Le hantavirus est-il une nouvelle menace?

Revue de presseDans les journaux européens de l'alliance LENA, ce jeudi 26 mars, le philosophe Marcel Gauchet dit ce que cette crise révèle de nos sociétés, l'apparition d'un cousin du coronavirus et le témoignage d'une cardiologue belge.

À Santiago du Chili, un expert traite l'entrée d'un égout pour éliminer les rongeurs. Ces rongeurs peuvent transmettre le hantavirus.

À Santiago du Chili, un expert traite l'entrée d'un égout pour éliminer les rongeurs. Ces rongeurs peuvent transmettre le hantavirus. Image: Keystone

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Le Chinois mort du hantavirus doit-il nous inquiéter?

La «Repubblica», quotidien italien, nous rassure après la mort d'un homme en Chine d'un hantavirus. Pas de panique. «Un parent du coronavirus en plus du désastre que cause le Covid-19? Non, heureusement, il n'en est rien: les hantavirus en effet – associés à la fièvre hémorragique avec syndrome rénal – sont présents dans de nombreuses régions du monde chez les rongeurs sauvages, qui les éliminent avec de l'urine et des excréments.»

«La transmission se fait généralement entre rongeurs et très rarement à l'homme, sauf par inhalation d'aérosols provenant des excréments de souris infectées, puis d'urine, voire de salive, ou après exposition à la poussière des nids de rongeurs. La transmission – souligne le CDC d'Atlanta, le centre américain qui étudie les maladies infectieuses – peut également se produire par le contact d'urine infectée dans des lésions cutanées ou dans les muqueuses des yeux, du nez et de la bouche. Les personnes travaillant avec des rongeurs vivants pourraient également être exposées à l'hantavirus par la morsure d'animaux infectés. La transmission interhumaine peut se produire mais elle est extrêmement rare et, en fait, aucun des 32 voyageurs du même bus que les Chinois décédés n'a été testé positif.»

«Il n'y a aucune raison de s'inquiéter du hantavirus, c'est une maladie évitable et contrôlable et il existe des vaccins», a déclaré Yang Zhanqiu, virologue à l'université de Wuhan, au «Global Times». Dans les formes légères, l'infection est souvent asymptomatique, sinon l'incubation peut durer jusqu'à deux semaines et – dans les variantes symptomatiques de la fièvre hémorragique avec syndrome rénal – l'apparition est soudaine, avec une forte fièvre, des maux de tête, des lombalgies et des douleurs abdominales. La mortalité varie de 1 à 15%, toujours selon les données du CDC.»


«Cette crise a révélé une fracture entre jeunes et vieux»

Marcel Gauchet, directeur d’études honoraire à l’École des hautes études en sciences sociales au Centre de recherches politiques Raymond-Aron, et rédacteur en chef de la revue «Le Débat» a accordé un grand entretien au quotidien français le «Figaro». En voici des extraits:

Diversité européenne

«Les pays catholiques comme l’Italie ou la France se distinguent par la combinaison de l’anarchie privée et de l’autoritarisme public, là où les pays protestants se reposent davantage sur le sens de la responsabilité personnelle Ajoutons que la proximité avec la bombe biologique que constitue la Chine incite à l’anticipation et à la prudence. Au demeurant, la situation européenne est d’une diversité parlante dont il sera intéressant de tirer le bilan.»

«Ce n’est pas l’orientation idéologique des gouvernements qui compte, en la circonstance, ce sont les contraintes de la situation. Face à des sociétés très indisciplinées, l’autoritarisme est le seul remède. Et c’est en outre le moyen de faire oublier ses propres carences et faiblesses. «Puisque nous n’avons pas de masques, ni de tests, décrétons qu’ils sont inutiles et que nous avons beaucoup mieux sous la main en bouclant tout le monde à la maison.» Reste à voir jusqu’où ce cache-misère pourra tromper son monde.»

Mal anticipée

«L’anticipation de la menace n’existe quasiment plus dans la conscience européenne. C’est en un sens notre privilège et cela se révèle une énorme faiblesse dans une situation comme celle-ci. La paix et la prospérité, jointes au court-termisme de la performance économique, ont évacué la dimension stratégique de l’existence politique. L’accroissement des droits individuels et des moyens matériels de chacun est devenu le seul horizon concevable. En cela, les élites ne font que répercuter l’état d’esprit des peuples. C’est d’un réveil collectif dont il s’agit.»

Leçon à tirer

«Toutes les crises ont un effet de loupe. Elles grossissent des faits que l’on connaissait déjà très bien, mais elles en font aussi apparaître d’autres qui restaient peu visibles. L’inégalité entre riches et pauvres n’est pas une découverte. Il est plus agréable de passer le confinement dans une grande maison avec jardin à la campagne qu’entassé à plusieurs dans un appartement exigu. De même l’existence de territoires où la loi commune et la discipline collective s’appliquent très mal n’est pas un scoop. On ne peut pas dire non plus que la difficulté de communication entre le personnel dirigeant et la masse de la population est une nouveauté. Il me semble toutefois qu’elle a atteint un degré préoccupant.»

Fracture générationnelle

«Il était visible qu’une population jeune se sentait peu concernée par le sort de la population âgée, victime prioritaire de la maladie, pour le dire poliment. Mais il y a une fracture que je n’avais pas perçue à ce point et que je trouve très inquiétante pour l’avenir, qui est la fracture générationnelle entre jeunes et vieux. Elle s’est manifestée en grand au travers des attitudes de défi, presque, vis-à-vis des règles de protection qu’on a observées dans un premier temps. Sans que rien ne soit dit trop ouvertement, il était visible qu’une population jeune se sentait peu concernée par le sort de la population âgée, victime prioritaire de la maladie, pour le dire poliment. Les jeunes savent bien qu’ils seront vieux un jour. En attendant, ils voient un système social qui fonctionne massivement à l’avantage des seniors, sans qu’eux-mêmes soient assurés d’en bénéficier à l’avenir. Il y a là un décalage dans les perspectives existentielles qu’il va falloir prendre très au sérieux.»


«On travaille dans la sueur et dans les larmes»

Le quotidien belge «Le Soir» a recueilli le témoignage de Sabrina Joachim, cardiologue aux soins intensifs de la Citadelle de Liège. Elle raconte: «Ce qui m’a le plus étonné aujourd’hui, c’est la croissance de la charge émotionnelle. En 48 heures, la charge émotionnelle s’est très fort alourdie et c’est vraiment ce qu’il y a de plus palpable dans le service en ce moment. À présent, on travaille dans la sueur et dans les larmes.»

«D’abord, il est évident que le personnel soignant a peur d’attraper le virus, de contracter la maladie – c’est clair et net. En outre, nous avons les premiers cas de professionnels de la santé qui ont été hospitalisés, ce qui alourdit également la charge émotionnelle. Enfin, nous avons maintenant des patients graves dans le service, des patients dont le pronostic vital est engagé. Aujourd’hui, nous avons d’ailleurs eu notre premier décès d’un patient Covid.»

«Ce que les infirmières disent, c’est qu’elles sont mères de famille et, bien sûr, tout le monde a peur de ramener le virus chez soi et de transmettre la maladie à ses proches. Je pense que cela joue certainement un rôle dans la charge émotionnelle. Ces infirmières, je peux juste les écouter, je ne peux rien dire d’autre, il n’y a rien à dire qui efface leur angoisse, à part leur dire qu’on les comprend bien. Une cellule psychologique a été mise en place, un psychologue est toute la journée dans le service pour nous aider à donner des nouvelles aux familles et soutenir le personnel soignant. La direction de la Citadelle est très mobilisée pour cela. Mais quoi qu’on fasse, c’est quelque chose avec lequel il va nous falloir vivre et tenir dans la longueur.»

«Par ailleurs, il y a la charge de travail. Le nombre de cas augmente de jour en jour et nous avons tous peur d’être débordés par le nombre de cas, à un moment ou un autre. À l’heure actuelle, dans la salle «30» de réa où je travaille, une salle forte de 24 lits, 16 patients Covid sont pris en charge, ce qui signifie que tous les sous-services travaillent sur le traitement de malades du virus. Si les 48 lits des deux salles de réanimation sont à un moment occupés par les patients Covid, cela va être très, très lourd. Pour le moment cela reste gérable, mais la charge de travail est énorme.»

«Le geste qui reste extrêmement lourd, c’est le fait de revêtir et d’ôter l’équipement de protection individuel: la manière dont on s’habille pour entrer dans les unités Covid, les mesures d’hygiène qui y sont de rigueur, tout cela est très pesant, ça alourdit notre quotidien. Les automatismes vont nous venir, bien entendu, mais cela prend un temps et une énergie énorme. Nous avons commencé par nous baser sur les expériences des Chinois et des Italiens, puis nous avons adapté cette expérience à notre pratique. Mais, pour l’instant, cela change un peu tous les jours car on tente d’optimaliser ces expériences pour notre service. C’est une adaptation constante, où on doit s’habituer au moindre changement.»

«Pour être certain de ne pas commettre d’impair, nous effectuons ces gestes à deux, voire à trois: pendant que l’un s’habille, un ou deux autres l’observent pour être certain qu’il ne commet pas d’erreur. Idem lorsqu’on se déshabille : on demande à un autre de nous superviser, car c’est en se déshabillant qu’on risque le plus de se contaminer. Tout ce processus change fondamentalement notre manière de travailler. Par ailleurs, nous prenons une douche complète avant de rentrer à la maison, et nous devons mettre tous nos vêtements à la lessive. C’est une adaptation constante», conclut-elle.

Revue presse des journaux LENA: Le Figaro, Die Welt, Le Soir, El País, La Repubblica, Gazeta Wyborcza, Tages Anseiger, Tribune de Genève

Créé: 26.03.2020, 08h33

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