Epidémie de grèves dans les transports britanniques

Grogne sociale Métro, trains, avions s'arrêtent à tour de rôle. Salaire, sécurité et conditions de travail motivent les grévistes.

Les grèves provoquent quelques désagréments à Londres.

Les grèves provoquent quelques désagréments à Londres. Image: AP

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Le métro londonien totalement fermé lundi, l’ensemble du réseau ferroviaire du sud-est de l’Angleterre à l’arrêt entre mardi et jeudi, onze vols de British Airways annulés mardi en partance de l’aéroport de Heathrow: les fêtes de fin d’année à peine achevées, les grèves affectent de nouveau le Royaume-Uni. Le mouvement avait en effet commencé à la mi-décembre. Il avait alors aussi concerné la poste, le système de santé et des usines de la marque de céréales Weetabix.

Dans un pays relativement peu habitué aux grèves, un tel phénomène s’avère marquant. Pour le professeur de l’Université de Wolverhampton Roger Seifert, spécialisé sur les relations entre syndicats et employeurs, «les syndicats sont prêts à mener des actions dures et prolongées en raison d’un mécontentement général des employés face à la stagnation des salaires, le développement de l’insécurité de l’emploi et la dégradation des conditions de retraite».

C’est très précisément le discours de Frances O’Grady, la secrétaire générale du Congrès des Syndicats (TUC), la principale confédération syndicale nationale. «Toutes ces disputes sont différentes mais l’arrière-plan est le même», explique-t-elle. «De nombreux employés n’ont en effet pas retrouvé leur niveau de vie d’avant la crise financière de 2007/08. Le retour de l’inflation depuis cet été après plusieurs années de stagnation des prix compresse encore un peu plus leurs finances personnelles.»

L’exemple de la grève du métro apporte une couche de complexité supplémentaire: les mesures d’austérité se poursuivent depuis 2010 et touchent désormais le cœur du métier des services publics. «Transport for London, qui gère les transports dans la capitale, a licencié ses 800 guichetiers, chargés des ventes de billets et de l’accueil des passagers», nous explique Dean, un employé du métro. «Nous, qui assurons la surveillance aux tourniquets et l’aide aux passagers, devons désormais aussi gérer les machines. En plus de nous faire insulter par ceux qui n’arrivent pas à les utiliser, nos horaires de travail ont explosé, les nouveaux arrivants comme moi ne sont plus formés aux questions de sécurité et nous sommes en sous-effectif. Ce ras-le-bol généralisé n’est pas toujours lié au salaire mais aussi aux conditions de travail et à la sécurité des passagers.»

Alors que la première ministre Theresa May a estimé que les grévistes faisaient preuve de «mépris» vis-à-vis des gens ordinaires, Frances O’Grady réfute la mauvaise volonté des grévistes et des syndicats. «Les employés ne sont pas payés lorsqu’ils font grève donc ils ne prennent cette décision qu’en dernier ressort», rappelle-t-elle. «Alors que des milliers d’accords sont signés chaque année entre syndicats et employeurs, peut-être faudrait-il regarder ce qui ne va pas dans les entreprises où des grèves ont lieu.» De fait, la société helvétique Swissport avait évité de justesse la grève de ses 1800 bagagistes britanniques en revoyant son offre d’augmentation salariale.

L’opinion publique accepte pour le moment ce discours. Malgré les perturbations, l’Association des passagers britanniques a ainsi organisé des manifestations dans la gare Victoria pour exprimer sa colère vis-à-vis de Southern Railway, l’entreprise en charge des lignes du sud-est, et du gouvernement. Elle les accuse de laisser la situation pourrir aux dépens des utilisateurs et de se servir des syndicats comme de boucs émissaires.

(TDG)

Créé: 10.01.2017, 20h17

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