Les camps de travail forcé, une «horreur» qui perdure

Chine Au mépris des droits humains, il y aurait actuellement «entre 5 et 8 millions de prisonniers» chinois dans des camps concentrationnaires.

(Image d'illustration) Les prisonniers sont jugés en général en 2 ou 3 minutes avant d'être envoyés dans les camps. (Mardi 3 avril 2018)

(Image d'illustration) Les prisonniers sont jugés en général en 2 ou 3 minutes avant d'être envoyés dans les camps. (Mardi 3 avril 2018) Image: AFP

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Pékin avait annoncé en 2013 l'abolition des camps de travail forcé en Chine, triste héritage des années Mao. Quatre ans après, ces camps existent toujours, selon Jean-Luc Domenach, expert de la question. Bafouant droits humains et du travail, ils contribuent largement à faire tourner l'économie du pays.

«Le système punitif chinois repose encore et toujours pour l'essentiel sur les camps de travail forcé», explique dans un entretien à l'ats ce professeur français de sciences politiques et spécialiste de la Chine, notamment de son système carcéral.

Son livre publié en 1992, «Chine: l'archipel oublié», est considéré comme l'une des recherches les plus importantes sur les camps concentrationnaires chinois. Sa vaste enquête y révélait l'étendue du plus grand système de détention du monde. Il prépare actuellement un nouveau livre sur le sujet, prévu pour 2019.

Près de 1000 camps au total

«Il y a aujourd'hui entre 5 et 8 millions de prisonniers dans près de 1000 camps de travail forcé», affirme Jean-Luc Domenach. Selon ses dernières recherches, il y a environ 750 «laogai» (camps de «réforme ou rééducation par le travail») et entre 100 et 200 «laojiao» (camps d'«enseignement par le travail»).

Les «laogai» concernent surtout les prisonniers politiques et de droit commun. Ce système de camps avait été créé par Mao Tsé-Toung et a longtemps été considéré comme l'équivalent du goulag soviétique. A la fin des années 50, les «laogai» ont emprisonné jusqu'à 20 millions de personnes, selon le professeur français.

Les «laojiao» regroupent les peines pour la petite délinquance (crimes mineurs, petits vols et trafic de drogues). Il y a aussi des camps spéciaux, notamment pour les jeunes, les drogués et les prostituées.

Jugés en 2 ou 3 minutes

Dans les deux types de camps principaux, les prisonniers, jugés en général en 2 ou 3 minutes, sont livrés à des travaux terriblement durs, lourds et longs contre une rémunération dérisoire. «Autant dire qu'il s'agit de vol de travail», affirme M. Domenach.

C'est une main-d'oeuvre presque gratuite qui sert à tout: construction de routes, de ponts, de logements, de voitures, mais aussi de toutes sortes de produits commerciaux fabriqués à la chaîne et à bas prix, cite-t-il en exemples. Ces camps de travail passent des contrats avec des entreprises et souffrent aussi de graves problèmes de corruption, explique l'expert.

Pièces mécaniques, vêtements, décorations de Noël, jouets, raquettes et balles de ping pong, thé noir, etc: autant de produits que l'on retrouve dans les rayons de magasins occidentaux, notamment en France et en Suisse, et qui ont été directement fabriqués dans des camps de travail, «au fouet», selon l'expression du spécialiste. Un marché qui pourrait se chiffrer en milliards, selon les enquêtes sur le sujet.

Indifférence occidentale

Si ces camps de travail sont «moins atroces» en 2018 que durant la période maoïste des années 50, ils restent néanmoins «une horreur» qu'il faut continuer à faire connaître et dénoncer, souligne M. Domenach. Aujourd'hui, il s'agit plus d'exploiter économiquement le travailleur forcé que d'éliminer des prisonniers politiques, dissidents ou hautement criminels, résume-t-il.

Il regrette par ailleurs l'indifférence des gouvernements occidentaux par rapport à ces camps de travail forcé, moteur de l'économie chinoise. Il constate que malheureusement peu d'accords de libre-échange avec Pékin mentionnent cette problématique.

Autre spécialité: les prisons noires

Enfin, d'autres lieux de détention extrajudiciaire en Chine inquiètent Jean-Luc Domenach: les prisons noires. Il s'agit d'hôtels, d'appartements, de caves ou de bureaux désaffectés transformés en prisons illégales par les pouvoirs locaux.

«La loi autorise la police locale, provinciale ou nationale à enfermer et retenir pour deux fois six mois des personnes, essentiellement des intellectuels et avocats, critiquant le pouvoir communiste. Entre 20 et 30'000 personnes seraient actuellement concernées», selon ses récentes recherches. (ats/nxp)

Créé: 03.04.2018, 09h23

Pas de mention des camps de travail dans l'ALE avec Pékin

En Suisse, à l'époque de la signature de l'accord de libre-échange (ALE) entre la Chine et la Suisse, une plate-forme de cinq ONG avait défendu bec et ongle la question des droits humains pour ce traité bilatéral. Elle avait notamment insisté sur la situation dans les camps de travail forcé. Aucune mention n'y figure.

Près de cinq ans après la signature de l'accord (6 juillet 2013) et quatre ans après son entrée en vigueur (1er juillet 2014), Thomas Braunschweig se dit toujours «très déçu de la politique suisse» dans ce contexte. Responsable du dossier chinois à Public Eye, il déplore l'attitude peu courageuse du Conseil fédéral, qui n'a même pas osé mentionner les mots «droits humains» dans l'accord.

Selon lui, le chef du Département fédéral de l'économie (DEFR) Johann Schneider-Amman avait promis de faire figurer les droits humains dans le préambule du traité. Une promesse jamais tenue.

Revendications ignorées

L'ALE avec la Chine est donc très en deçà de tous les accords conclus récemment par la Suisse, dont le préambule contient au moins une référence aux droits humains et à la Déclaration universelle. Visiblement, la Suisse leur accorde un poids différent selon le partenaire de négociations, avaient critiqué à l'époque les ONG suisses regroupées dans la «Plateforme Chine».

Celle-ci avait insisté pour que l'ALE contienne des dispositions contraignantes concernant le respect des droits humains et des normes du travail. En vain. La plupart de ses revendications avaient été ignorées.

Si le Département fédéral des affaires étrangères (DFAE) était ouvert aux question des droits humains, ce n'était pas le cas du Secrétariat d'Etat à l'économie (SECO) des services de M Schneider-Amman, se souvient M. Braunschweig. «Le SECO a clairement influencé le Conseil fédéral», dit-il, critiquant une «posture idéologique inflexible».

Articles en relation

Chine et USA à couteaux tirés sur le commerce

Protectionnisme Pékin a pris lundi des mesures punitives contre 128 produits américains. Pas de quoi déclencher un vrai conflit pour autant. Plus...

La censure se resserre sur les entreprises étrangères

Chine Le gouvernement chinois s'attaque aux VPN, ces réseaux qui permettent d'accéder aux sites bloqués par les autorités. Plus...

Kim Jong-un accueilli en grande pompe à Pékin

Asie Le président chinois a bien rencontré son homologue nord-coréen, annonce mercredi l'agence Chine nouvelle. Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

Caricatures

Jeanne Calment est bien la doyenne de l'humanité
Plus...