Au Mexique, des amulettes contre le coronavirus

Covid-19Tandis que l’Amérique latine se barricade pour éviter un scénario à l’européenne, le président mexicain exhorte ses citoyens à se rendre au restaurant pour soutenir l’économie.

Le président mexicain Andres Manuel Lopez Obrador brandissant des images saintes lors d'une conférence de presse, le 18 mars.

Le président mexicain Andres Manuel Lopez Obrador brandissant des images saintes lors d'une conférence de presse, le 18 mars. Image: AFP

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Devant une table garnie de riches mets du sud du pays, le président mexicain a un seul conseil pour ses citoyens en ce lundi 23 mars : «N’arrêtez pas de sortir. Je vous dirai quand il sera temps de rester chez vous. Emmenez vos familles au restaurant, pour soutenir l’économie.»

Une suggestion qui va à l’encontre de toutes les recommandations de l’OMS, dans un pays qui comptait au 24 mars plus de 400 cas confirmés et 5 décès.

La semaine dernière, le président brandissait en conférence de presse un trèfle à six feuilles et une image pieuse du coeur sacré de Jésus : des amulettes «gardes du corps» contre le coronavirus, souriait-il.

Depuis le début de l’épidémie au Mexique, ce président de gauche, qui carbure aux bains de foule, a opté pour une attitude résolument décontractée, refusant d’endosser le rôle du chef d’Etat martial en guerre contre un virus ennemi, comme le président salvadorien, Nayib Bukele, ou encore l’Argentin Alberto Fernandez, qui ont prestement barricadé leurs pays pour se protéger. En Bolivie, des tanks contrôlent dans les rues de La Paz le respect du confinement.

Une désinvolture qui a considérablement brouillé le message des autorités sanitaires mexicaines, qui prônent la distanciation sociale et enjoignent ceux «qui le peuvent» à rester chez eux. L’interférence du président est d’autant plus gênante que le discours des autorités sanitaires repose presque uniquement sur la bonne volonté de la population.

Car si le Mexique a fermé les écoles du pays ce lundi, bien plus tôt dans la crise que les pays européens, et interdit les rassemblements de plus de 5'000 personnes, les avions continuent d’atterrir au Mexique depuis l’Espagne et l’Italie sans contrôle aucun. Il y a dix jours, les stations balnéaires de la côte Pacifique étaient pleines à craquer pour cause de week-end prolongé, pendant qu’un gigantesque festival de musique rassemblait 40'000 personnes dans la capitale.

Ces derniers jours, les églises se sont vidées, certains commerces ont baissé le rideau, et l’industrie automobile est au point mort. Des initiatives locales et privées, qui ont systématiquement devancé les décisions des pouvoirs publics.

Figure de proue de la réponse gouvernementale, le sous-secrétaire d'État à la Santé Hugo Lopez-Gatell insistait encore ce mardi : «restreindre la mobilité des gens est un outil extrême, que nous réserverons à la situation hypothétique d’une perte de notre capacité de contrôle sur le virus.»

Un discours qui repose en partie sur la structure de l’économie mexicaine, où plus de la moitié des emplois sont informels. Dans un pays où le PIB s’est contracté de 0,1% en 2019, «si nous asphyxions l’économie du pays et la société, cela pourrait avoir des conséquences beaucoup plus graves que l’épidémie elle-même», a soutenu Lopez-Gatell ce week-end.

Mais dans un contexte de pandémie globale, où les pays les plus touchés comme l’Italie supplient les autres de tirer les leçons de leur calvaire, le pari mexicain interroge. «Cela coûte toujours plus cher de guérir que de prévenir», martèle le Dr Alejandro Macias, spécialiste des infections, qui alerte sur le faible nombre de tests de coronavirus réalisés dans le pays. «Le gouvernement va à l’encontre de la principale recommandation de l’OMS : dépister ! Nous pourrions être en train de sous-estimer la présence du virus au Mexique.»

Sous-financé et sous-staffé depuis des décennies, le système de santé mexicain va être mis à rude épreuve dans les semaines à venir. L’Institut national des maladies respiratoires (INER), en première ligne face au virus, dit manquer de 70% de l’équipement nécessaire, à commencer par savon, masques et seringues. De l’aveu des autorités, seuls 2'446 lits en soins intensifs et 5'500 ventilateurs sont disponibles pour les 10'500 cas très graves prévus par les calculs des experts. Mardi, le président a promis une rallonge budgétaire et la contribution des forces armées à l’effort hospitalier. Le Dr Alejandro Macias pronostique, lui, «deux ou trois semaines» avant «l’effondrement du système de santé publique».

Créé: 25.03.2020, 20h15

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