Les Chagossiens privés de retour à Diego Garcia

DéracinésExpulsés à la fin des années 60 pour faire place à une base militaire américaine, les habitants ne retrouveront pas leur atoll.

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C’est l’histoire du pot de terre contre le pot de fer, et au bout d’un très long feuilleton, c’est la raison d’Etat qui l’emporte. Le gouvernement britannique a fait savoir mercredi aux expulsés de l’archipel des Chagos, et à leurs descendants, qu’ils ne pourront jamais revenir vivre sur leur terre ancestrale. Londres a ainsi décidé de refermer abruptement l’un des épisodes les plus honteux de la décolonisation.

Retour en arrière: en 1965, alors que l’île Maurice marchande son indépendance avec Londres, l’archipel des Chagos, qui compte une cinquantaine d’atolls, est cédé à Londres, devenant un territoire britannique de l’océan Indien. Un an plus tard, le Royaume-Uni décide de louer aux Etats-Unis l’atoll principal de l’archipel, Diego Garcia, un bout de terre de 30 km2 où réside la majorité des habitants. Les Américains veulent y construire une base militaire, tout l’archipel devient zone interdite. Entre 1967 et 1973 débute alors le cauchemar des Chagossiens. Après avoir vu leur bétail gazé, les quelque 2000 habitants sont expulsés, par bateau, principalement vers l’île Maurice. C’est dans des bidonvilles miséreux de Port-Louis, capitale de Maurice, que s’échoue une bonne partie de ces exilés, restés longtemps apatrides.

Aujourd’hui, les 10 000 Chagossiens, qui vivent principalement à Maurice, aux Seychelles et au Royaume-Uni, bien que divisés sur leurs revendications, luttent pour obtenir réparation. Au cours de ces quarante dernières années, les démarches en justice se sont succédé. La première, en 1975, a permis à un certain nombre de plaignants de recevoir de maigres dédommagements, mais jamais l’essentiel, le droit de retrouver leur terre. Maurice, de son côté, revendique le territoire. Mais les Etats-Unis ont fait de Diego Garcia, au milieu de l’océan Indien, une base militaire stratégiquement importante car placée au carrefour de plusieurs continents.

Appuyé par plusieurs décisions de justice, dont la dernière en juin par la Cour suprême, Londres n’a eu de cesse, ces dernières années, de s’opposer à l’idée d’un retour des habitants. Mercredi, le gouvernement britannique n’a pas failli à sa ligne. Il a soulagé sa conscience en débloquant des compensations financières à hauteur de 40 millions de livres (50 millions de francs suisses) sur les dix prochaines années, mais il a évoqué des raisons sécuritaires et une impossible viabilité économique pour rejeter la réinstallation.

Les Chagossiens semblent donc voir s’éloigner à jamais l’espoir de retrouver leur archipel. D’autant que le bail accordé aux Américains à Diego Garcia, qui avait été signé pour cinquante ans en 1966, doit être renouvelé à la fin de l’année. Seulement la moitié des expulsés à l’époque sont encore vivants.

(TDG)

Créé: 16.11.2016, 17h59

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