«Le blocus du Qatar entraîne des violations des droits de l’homme»

DiplomatieLe président du Comité national des droits de l’homme qatarien est à Genève pour alerter l’ONU et organiser la riposte de Doha.

Ali bin Smaikh Al-Marri, président du Comité national des droits de l'homme qatari.

Ali bin Smaikh Al-Marri, président du Comité national des droits de l'homme qatari. Image: Keystone

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Arrivé en début de semaine à Genève, Ali bin Smaikh Al-Marri, qui préside le Comité national des droits de l’ homme qatarien , est venu dénoncer les conséquences du blocus et prévenir que Doha n’allait pas rester sans réagir.

Est-ce que ce qui s’est passé est considéré comme une interruption des relations diplomatiques ou un blocus?

Ces pays parlent de rupture diplomatique mais c’est un blocus. Avec leurs sanctions, les Emirats arabes unis, l’Arabie saoudite et Bahreïn ne pénalisent pas seulement les citoyens qatariens, ils pénalisent aussi leurs propres ressortissants. Ce qui se passe est contraire à toutes les conventions internationales. Cet embargo a engendré des violations énormes des droits de l’homme et des droits économiques et sociaux. Il porte atteinte à la liberté de circulation, au droit à la propriété, au droit à la santé, au droit au travail, à l’éducation…

Vous avez quelques exemples?

Initialement, les Emirats arabes unis, l’Arabie saoudite et Bahreïn avaient donné un ultimatum de 14 jours aux Qatariens présents chez eux pour partir et à leurs ressortissants présents à Doha pour rentrer. Mais en réalité, les expulsions ont été immédiates. Des familles ont été séparées de force. Il y a notamment le cas d’une Qatarienne mariée à un Emirien. Les autorités de l’aéroport d’Abu Dhabi lui ont retiré son bébé des bras avant de la faire quitter le pays. A Bahreïn, une autre Qatarienne qui avait fait sa vie sur place depuis trente ans a été obligée de quitter son mari et ses enfants, dont un handicapé. Lorsqu’elle est arrivée à Doha, elle n’avait rien. Même chose pour un Qatarien qui travaillait dans une banque à Dubaï. Il a été contraint de laisser sa femme, ses enfants et son travail. Des organisations caritatives lui sont venues en aide lorsqu’il est arrivé. Les 11 300 citoyens bahreïniens, émiriens ou saoudiens qui vivent chez nous sont priés de rentrer chez eux sous peine de sanctions. Eux aussi doivent quitter leur famille et leur travail. Parfois, c’est un dilemme cruel. Un Saoudien qui devait subir une opération importante des reins a eu à choisir entre se faire soigner et risquer des représailles ou rentrer en perdant son accès à des soins. Ce qui est en train de se passer est totalement illégal.

Quelles ont été vos démarches depuis le début de la crise?

Nous sommes immédiatement entrés en contact avec le Bureau du haut-commissaire aux droits de l’homme. Il vient de publier un communiqué sur les conséquences catastrophiques du blocus sur les droits de l’homme. Nous avons également eu une réunion avec la directrice du département des procédures spéciales. Enfin, le Comité national des droits de l’homme a coordonné son action avec celle d’Amnesty International et de Human Rights Watch. Amnesty s’est rendue sur place et a déjà réagi en condamnant les violations des droits de l’homme consécutives à cet embargo. Human Rights Watch va également se déplacer pour rencontrer directement les victimes. Enfin, dans les jours qui viennent, nous allons contacter un bureau international d’avocats pour demander des dommages et intérêts aux Etats qui ont violé les principes du droit international.

Y a-t-il vraiment des restrictions à la liberté d’expression?

Ces Etats ne se sont pas contentés de fermer les bureaux d’Al-Jazira et d’interdire sa diffusion. Ils ont aussi exigé de la centaine de journalistes détenteurs d'un passeport bahreïnien, émirien ou saoudien de quitter leur employeur. C’est une violation du droit du travail. Ils ont aussi promulgué des lois qui sanctionnent ceux qui manifestent un sentiment de sympathie à l’égard du Qatar. Un avocat bahreïnien a été arrêté et placé en détention pour avoir dit qu’il était contre l’embargo. Il risque une peine de 5 à 15 ans de prison.

Quelles mesures prendrez-vous si le blocus dure?

S’ils continuent sur cette ligne, nous allons demander au Conseil des droits de l’homme d’instaurer une commission d’enquête pour établir les faits. Nous nous tournerons aussi vers la communauté internationale, que ce soit à travers le Conseil de sécurité ou l’Assemblée générale de l’ONU. Nous aurons recours à tous les mécanismes existants pour faire stopper cet embargo. Par exemple, nous allons aller devant l’Unesco à Paris pour dénoncer les atteintes aux droits à l’éducation. Les étudiants sont lourdement pénalisés. C’est inacceptable. Une jeune Qatarienne qui était en fin de cycle aux Emirats arabes unis a été chassée de l’université et de son logement étudiant. Elle a perdu quatre ans d’études. Ces Etats ont également violé le droit à l’éducation pour leurs propres étudiants qui ont été sommés de quitter les bancs des universités qatariennes.

Allez-vous aussi vous tourner vers l’Organisation mondiale du commerce?

Je vous l’ai dit. Nous allons actionner toutes les instances internationales à New York, Genève, Paris et Bruxelles. Concernant les sanctions visant la compagnie aérienne Qatar Airways, nous avons saisi l’autorité internationale pour l’aviation civile. Pour les autres restrictions à caractère commercial, notre Ministère du commerce est en train de monter un dossier auprès de l’OMC.

Genève est donc appelée à jouer un rôle important dans cette crise…

Il est naturel que nous nous tournions vers Genève. C’est ici que se traite la question des droits de l’homme. Nous ne pouvons pas accepter de les voir remis en cause pour des problèmes politiques. Ces deux domaines doivent être traités séparément.

Est-ce que cette crise peut impacter le chantier de la Coupe du monde de football 2022?

Sur ce point, les choses sont très claires. Il y a eu un communiqué de l’Etat qatarien qui a affirmé que le blocus n’entraverait pas les travaux. La FIFA a dit la même chose.

Créé: 16.06.2017, 11h21

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