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Ils se font Britanniques pour quitter le Royaume-Uni

Installés de longue date, des Européens se font naturaliser par peur de ne plus pouvoir revenir dans un pays où ils se sentent chez eux.

Son passeport britannique en poche, Florence Duriez ne craint plus de quitter le Royaume-Uni.
Son passeport britannique en poche, Florence Duriez ne craint plus de quitter le Royaume-Uni.

Florence Duriez est soulagée. Son tout nouveau passeport britannique en poche, elle peut quitter Londres sans inquiétude. Cette Française de 39 ans est en effet devenue, le 26 juin, citoyenne du Royaume-Uni pour mieux… en partir! Début août, elle déménagera avec ses deux enfants à Copenhague, la capitale du Danemark, tandis que son époux effectuera la navette depuis Londres. «Je n’aurais jamais pris la citoyenneté britannique sans le Brexit», admet-elle. «En tant qu’Européenne, j’avais le droit de rester ici de manière inconditionnelle. Maintenant, tout change: au bout de deux ans hors du pays, je perdrai le droit de revenir vivre dans cette ville, où je me sens chez moi.»

Le jour même où Florence Duriez est devenue britannique, la premier ministre Theresa May dévoilait la création d’un statut de «résident établi» pour tous les Européens installés dans le pays depuis plus de cinq ans. Ils perdront en revanche ce statut s’ils quittent le pays pendant deux années consécutives. «Ce critère existe déjà pour les résidents permanents au Royaume-Uni», nous explique George Merrylees, avocat spécialisé sur la question au sein du cabinet Irwin Mitchell. «Mais en fait, il suffit de passer une fois par an quelques jours au Royaume-Uni pour que le compteur soit remis à zéro.» Rien ne dit pourtant que cette latitude d’interprétation soit maintenue.

«C’est une prison!»

«Je ne sais pas où ma carrière m’emmènera et il est possible que je doive partir alors que je me sens ici à la maison», assure Nicolas, un travailleur indépendant. Il ne veut pas rendre son nom public car son processus de naturalisation n’est pas encore achevé. «Sauf qu’une maison que l’on ne peut pas quitter à cause d’une question de visa, c’est une prison. Et la seule porte de sortie, c’est le passeport.» Il le regrette d’ailleurs. «Plus tu es enraciné ici, plus tu as peur de ne pas pouvoir y revenir. Plus tu es de bonne foi, plus tu as besoin de valider tout cela administrativement.»

Le processus d’acquisition de la citoyenneté britannique durant au moins six mois, entre le temps nécessaire à la complétion du dossier et son traitement, les statistiques commencent tout juste à exposer l’impact du référendum du 23 juin 2016 sur la sortie de l’UE. Lors du premier trimestre 2017, 11 066 Européens, dont 39 Suisses, sont devenus Britanniques, soit une hausse de 70% par rapport au premier trimestre 2016 (4566 dont 19 Suisses).

Jurer allégeance à la reine

Florence et Nicolas ne sont donc clairement pas des cas à part. «Mes deux enfants sont anglais, il ne serait pas étonnant qu’ils reviennent vivre plus tard ici», s’inquiète la juriste. «Je ne veux pas être interdite de vivre auprès d’eux à cause d’un visa.» Elle reconnaît pourtant très volontiers que sa situation est loin d’être extrême: «Nous pouvons revenir dans notre pays d’origine, la France, contrairement aux nombreux immigrés qui ont fui le leur.»

Même si elle se sent «fière d’être Française», Florence Duriez ne regrette pas sa décision. Surtout que le processus de naturalisation au Royaume-Uni lui a permis de «se réconcilier avec le pays» alors qu’elle était «très énervée après le référendum». Elle a surtout apprécié l’apprentissage lié au test sur la culture générale britannique et la très positive cérémonie de naturalisation durant laquelle elle a dû jurer allégeance à la reine devant une photo de celle-ci. Une possibilité que n’auront pas les Hollandais: le premier ministre des Pays-Bas Mark Rutte vient de prévenir que ses concitoyens adoptant la nationalité britannique perdront automatiquement la néerlandaise.

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