«Le Congo sombre dans la paranoïa et la violence»

InterviewKinshasa boude la conférence des pays donateurs ce vendredi à Genève, malgré ses guerres et la crise humanitaire

Joseph Kabila, prêt à tout pour se maintenir au pouvoir.

Joseph Kabila, prêt à tout pour se maintenir au pouvoir. Image: REUTERS/KENNY KATOMBE

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Effarant. Secouée par quatre conflits armés simultanés et la crise humanitaire qui en découle, la République démocratique du Congo (RDC) boude pourtant l’aide internationale. Ce vendredi à Genève, Kinshasa entend boycotter la conférence des pays donateurs censée lever 1,7 milliard de dollars. Du moins, c’est ce qu’a annoncé son ministre des Affaires étrangères, Léonard She Okitundu, jugeant «tout à fait intolérable» le discours alarmiste de l’ONU qui «projette une image de catastrophe extrême et généralisée». Agences onusiennes et ONG estiment que plus de 4,5 millions de personnes ont fui les violences au Kivu, en Ituri, dans le Tanganyika et le Kasaï. Plus de 13 millions ont d’urgence besoin d’aide humanitaire. Pourquoi cette descente aux enfers? Expert reconnu de la RDC et auteur de «Congo’s Violent Peace» (Zed, 2017), Kris Berwouts ne cache pas son inquiétude.

L’ONU s’alarme, Kinshasa s’offusque. Qui faut-il croire?

La situation est vraiment grave, il n’y a pas de doute là-dessus. Sur le terrain, le gouvernement a perdu le contrôle, il n’a plus la capacité de réagir de manière efficace. Mais en réalité, l’enjeu est tout autre: des élections sont prévues le 23 décembre 2018 et les autorités ne veulent surtout pas laisser le volant aux agences humanitaires. La tension est très grande entre la communauté internationale et le président Joseph Kabila, qui s’est maintenu au pouvoir au-delà de la fin de son deuxième et dernier mandat constitutionnel, expiré en décembre 2016.

Pour ne pas paraître affaibli, dépassé face aux électeurs? N’est-il pas aussi en train de prendre le contrôle de la justice, des médias, etc.?

Le message s’adresse à la communauté internationale: «Ne vous mêlez pas de nos affaires!» Les électeurs, eux, ne sont pas dupes. Ils voient bien que le contrôle du pays échappe au pouvoir non seulement dans les quatre régions où se déroulent des conflits armés, mais aussi partout ailleurs, où les tensions peuvent dégénérer à tout instant. D’innombrables groupes armés ont fait leur apparition…

Pourquoi cette intensification des tensions et des conflits?

Elle est due à l’incertitude totale qui règne quant à l’avenir du Congo. On assiste dans les deux camps (Ndlr: le parti gouvernemental et l’opposition) à une complète recomposition du paysage politique. Bien malin qui saura en prédire l’issue. Le président attend-il simplement le bon moment pour imposer son dauphin? Espère-t-il plutôt faire modifier la Constitution pour briguer sa succession? D’autres se profileront-ils? Et qu’en sera-t-il des candidats d’opposition? Qu’adviendra-t-il par exemple de Moïse Katumbi, en exil et poursuivi par la justice? Personne ne sait sur quel pied danser et comment défendre au mieux ses intérêts. C’est la paranoïa généralisée!

Les États voisins se sont souvent immiscés dans les affaires congolaises. Quel rôle jouent-ils cette fois?

Question cruciale! Le président Kabila vient de perdre en quelques mois ses principaux parrains, ce qui ajoute à l’incertitude. En Angola, son homologue, João Lourenço, a commencé à démanteler l’empire politico-financier de son prédécesseur José Eduardo dos Santos. En Afrique du Sud, Jacob Zuma a été poussé vers la sortie par son antithèse, Cyril Ramaphosa. Au Zimbabwe, l’indétrônable Robert Mugabe a dû céder la place au «crocodile» Emmerson Mnangagwa (Ndlr: dont on ne connaît pas encore les véritables intentions). Quant au Rwanda, qui imposait jadis sa volonté en RDC, il est plus en retrait, pour ne pas fâcher ses alliés occidentaux.

Créé: 13.04.2018, 07h07

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