«Il y a quelque chose qui ne fonctionne plus dans ce capitalisme»

Centenaire de l’OIT à GenèveÀ la Conférence internationale du travail, Medvedev, Merkel et Macron ont appelé à remettre l’humain au centre des priorités.

Le président Emmanuel Macron s'est rendu à Genève pour le centenaire de l'Organisation Internationale du Travail.

Le président Emmanuel Macron s'est rendu à Genève pour le centenaire de l'Organisation Internationale du Travail. Image: Keystone

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Dmitri Medvedev, Angela Merkel et Emmanuel Macron se sont succédé à la tribune de la Conférence internationale du travail, ce mardi matin à Genève, un peu comme s’ils se disputaient le flambeau de la lutte contre les inégalités. Le premier ministre russe, la chancelière allemande et le président français avaient tenu à faire le déplacement. Cette année, l’Organisation internationale du travail (OIT) fête son 100e anniversaire. En ces temps agités, chacun avait une bonne raison pour venir tresser des lauriers à une institution qui cultive une forme unique de dialogue tripartite qui met autour d’une même table employeurs, employés et gouvernements.

Dmitri Medvedev a estimé que les Occidentaux devraient s’en inspirer plutôt que de «décréter des sanctions et lancer des guerres commerciales qui mettent en péril tout l’ordre mondial, y compris le marché du travail». Sans jamais nommer aucun pays, le premier ministre russe a jugé que «l’attitude agressive de certains était à la limite de l’arbitraire». Visage fermé, le ton grave, Dmitri Medvedev a rappelé que la salle des assemblées du Palais des Nations, où se tient la Conférence du travail, datait de la Société des Nations (SDN). «Nous devons nous souvenir de son échec», a-t-il prévenu. Le Russe a estimé que la montée des radicalismes et des populismes résultait de l’augmentation des inégalités.

Diagnostics similaires

Dmitri Medvedev n’a croisé ni Angela Merkel ni Emmanuel Macron, arrivés chacun avec plusieurs minutes de retard à cause du mauvais temps. La chancelière allemande a fait une arrivée discrète. Son véhicule a été escorté jusqu’à l’entrée du Palais des Nations par un scooter de la police. Le cortège d’Emmanuel Macron est arrivé, lui, toutes sirènes hurlantes et survolé par un hélicoptère. Des styles différents, mais à la tribune, des diagnostics similaires. Si la chancelière allemande s’est gardée de faire trop référence au contexte de tensions internationales, elle a tout de même constaté que le système de coopération multilatéral était menacé parce que «de nombreux États disent qu’ils pourraient faire mieux seuls». Elle a d’ailleurs insisté sur le formidable «défi politique» que posent les transformations économiques liées à la révolution numérique et à l’intelligence artificielle dans un monde globalisé. Pour Angela Merkel, les États doivent se mettre dans la tête qu’il n’y a pas d’autre solution que de trouver des compromis. La chancelière allemande a estimé qu’il fallait «transformer la croissance économique en progrès social». «L’économie doit servir le peuple et non l’inverse», a-t-elle rappelé avant de plaider en faveur d’une véritable égalité hommes-femmes dans le monde du travail.

«Je ne veux plus d’accords commerciaux qui alimentent le dumping salarial»

Emmanuel Macron, qui sortait d’un entretien avec les représentants du patronat et des syndicats français, parmi lesquels Bernard Thibault, ancien secrétaire général de la CGT, a profité de sa présence dans une conférence dédiée à la défense des travailleurs pour prendre date et amorcer le virage social présenté comme l’acte II de son mandat. S’il n’a pas renié son attachement au modèle d’économie libérale, Emmanuel Macron a fustigé les excès de la financiarisation de l’économie et estimé qu’on n’avait pas tiré les leçons de la crise de 2008. «Il y a quelque chose qui ne fonctionne plus dans ce capitalisme», a-t-il déploré. Le président français a également évoqué la crise des «gilets jaunes» et affirmé qu’il en avait tiré des enseignements. «Quand le peuple ne trouve plus sa part de progrès, il ne peut plus adhérer au système de gouvernance.

Nous devons transformer notre manière de faire dans l’entreprise, le territoire et le gouvernement», a-t-il déclaré. Selon lui, tous les pays sont concernés. Et la réponse ne peut être trouvée qu’à l’échelle européenne et internationale. «Je ne veux plus d’accords commerciaux qui alimentent le dumping salarial», a dit Emmanuel Macron, qui s’est aussi engagé à la tribune de l’ONU à mettre ce discours en harmonie avec les positions prises par la France au FMI.

En toute fin de journée, et de manière beaucoup plus discrète, c’est Theresa May, encore première ministre jusqu’à la désignation de son successeur en juillet prochain, qui est venue prendre la parole.


La Suisse échappe à la liste noire du travail syndical

La Suisse ne sera pas examinée en profondeur par l’Organisation internationale du travail (OIT), qui ciblait les conditions de licenciement de travailleurs actifs dans les syndicats. Elle a été épargnée mardi à Genève et retirée d’une liste noire resserrée à environ 25 pays.

La Commission d’application des standards de l’OIT a estimé que les préoccupations sur la liberté syndicale en Suisse étaient moins importantes que la situation d’autres États. Berne figurait sur une première liste de 40 pays. Si la Suisse avait été encore pointée du doigt, elle aurait été entendue par la commission dans les jours à venir et celle-ci aurait ensuite lancé des recommandations officielles.

L’OIT lui reproche de ne pas suffisamment protéger ses travailleurs actifs dans les syndicats. Certes, le droit suisse considère qu’un licenciement est abusif lorsque celui-ci est lié à une activité syndicale légale. Le dédommagement maximal est de six mois de salaire. Selon l’OIT, cette compensation ne suffit pas.

«Nous n’aimons pas tellement ces listes», avait admis lundi le conseiller fédéral Alain Berset, après avoir ouvert la Conférence du centenaire de l’OIT à Genève. Selon lui, un maintien sur la seconde liste aurait surtout été «une invitation à reprendre rapidement la discussion». Le chef du Département fédéral de l’intérieur (DFI) a annoncé que son collègue Guy Parmelin, ministre de l’Économie, a prévu de mener une médiation entre les patrons et les syndicats. Un dispositif salué mardi par l’Union syndicale suisse (USS), tout comme «les signes que le patronat veut trouver des solutions à ce problème».

Les syndicats souhaitent au moins douze mois de salaire et la possibilité d’un réengagement. De leur côté, les employeurs s’opposent à une augmentation de la compensation. L’USS a approuvé le retrait suisse de la liste, mais appelle à des améliorations sous peine de maintenir «une pression forte». La Suisse devra rendre compte dans un an à l’OIT. ATS

(TDG)

Créé: 11.06.2019, 18h55

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