En Inde, le confinement du milliard

Covid-191,3 milliards de personnes sont confinées chez elle depuis mardi minuit, une mesure sans précédent à l'échelle mondiale. Le pays ne dénombre pourtant que neuf morts du Covid-19.

L'Inde n'est pas frappée de plein fouet comme en Europe. Elle déplore neuf victimes seulement. Mais le gouvernement fédéral veut éviter une guerre sanitaire qu'il juge perdue d'avance.

L'Inde n'est pas frappée de plein fouet comme en Europe. Elle déplore neuf victimes seulement. Mais le gouvernement fédéral veut éviter une guerre sanitaire qu'il juge perdue d'avance. Image: AFP

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Dimanche, le premier ministre Modi avait décrété une journée de couvre-feu facultatif. Les autorités voulaient préparer l'opinion publique à un plan plus drastique. Le scénario est devenu réalité en moins de quarante-huit heures.

Depuis mardi à minuit, le confinement est obligatoire. Dans tout le pays. Pour tout le monde. 1,3 milliards de gens doivent rester chez eux pour les trois prochaines semaines. «D'après les experts médicaux, une période d'au moins vingt et un jours est indispensable pour briser la chaîne de transmission du virus. Si nous n'arrivons pas à renverser la situation d'ici là, la nation, mais aussi votre famille, vont être ramenées 21 ans en arrière», a averti Narendra Modi d'un ton sans réplique lors d'un discours à la nation mardi soir.

L'Inde n'est pas frappée de plein fouet comme en Europe. Elle déplore neuf victimes seulement. Mais le gouvernement fédéral veut éviter une guerre sanitaire qu'il juge perdue d'avance. Le pays n'a qu'un lit d'hôpital pour 2000 habitants d'après l'OCDE. Narendra Modi a justifié le confinement par la nécessité de tirer les leçons de l'épidémie qui déferle en Occident. «Vous avez tous vu comment les nations les plus avancées sont totalement démunies», a-t-il lancé avant de citer la Chine, les États-Unis, la France et l'Italie : «les services de santé y sont parmi les meilleurs du monde. Malgré cela, ils n'ont pas réussi à endiguer le coronavirus.»

Sitôt le discours du premier ministre terminé, la panique a saisi une partie de la population. A Bombay, Delhi, Calcutta, Lucknow ou encore Ahmedabad, certains se sont rués sur les supermarchés pour stocker des provisions. Les directives officielles autorisent à acheter de la nourriture, de l'essence et des médicaments. Mais les restrictions de circulation semblent créer des problèmes d'approvisionnement. Mercredi, des magasins d'alimentation de la région de Delhi étaient fermés. Si les banques restent ouvertes, tous les autres commerces et bureaux ont portes closes.

La police a posé des barrages sur les grands axes de Delhi et sa banlieue. Le regard crispé, les forces de l'ordre demandent aux automobilistes qui s'aventurent dans une cité devenue fantôme pourquoi ils enfreignent le confinement. Les sanctions encourues sont sévères. Des journalistes et des travailleurs précaires ont raconté avoir été battus par la police.

Si la classe moyenne urbaine supporte la situation, des millions de travailleurs migrants vivent un calvaire. Brusquement au chômage dans une économie paralysée, ces petites mains, toujours payées à la journée, tentent de rentrer dans leur village à pied quitte à parcourir des dizaines de kilomètres. Les vols intérieurs, les trains, les métros et les bus sont suspendus. «Je vous en prie, emmenez-moi jusque dans mon quartier», supplie un homme d'une vingtaine d'années qui marche vers Gurgaon, à 30 km de Delhi sous un soleil de plomb.

D'autres errent dans les quartiers pauvres. Jitender Mandal est originaire d'un petit village près de Gwalior, à 350 km au sud. «Je ne gagne plus rien depuis cinq jours. Je n'ai même pas de quoi téléphoner à ma famille», se lamente ce naufragé du coronavirus venu chercher un peu d'ombre sous un abribus. Le visage est marqué par la peur et le désespoir. Il n'a pour seule nourriture que quelques fruits dans un sac qu'il serre contre lui. La question du prochain repas le hante : «Il y a un temple hindou près d'ici. D'habitude, ils donnent à boire et à manger. Mais avec le confinement, les lieux de culte sont fermés. Qui nous donnera de quoi survivre ? Dieu ? Vous n'auriez pas du travail pour moi ? Quelques roupies ?»

Des économistes, des sociologues et des grands patrons indiens ont demandé des aides financières d'urgence. Le pouvoir central n'avait encore rien annoncé mercredi matin et pour l'heure, ce sont les États de la fédération qui prennent des initiatives. Le gouvernement de Delhi organise depuis deux jours des distributions de repas dans des tentes dressés pour les sans-abris, avec le risque de favoriser la propagation du virus dans ces espaces étroits. Mais dans ces refuges, comme dans les bidonvilles, la distance d'un mètre recommandée par les experts de l'OMS est un luxe. Ici, c'est le virus ou la faim.

Créé: 25.03.2020, 18h51

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