Pour certains Russes, le VIH est un «mythe»

EpidémiePas loin d'un million de personnes sont séropositives en Russie, toutefois certains n'hésitent pas à dire que l'épidémie est un complot des grands groupes pharma.

Plus de 900'000 Russes sont séropositifs et dix nouvelles infections interviennent chaque heure, selon les chiffres officiels.

Plus de 900'000 Russes sont séropositifs et dix nouvelles infections interviennent chaque heure, selon les chiffres officiels. Image: archive/photo d'illustration/Keystone

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Le sida, un «mythe» créé par les géants pharmaceutiques occidentaux pour vendre plus de médicaments? Certains Russes adhèrent à cette théorie complotiste loin d'être marginale, au point d'inquiéter les autorités confrontées à une épidémie aux conséquences dramatiques.

Plus de 900'000 Russes sont séropositifs et dix nouvelles infections interviennent chaque heure, selon les chiffres officiels. Au cours des six premiers mois de l'année, 80 personnes sont mortes en moyenne chaque jour de causes liées au sida, contre 50 personnes par jour en 2016.

Pourtant, moins de la moitié des malades y suivent un traitement antirétroviral. Plusieurs cas de patients morts par manque de soins ont été recensés ces derniers mois, y compris une fillette de 10 ans séropositive décédée en août dans un hôpital de Saint-Pétersbourg. Ses parents, très croyants, refusaient qu'elle soit traitée.

«Il est inacceptable que de nos jours, des enfants meurent (du VIH) alors que des traitements sont disponibles», s'indigne Alexeï Iakovliev, médecin-chef de l'hôpital à l'hôpital Botkine, à Saint-Pétersbourg.

Négationnisme sur internet

Si certains patients ne suivent pas de traitement en raison du manque de médicaments, d'autres prennent cette décision parce qu'ils nient l'existence même du VIH, s'inquiètent responsables officiels et militants de la lutte contre le sida. Le député pro-Kremlin Alexandre Petrov a récemment appelé les associations à «aller vers ceux qui ne croient pas que (le VIH) existe».

Sous la pression de l'Onusida, le populaire réseau social russe Odnoklassniki a récemment supprimé un groupe niant l'existence du VIH. Mais celui-ci s'est aussitôt reformé sur une autre plate-forme.

«Ce sont comme des rats, ils s'enfuient ailleurs et continuent d'y propager leurs idées», tempête Vinay Saldanha, directeur de l'Onusida pour l'Europe de l'est et l'Asie centrale. «Il est inacceptable que des forums et des groupes de discussion (niant l'existence du VIH) soient tolérés sur certains sites.»

«Contrôle» de la population

En quelques clics, l'AFP a découvert plusieurs groupes négationnistes, avec des milliers d'adhérents, sur Vkontakte, réseau social plus populaire que Facebook en Russie.

«Le VIH est l'un des plus grands mythes du XXe siècle», clame l'un de ces groupes qui explique comment refuser un traitement antirétroviral et qui qualifie les médicaments de poison ou encore les docteurs d'assassins chargés d'enrichir les entreprises pharmaceutiques.

Ces groupes négationnistes, dont les administrateurs ont répondu par des volées d'insultes à une journaliste de l'AFP, citent souvent les propos d'Olga Kovekh, médecin à Volgograd (sud), pour qui «l'un des objectifs du mythe du VIH est de faire baisser de deux milliards la population mondiale en établissant un contrôle total» grâce aux vaccins. Les Etats-Unis utilisent la Russie comme «colonie» afin d'y tester ses vaccins contre le VIH, accuse-t-elle également.

Informations insuffisantes

Pour les responsables associatifs, ces théories se répandent en partie à cause de la rhétorique anti-occidentale des autorités. «La télévision n'arrête pas de dire que la Russie est entourée d'ennemis, que nous devons nous battre contre tous», remarque Elena Doljenko, qui travaille pour la Fondation SPID.Tsentr à Moscou.

De tels discours, selon elle, aident à légitimer l'idée d'une conspiration occidentale contre la Russie, avec le VIH comme arme.

Mais pour Ekatérina Zinger, à la tête de la Fondation Svétcha à Saint-Pétersbourg, le déni de l'existence du VIH s'explique surtout par le «manque de consultation médicale»: «Les gens ne reçoivent pas suffisamment d'informations et commencent à croire que quelqu'un leur cache quelque chose».

Ces théories, selon elle, trouvent un écho particulier auprès de personnes hétérosexuelles, souvent sans difficultés sociales, qui constituent une part importante des nouvelles contaminations en Russie et pour qui le sida menace surtout les homosexuels ou les toxicomanes: «Elles ne comprennent pas ce qui leur arrive».

Maladie de «gays américains»

En Russie où le pouvoir affiche en modèle les «valeurs traditionnelles», les récentes campagnes de sensibilisation se concentrent sur la fidélité plutôt que les moyens de protection. «Ces campagnes n'aident pas, elles aggravent la situation et le déni de l'existence du VIH vient peut-être d'elles», dénonce Mme Doljenko.

«Imaginez une jeune fille orthodoxe qui va à l'église tous les dimanche, qui se marie et qui découvre qu'elle est séropositive», lance-t-elle. Comme le VIH est considéré par la société russe comme une maladie de «gays américains», «cette jeune fille va croire que (le VIH) n'a rien à voir avec elle.» (ats/nxp)

Créé: 30.11.2017, 14h14

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