Pourquoi le Brexit se joue en Irlande du Nord

Royaume-UniBoris Johnson fait une «offre finale» à Bruxelles et jure de partir le 31 octobre. Avec ou sans accord.

Le premier ministre britannique lance un ultimatum à l'Union européenne.

Le premier ministre britannique lance un ultimatum à l'Union européenne. Image: Reuters

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À prendre ou à laisser. Le premier ministre britannique Boris Johnson a fait ce mercredi une «offre finale» à l’Union européenne. Il jure que le Royaume-Uni divorcera comme prévu le 31 octobre, avec ou sans accord sur les relations futures, au risque de provoquer une crise économique majeure. Or, son offre est un plan pour l’Irlande du Nord, petit territoire à peine plus grand que la Suisse romande. Voici pourquoi.

Le casse-tête irlandais

Résumons. Le Royaume-Uni est composé de quatre «nations» réparties sur deux grandes îles: la Grande-Bretagne et l’Irlande. Sur la première se trouvent l’Angleterre, le Pays de Galles et l’Écosse. Sur la seconde, la petite Irlande du Nord, formée en 1922 lorsque six des neuf comtés de la province d’Ulster refusèrent de suivre les sécessionnistes qui fondèrent une République indépendante sur le reste de l’île. Depuis, le nord a vécu sous haute tension, déchiré entre une majorité de protestants unionistes loyaux à la couronne britannique et une importante minorité de républicains nationalistes catholiques. Une paix fragile y règne depuis les «accords de Vendredi-Saint» de 1998, conclus après trois décennies de violences mortelles. Ce compromis repose sur l’absence de frontière visible entre Royaume-Uni et République d’Irlande, tous deux membres de l’UE. Or, les Britanniques, en quittant l’union douanière et le marché unique, risquent de faire exploser cet équilibre.

Le «backstop» de Theresa

Pour rassurer les Vingt-Sept, l’ancienne première ministre britannique Theresa May avait accepté un «backstop» (filet de sécurité), garantissant que l’Irlande du Nord resterait dans le marché unique tant que Londres et Bruxelles n’auraient pas trouvé une solution plus satisfaisante (sans indiquer de limite dans le temps). Les députés britanniques ont balayé ce deal par trois fois. En particulier, le Parti unioniste démocrate (DUP) d’Irlande du Nord, allié incontournable de Theresa May, refusait de voir son territoire séparé du marché britannique.

«L’offre finale» de Boris

Paradoxalement, le premier ministre Boris Johnson a négocié avec ce même DUP un plan surnommé «Deux frontières pour quatre ans». Il propose à Bruxelles que le Royaume-Uni quitte l’UE comme prévu le 31 octobre 2019, avec une période de transition s’étalant jusqu’à la fin de 2020 pour pouvoir négocier une forme de partenariat pour le futur, notamment en matière d’échanges commerciaux. L’Irlande du Nord, elle, resterait alignée sur les règles de l’UE jusqu’en 2025. Du coup, il faudrait créer un contrôle des marchandises venant de Grande-Bretagne. Et une surveillance électronique de la zone frontière avec la République d’Irlande. Au terme des quatre ans, le Parlement nord-irlandais se prononcerait sur la suite.

Compte à rebours

Le prochain Sommet européen se tient le 17 octobre. En principe, les documents à discuter doivent être soumis aux Vingt-Sept une semaine plus tôt. Il reste donc jusqu’au 10 octobre pour négocier un «accord de divorce» suite à cette soi-disant «offre finale» présentée ce mercredi par Boris Johnson (sans pour autant dévoiler publiquement les détails techniques). Londres estime avoir fait un compromis et attend que Bruxelles fasse de même. Pour l’heure, l’accueil est plutôt froid. Si aucun deal n’est trouvé d’ici au 19 octobre, le «Benn Act» voté par les députés britanniques oblige le premier ministre à adresser à l’Union européenne une demande formelle de prolongation du délai jusqu’à la fin de janvier. Boris Johnson s’y refuse. Il jure qu’il déclenchera le Brexit le 31 octobre, avec ou sans accord de divorce, au risque d’un désastre économique au Royaume-Uni mais aussi dans l’Union européenne et, au final, sur les marchés mondiaux.

Créé: 02.10.2019, 18h44

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