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Constitution: la réforme de Poutine acceptée

Mercredi, les sénateurs ont accepté la réforme de la Constitution déjà validée mardi par les députés russes.

Ce sont pas moins de 160 sénateurs russes qui ont accepté la réforme du président.
Ce sont pas moins de 160 sénateurs russes qui ont accepté la réforme du président.
Keystone

Les sénateurs russes ont approuvé mercredi la réforme constitutionnelle adoptée plus tôt par les députés, qui ouvre notamment la voie au maintien au pouvoir de Vladimir Poutine, théoriquement jusqu'en 2036.

La réforme a été soutenue par 160 sénateurs du Conseil de la Fédération, un ayant voté contre et trois s'étant abstenus. Le texte doit encore être approuvé par les parlements de deux tiers des régions russes, avant d'être soumis à un vote des Russes prévu le 22 avril. Ces amendements constitutionnels sont «une des questions les plus importantes de l'histoire moderne» de la Russie, a déclaré avant le vote la présidente du Conseil, Valentina Matvienko.

Il a remis le pays sur pied

Le texte voté contient l'amendement adopté la veille par les députés pour «réinitialiser» le compteur de mandats présidentiels, ce qui donnerait en théorie à Vladimir Poutine le droit de se représenter en 2024 puis aussi en 2030.

Valentina Matvienko a soutenu cet amendement, estimant que «Vladimir Poutine doit avoir le droit de participer à de nouvelles élections». «Il a remis le pays sur pied. Il est reconnu comme un des principaux dirigeants mondiaux», a-t-elle ajouté.

Coup de théâtre

Les fidèles du Kremlin clamaient leur satisfaction mercredi après un nouveau coup de théâtre de Vladimir Poutine qui a ouvert la voie à son maintien à la présidence jusqu'en 2036, un «putsch», selon des opposants.

Cet amendement à la loi fondamentale, ajouté mardi à la surprise générale à une réforme constitutionnelle plus vaste, permettra à l'homme fort de la Russie de «réinitialiser» son compteur de mandats présidentiels, afin de lui donner le droit de se représenter en 2024 et 2030. La Cour constitutionnelle doit valider la manœuvre.

Adoptée en troisième lecture mercredi par les députés, et par la chambre haute dès jeudi, la réforme, qui inclut aussi un renforcement des prérogatives présidentielles, des mesures sociales et des principes sociétaux conservateurs, doit être encore être approuvée par les deux tiers des parlements régionaux, puis soumise à un «vote populaire» le 22 avril.

Les alliés politiques du président se sont réjouis de la perspective du maintien au pouvoir de Vladimir Poutine, 67 ans, aux commandes de la Russie depuis vingt ans.

Faire face aux ennemis

Le loyal maire de Moscou, Sergueï Sobianine, a ainsi fait valoir la «stabilité» du pouvoir face aux ennemis «intérieurs et extérieurs» de la Russie, qui «tentent de saper notre indépendance et notre économie».

Le président de la chambre basse du parlement, Viatcheslav Volodine, a estimé que la réforme «renforcera le pays». La présidente de la chambre haute, Valentina Matvienko, a assuré, elle, que les élections de 2024 n'étaient pas pour autant «jouées d'avance». Du côté des détracteurs du pouvoir, cette mesure surprise prouve que Vladimir Poutine a l'intention de rester indéfiniment au Kremlin, même s'il avait assuré le contraire par le passé.

Certains ont aussi dénoncé la décision mardi de Sergueï Sobianine de bannir les rassemblements de plus de 5000 personnes, officiellement pour cause d'épidémie de coronavirus. Cette annonce est intervenue juste après que l'opposition a annoncé vouloir défiler courant mars à Moscou, théâtre cet été de vastes manifestations réprimées.

Des Moscovites interrogés par l'AFP affichaient eux une certaine indifférence. «Si Poutine a pris cette décision, nous ne pouvons pas faire grand-chose», note Elena Volkova, 62 ans, disant ne «voir aucun autre dirigeant» potentiel pour la Russie. «Je ne m'intéresse pratiquement pas à la politique et beaucoup de mes amis ne se sentent pas concernés. Ils ont d'autres problèmes», abonde Ilia Alekseïev, lycéen de 17 ans.

Un «putsch»

La figure de proue des opposants, Alexeï Navalny, a lui dénoncé une réforme qui permet à Poutine de briguer un mandat «comme si c'était la première fois». «Techniquement, ce qui se passe aujourd'hui est un putsch», a lâché son bras droit, Leonid Volkov.

Après le vote en deuxième lecture mardi par les députés, une centaine de personnes s'étaient rassemblées près des murs du Kremlin, et une nouvelle action a eu lieu mercredi devant le parlement.

Justifiant les amendements à la Constitution, Vladimir Poutine a jugé mardi qu'un «pouvoir présidentiel fort est absolument nécessaire à la Russie», et a estimé que la «stabilité [...] devait être prioritaire». «Nous savions que Poutine cherche à rester au pouvoir par n'importe quel moyen, nous ne savions tout simplement pas comment. Maintenant, tout est clair», résume l'analyste Andreï Kolesnikov du centre Carnegie.

Selon le politologue Alexeï Makarkine, la «réinitialisation» des mandats donne à l'opposition une «impulsion et un argument» pour faire descendre en masse leurs partisans dans la rue, comme en 2011-2012, lorsque Vladimir Poutine est revenu au Kremlin après quatre ans en tant que premier ministre.

Vision conservatrice

Vladimir Poutine avait pris tout le monde de court en janvier en annonçant la première révision constitutionnelle depuis l'adoption de la Constitution russe en 1993. Cette révision concerne le système politique, renforçant notamment les pouvoir de l'Exécutif, mais donne aussi des droits socio-économiques, tels qu'un salaire minimum garanti et une indexation des retraites.

Elle entérine aussi sa vision conservatrice de la Russie avec la mention de la «foi en Dieu», de la nécessité de politiques natalistes ainsi que le principe d'un mariage possible uniquement entre un homme et une femme.

(AFP)

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