Pourtant, en tant qu’unique soutien de famille, Amalia serait prête à prendre le risque d’aller travailler chez des particuliers, si on lui en donnait l’occasion. «Je n’ai pas le choix, déplore-t-elle. Il faut bien régler le loyer et les assurances. Deux de mes employeurs continuent de me verser le même salaire qu’avant, et un autre ne paie qu’une partie des heures que je faisais pour lui. Mais les trois derniers ne me donnent plus rien, et c’était justement ceux-là qui étaient déclarés et assuraient mes cotisations sociales. Ce mois-ci, j’ai encore pu payer mes factures, mais après, je ne sais pas comment je vais faire.»

*Nom connu de la rédaction

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