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«Loin des clichés, les Français sont actifs, engagés, mobilisés»

Le prix de la presse étrangère vient d'être décerné à Xavier Alonso, notre correspondant à Paris. Interview.

Xavier Alonso, correspondant à Paris de la «Tribune de Genève» et de «24 Heures».
Xavier Alonso, correspondant à Paris de la «Tribune de Genève» et de «24 Heures».

Cocorico! Notre journal vient d’être honoré à Paris. Le prix «Regard de la presse étrangère» a été remis ce lundi à Xavier Alonso, correspondant de la Tribune de Genève et de 24 Heures, pour la série de reportages «Notre tour de France présidentiel» publiée au printemps dernier. Le jury était composé de reporters du quotidien Le Figaro, de Radio France, des agences AFP et AP, ainsi que de la presse régionale.

– Le jury français a été séduit par cette série de reportages. A leurs yeux, qu’est-ce qui était déterminant?

– Le fait de rompre avec les clichés sur les Français, grévistes, ronchons, attendant tout de l’État, obnubilés par la figure du chef… Le fait aussi de ne pas se laisser fasciner par les petites phrases des candidats dans les talk-shows. En partant aux quatre coins du pays, nous avons rencontré des Français inquiets mais politisés, actifs, engagés, mobilisés. Nous avons traité de la précarité à Roubaix, du catholicisme politique à Lyon, de la tentation xénophobe à Béziers, de la radicalisation à Nice, de l’insurrection politique à Notre-Dame-des-Landes, de la désertification rurale dans la Haute-Vienne, de la désindustrialisation à Florange, de la dérégulation à travers l’exemple d’Uber à Saint-Denis, mais aussi des succès de l’exception culturelle à Paris, que ce soit dans le cinéma, la littérature ou encore le design.

– Quels obstacles rencontre un journaliste étranger? Et quels sont ses atouts?

– Paris ce n’est pas Berne, où les correspondants ont les numéros de téléphone directs des conseillers fédéraux. En France, avoir le contact avec un assistant politique, c’est déjà beaucoup. Mais la tâche était facilitée grâce au réseau LENA (ndlr: Leading European Newspaper Alliance, comprenant notamment Le Figaro, Die Welt, El País et La Repubblica). Par contre, le grand avantage des correspondants étrangers, c’est d’être des touche-à-tout. Dans la grande presse française, les journalistes qui suivent un candidat tout au long de sa campagne ne sont pas les mêmes qui partent en reportage au plus près de la population. Nous, par contre, nous pouvions interviewer Emmanuel Macron un jour en lui posant des questions que nous avions entendues dans la rue deux ou trois jours plus tôt.

– Qu’y a-t-il de plus frappant en passant de Berne à Paris?

– En Suisse, nous avons des politiciens de milice, très ancrés dans la population et la vie de tous les jours. En France, la caste dirigeante m’a paru très éloignée de la réalité du terrain. La coupure est énorme. Par ailleurs, il y a ce mythe du grand homme providentiel (Emmanuel Macron ne fait pas exception), tandis qu’en Suisse on a tendance à couper les têtes qui dépassent, rechercher toujours le compromis. Ce qui frappe aussi, chacun des deux pays croit avoir le meilleur système politique du monde… Une manière de ne pas se remettre en question?

– Le mandat de correspondant à Paris se termine. Quel a été le meilleur moment? Le pire?

– Le meilleur, c’était devant le Louvre, le soir de l’élection d’Emmanuel Macron, quand on sent vibrer dans la foule cette euphorie du moment historique. Pouvoir dire qu’on y était, qu’on l’a vécu. Quand je suis arrivé à Paris, le jeune Macron était un inconnu. Aujourd’hui, le voilà président! C’est tout à fait incroyable. Quant au pire moment, forcément, c’était le soir de l’attentat au Bataclan. Je m’étais immédiatement rendu sur place et je me tenais à l’extérieur, dans la foule, derrière le cordon de sécurité… Pourtant, même là, j’avais peur, comme tout le monde, comme les agents de police si jeunes. On pouvait le lire dans leur regard.

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Lire la série de reportages primés: Notre Tour de France présidentiel

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