Le «caractère létal» du LBD questionné

FranceUn syndicat et une association ont interpellé la justice sur l'usage controversé du lanceur de Flash-Ball utilisé par les forces de l'ordre.

Le LBD-40, successeur du «Flash-Ball» utilisé à partir des années 90 avant d'être abandonné pour son imprécision, fait débat depuis plusieurs années.

Le LBD-40, successeur du «Flash-Ball» utilisé à partir des années 90 avant d'être abandonné pour son imprécision, fait débat depuis plusieurs années.

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«Faudra-t-il des morts»? La CGT et la Ligue des droits de l'homme (LDH) ont vivement interpellé la justice administrative jeudi, en réclamant la suspension en urgence de l'utilisation des lanceurs de balles de défense pour les prochaines manifestations des «gilets jaunes».

«Est-ce qu'on empêche des manifestants d'être grièvement blessés, d'être mutilés ou de perdre un oeil samedi ? Telle est la question», a résumé l'avocat de la LDH, Arié Alimi, devant le tribunal administratif de Paris.

«Samedi, il y a des vies en jeu», a-t-il asséné, estimant que si aucun manifestant n'est mort, c'est «uniquement parce qu'on a de bons services hospitaliers en France».

Le syndicat et l'association ont formé un référé en urgence pour forcer l'État à suspendre l'utilisation de cette arme controversée lors des prochains rassemblements de «gilets jaunes» et lors de l'appel à la grève générale le 5 février. Son utilisation actuelle est contraire aux droits fondamentaux, selon eux.

«Aujourd'hui, on va manifester à ses risques et périls, et pas n'importe quels risques, c'est celui de se faire sectionner un membre ou de perdre un œil», a lancé l'avocate de la CGT, Lorraine Questiaux.

«1000 tirs»

«Le maintien de l'ordre, ça ne se fait pas avec des hochets», a rétorqué la représentante du ministère de l'Intérieur, Pascale Léglise.

«S'il n'y a pas d'arme intermédiaire, il y a quoi ? Il y a le 9 mm», a-t-elle ajouté: «Ou alors on laisse faire les émeutes urbaines, les saccages, les forces de l'ordre qui brûlent comme des torches vivantes.»

La fonctionnaire a rappelé le «cadre strict» d'utilisation du LBD-40, «mal nécessaire pour assurer la sécurité». Il est utilisé «quand les forces de sécurité sont menacées ou qu'elles ne parviennent pas à défendre le terrain qu'elles occupent». En cas «d'usage abusif», policiers et gendarmes subiront des «sanctions pénales et administratives», a-t-elle ajouté.

Selon le collectif militant «Désarmons-les» et le journaliste indépendant David Dufresne, 17 personnes ont perdu un oeil depuis le début du mouvement. Le ministre de l'Intérieur Christophe Castaner comptabilise, lui, quatre personnes gravement blessées à l’œil sur les 81 enquêtes menées par l'IGPN, la police des polices. Le ministre a annoncé cette semaine que les forces de l'ordre utilisant cette arme seraient équipées d'une caméra-piéton lors de l'acte 11 samedi des «gilets jaunes».

Face à une «situation quasi-insurrectionnelle», il y a eu «1000 tirs de LBD depuis le début des manifestations», a annoncé Mme Léglise: «On n'est pas sur un ratio déraisonnable».

«Le nombre d'usages est très variable selon les samedis, ce qui prouve bien que les forces de police se livrent à une analyse de la situation», a complété la représentante de la préfecture de police de Paris, Sabine Roussely.

«L'État est en train de nous dire: Attendons les morts, peut-être que quand il y aura des morts, on les retirera », s'est indignée Me Questiaux.

L'ombre de Rémi Fraisse-

Le LBD-40, successeur du «Flash-Ball» utilisé à partir des années 90 avant d'être abandonné pour son imprécision, fait débat depuis plusieurs années. Les avocats des requérants ont rappelé que le Défenseur des droits s'est prononcé contre l'usage du LBD en opération de maintien de l'ordre. Et que de nombreux pays d'Europe n'utilisent pas cette arme.

«Que je sache, l'Allemagne, le Royaume-Uni et la Belgique ne sont pas à feu et à sang», a fait valoir Me Questiaux.

Pour Me Alimi, les forces de l'ordre utilisent du «matériel de guerre face à des civils dans un cadre urbain». Tout comme elles utilisaient jusqu'en 2014 la «grenade OF F1», interdite après avoir causé la mort du militant écologiste Rémi Fraisse à Sivens (Tarn). L'utilisation du LBD est régie «par les mêmes textes», a-t-il remarqué.

Le «caractère létal» du LBD est selon lui «établi par les faits»: de nombreuses victimes ont été touchées à la tête, malgré le viseur dont il dispose et les consignes pour ne cibler que le torse et les membres. Dans la cohue, certains tirs atteignent aussi «des non-manifestants», selon les signalements reçus par la LDH.

Le tribunal doit statuer dans la soirée ou vendredi. Mais l'affaire pourrait se prolonger devant le Conseil d'État, «seul compétent» pour donner des ordres au gouvernement, a argué l'Intérieur. (afp/nxp)

Créé: 24.01.2019, 22h18

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