COP21: les engagements pour le climat demeurent insuffisants

RéchauffementLes contributions des Etats ne permettront pas de maintenir le réchauffement sous la barre des 2 °C.

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Le compte n’y est pas. A un mois de la Conférence des parties sur le climat (COP21), qui se tiendra à Paris du 30 novembre au 11 décembre, les Nations Unies ont publié vendredi le bilan des plans d’actions nationaux en matière de réduction de gaz à effet de serre (INDCs). En l’état, ils conduisent tout droit vers une augmentation des températures de l’ordre de 2,7 °C, par rapport à l’ère préindustrielle, à l’horizon 2100. Bien au-dessus de l’objectif des 2 °C.

«Ce n’est pas suffisant, a jugé Christiana Figueres, secrétaire exécutive du Secrétariat sur les changements climatiques des Nations Unies (UNFCC), lors de la présentation du rapport. Mais cette hausse se situe beaucoup plus bas que les quatre ou cinq degrés de réchauffement projetés par beaucoup avant les INDCs.»

Baisse de 50% des émissions

Sur les 195 pays membres de la convention-cadre des Nations Unies sur le climat, 146 ont rendu avant le 1er octobre – date butoir – leur «contribution nationale» qui fixe leurs efforts en matière de réduction des émissions pour la période 2020-2030. Ces engagements couvrent 86% des émissions mondiales. Le bilan dressé par l’ONU se veut donc assez complet, même s’il ne fait pas de projections, faute de données sur les objectifs post-2030.

La Suisse, par exemple, s’est fixée comme objectif de réduire de 50% ses émissions par rapport à 1990 d’ici à 2030. Insuffisant selon Greenpeace, qui milite pour que la Confédération s’engage sur une réduction de 60%. La difficulté? Avec seulement 6,4 tonnes d’équivalent CO2 rejetés par an et par habitant – contre 9,3 dans l’Union européenne et 19,6 aux Etats-Unis – la Suisse possède déjà une économie relativement décarbonée. «A la différence d’autres pays, nous disposons de peu de leviers pour agir, rappelle le climatologue Martin Beniston. La Suisse ne possède pas d’industrie lourde et son énergie est nucléaire et hydroélectrique. Nous ne pouvons agir que sur le bâtiment et sur les transports.»

Soutien financier

Pour garder l’espoir d’une hausse des températures inférieure à 2 °C, il faudra que les Etats acceptent des efforts supplémentaires lors de la COP21, précise le rapport de l’ONU. «La conférence de Paris représente un tournant entre l’ancien modèle, où seulement quelques Etats s’engageaient à réduire leurs émissions, vers un nouveau où tout le monde participe, note Bruno Oberle, directeur de l’Office fédéral de l’environnement (OFEV). Tous les Etats doivent désormais s’engager à respecter des objectifs clairs, en fonction de leur responsabilité et de leurs capacités.»

«Le hic, rappelle Martin Patel, titulaire de la chaire en efficience énergétique à l’Université de Genève, c’est que les pays en voie de développement ne voient pas pourquoi ils devraient faire davantage d’efforts alors qu’ils ne sont pas responsables du changement climatique.» Face à ce problème, les zones industrialisées ont promis de verser, jusqu’en 2020, 100 milliards de dollars aux régions les plus pauvres.

A un mois de la COP21, la question du financement au-delà de 2020 représente un enjeu crucial pour les négociations. «Nous espérons que le cercle des donateurs va s’élargir, souligne Bruno Oberle. Il y a actuellement des signaux positifs en ce sens.»


Un risque pour la place financière suisse

Hasard du calendrier, alors que l’ONU présentait hier à Berlin son rapport sur le bilan des contributions, l’Office fédéral de l’environnement (OFEV) dévoilait à Berne la première étude sur les risques que fait planer le carbone sur la place financière suisse – la fameuse «bulle de carbone». Les investissements de 100 grands fonds en actions en Suisse ont été passés au crible. Résultat: ces fonds financent actuellement l’émission de 52,2 millions de tonnes d’équivalent CO2 à l’étranger, soit peu ou prou les émissions générées en Suisse en 2013. Mais lors de la COP21, les règles du jeu pourraient changer et le prix du carbone s’envoler. Une mesure qui conduirait à faire exploser la «bulle carbone». Selon les scénarios, une hausse des prix du carbone pourrait coûter entre 1 et 6,75 milliards de francs au marché suisse des actions, soit 1% du produit intérieur brut du pays. Hélas, note l’OFEV dans son communiqué, «à l’heure actuelle, les investisseurs suisses ne prennent guère en compte les risques liés à une augmentation des coûts du CO2». BE.B.

Créé: 30.10.2015, 18h34

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