Chevènement dénonce la «russophobie» ambiante

France L’ancien ministre de la Défense estime que la France et l’Europe font fausse route avec Moscou. Il appelle à la levée des sanctions.

Jean-Pierre Chevènement, ancien ministre de la Défense. (Photo d'archives).

Jean-Pierre Chevènement, ancien ministre de la Défense. (Photo d'archives). Image: © Gonzalo Fuentes / Reuters

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A 77 ans, Jean-Pierre Chevènement s’invite dans le débat politique. Dans son dernier ouvrage, Un défi de civilisation, l’ancien ministre de François Mitterrand livre sa vision de la France, de l’Europe mais aussi des relations internationales. Propulsé à la tête de la Fondation des œuvres de l’islam de France en août dernier par François Hollande, le souverainiste français n’en prend pas moins ses distances avec la politique menée par l’actuel président de la République. Et notamment avec la Russie.

En déplacement à Genève, où il a participé à un colloque coorganisé par l’Institut international de recherches pour la paix (Gipri) et le Centre de politique de sécurité (GCSP) sur le nouvel ordre du monde, Jean-Pierre Chevènement a déploré la détérioration des relations entre Paris et Moscou. Une erreur géostratégique majeure selon lui, qu’il met sur le compte d’une «russophobie dégoulinante des médias». L’homme n’hésite pas à aller à contre-courant, allant même jusqu’à parler de «poutinophobie». «Ce qu’on lit est caricatural. Les entreprises françaises qui travaillent en Russie sont révulsées», dit-il.

L’ancien ministre de la Défense déplore que la France et l’Europe aient suivi les Etats-Unis et voté les sanctions contre Moscou. Une décision qui, regrette-t-il, a conduit la France à «renier sa signature» alors qu’elle s’était engagée à vendre deux navires de guerre Mistral à la Russie. «En outre, je ne crois pas que ces sanctions soient très intelligentes alors que nous avons un problème de compétitivité et que la Russie est un partenaire économique important.»

Jean-Pierre Chevènement assure qu’il n’est pas le seul à penser que le gouvernement s’est trompé. Ce doute traverserait aussi bien la gauche que la droite. «Le parlement et le Sénat ont déposé des résolutions proposant la levée des sanctions», fait-il remarquer. Plus critique que jamais envers l’Europe, qui «faute de politique étrangère commune» s’est alignée sur celle des Etats-Unis, il prédit une remise en cause de son fonctionnement actuel. «L’Europe à vingt-huit, c’est très difficile à gérer. Peut-être faudra-t-il aller vers des formules plus restreintes. Mais je ne veux pas m’avancer sur ce que sera l’Europe demain.»

Devant une poignée d’universitaires, chercheurs et diplomates, il a insisté sur l’erreur vers laquelle conduit «l’entêtement à opposer l’Europe à la Russie». «Tout cela va avoir pour effet de pousser Moscou à se rapprocher de Pékin. Ce n’est pas dans notre intérêt. Demain, le monde sera dominé par le rapport de force entre la Chine et les Etats-Unis. Il faut faire en sorte que la France et l’Europe constituent en troisième pôle», prévient Jean-Pierre Chevènement. L’homme croit en un sursaut des «patriotes républicains» français pour pousser une Europe qui irait, comme en rêvait de Gaulle, de l’Atlantique à l’Oural.

Alors que sa nomination à la tête de la Fondation des œuvres de l’islam de France avait suscité beaucoup d’inquiétudes eu égard à sa réputation de républicain inflexible, l’ancien ministre, qui préside par ailleurs la Fondation Res Publica, se montre extrêmement attentif aux mots qu’il utilise. Pas question d’opposer la laïcité à l’islam. Au contraire. Il déplore les erreurs d’interprétation et rappelle que la République «offre un toit à toutes les religions» et que l’égalité, la liberté et la fraternité sont la seule règle républicaine gravée dans le marbre.

(TDG)

Créé: 09.11.2016, 16h11

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