La CDU se cherche un visage et une vision

AllemagneTrois candidats sont en lice pour succéder vendredi à la chancelière Angela Merkel à la tête du Parti chrétien-démocrate au congrès de Hambourg.

Si elle reste chancelière, Angela Merkel a choisi de passer la main à la tête de son parti.

Si elle reste chancelière, Angela Merkel a choisi de passer la main à la tête de son parti. Image: GETTY/OMER MESSINGER

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Le militant conservateur Karl-Heinz Kohl n’est pas venu «en touriste» à la conférence de Berlin vendredi dernier. Il veut des réponses sérieuses de la part des trois candidats à la succession de Merkel venus se présenter aux membres du parti. «Que feront-ils contre l’islamisation de la société?», demande-t-il. «Ben oui, on ne peut plus manger de porc à la cantine. Sur les marchés de Noël, on se sent en minorité. S’ils ne font rien, je suis prêt à rejoindre l’AfD (parti d’extrême-droite «Alternative pour l’Allemagne», ndlr)», prévient-il.

Comme partout en Europe, le Parti chrétien-démocrate (CDU) est confronté à l’érosion de son électorat face à la montée des mouvements populistes. Les conservateurs ne savent plus comment retenir les militants comme Karl-Heinz Kohl. Ils ne savent pas non plus comment reconquérir ceux qui sont déjà partis à l’AfD.

La première formation politique d’Allemagne, qui réalisait autrefois des scores de plus de 40%, s’est effondrée à moins de 33% aux élections fédérales de 2017. Dans les sondages, la CDU est même tombée à 27% à quelques points devant les écologistes.

Comment récupérer ces millions d’électeurs partis à l’extrême-droite? C’est la question centrale qui occupera le congrès qui se tient jusqu’à samedi à Hambourg avec l’élection d’une ou d’un nouveau président, suite au départ d’Angela Merkel. Les désastres électoraux de l’automne, en Bavière puis en Hesse, ont poussé la chancelière à passer la main après 18 ans de présidence.

L’actuel ministre de la Santé, Jens Spahn, «frondeur» anti-Merkel, étant jugé trop jeune pour ce poste, seulement deux candidats ont une chance réelle d’être élu ce vendredi par les 1001 délégués régionaux.

Annegret Kramp-Karrenbauer, surnommée «AKK», et Friedrich Merz s’affronteront dans un duel lors d’un deuxième tour qui s’annonce palpitant. «Les jeux sont complètement ouverts», estime Julia Maass, militante de 28 ans, qui penche pour AKK.

Différences de style

Dans le contenu, les deux candidats sont difficiles à différencier. Ils sont tous les deux pro-Européen et favorables à un durcissement de la politique migratoire. Ce qui les distingue, c’est le style et l’expérience.

Annegret Kramp-Karrenbauer, élue secrétaire général de la CDU à 99% au début de l’année, n’a pas manqué une occasion de rappeler que son rival avait abandonné le navire en 2009 pour faire fortune dans le privé. Friedrich Merz n’a jamais dirigé un ministère et n’a jamais mené de campagne électorale pour la CDU. «On ne peut pas s’occuper de la sécurité en parlotant dans les cafés. Il faut agir», a attaqué AKK, qui fut la première femme à être nommée ministre de l’Intérieur (en Sarre).

Le lobbyiste de 62 ans n'a été leader de l’opposition que deux ans avant d’être évincé par Angela Merkel au poste de président du groupe conservateur à l’assemblée fédérale (Bundestag). Quand il parle à la tribune, il donne l’impression de s’adresser aux actionnaires d’un fonds de pension. Friedrich Merz est d’ailleurs jugé «désagréable» par un tiers des Allemands. Pour beaucoup de militants, Friedrich Merz incarne aujourd’hui un «homme du passé». Son retour est jugé opportuniste.

AKK, en revanche, assure des responsabilités gouvernementales depuis 18 ans. Elle a gagné les élections de 2017 dans sa région avec plus de 40% des voix alors que les sondages la donnaient perdante. AKK remporte aussi la faveur des électeurs conservateurs dans les sondages. Elle symbolise la continuité et surtout l’assurance de pouvoir gagner des élections. Surnommée la «mini-Merkel», elle a réussi à se démarquer de la chancelière en adoptant des positions très conservatrices, voire populistes (opposition catégorique du mariage pour tous, renvoi de réfugiés délinquants dans des régions en guerre).

Par ailleurs, elle n’a pas commis les mêmes impairs que son rival. «J’appartiens à la classe moyenne supérieure», avait assuré Friedrich Merz au début de la campagne avant de reconnaître qu’il gagnait un million d’euros par an dans la finance. Sa proposition de défiscaliser l’achat d’actions pour encourager les Allemands à compléter leurs retraites a révélé son ignorance des classes modestes. La moitié des Allemands n’ont pas les moyens d’acheter des valeurs mobilières.

Friedrich Merz, qui a promis de «diviser l’AfD par deux» et de revenir à des scores de «40% et plus», bénéficie de soutiens importants dans le parti et d’un meilleur applaudimètre dans les meetings. Ce ne sont pourtant pas les militants qui voteront à Hambourg mais les délégués. Or, ils veulent une présidente ou un président qui sache rassembler et qui soit capable de gagner les prochaines élections. (nxp)

Créé: 06.12.2018, 19h59

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