Les Belgradois font un accueil triomphal à Vladimir Poutine

BalkansEn visite officielle jeudi chez l’allié serbe, le maître du Kremlin a critiqué l’Occident. Et donné une bouffée d’air à son homologue Aleksandar Vucic.

Brandissant portraits d’un Vladimir Poutine viril et drapeaux de la Fédération de Russie: les Belgradois ont fait un accueil triomphal à leur héros venu de Moscou.

Brandissant portraits d’un Vladimir Poutine viril et drapeaux de la Fédération de Russie: les Belgradois ont fait un accueil triomphal à leur héros venu de Moscou. Image: Reuters

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«Poutine, c’est le meilleur», s’exclame Jasna, quadragénaire belgradoise. Sa collègue Branka renchérit: «Je l’adore.» Elles font partie des 100 000 personnes (selon la police) qui se sont rassemblées jeudi à Belgrade pour accueillir le président russe, personnalité très populaire en Serbie. Dans les cortèges, les pancartes rappellent la légendaire fraternité slave et orthodoxe.

Belgrade a refusé de suivre l’Union européenne (UE) dans les sanctions contre la Russie après l’invasion de l’Ukraine. De son côté, Moscou soutient la Serbie dans son refus de reconnaître l’indépendance de son ancienne province du Kosovo. Un sujet au cœur des attentes des manifestants. «Il faut qu’il nous soutienne économiquement, mais aussi surtout sur la question du Kosovo», déclare Petar.

Le président russe a profité de sa visite pour critiquer l’attitude de l’Occident dans la région. «La politique des États-Unis et de certains pays occidentaux menée pour assurer leur domination est un sérieux facteur de déstabilisation», a-t-il déclaré au quotidien serbe «Politika». La capacité de la Russie à exercer une réelle influence est limitée, selon le politologue Vuk Velebit, «mais elle peut enquiquiner l’UE: c’est important pour Poutine de montrer que la Russie est toujours présente».

Contre l’OTAN

Moscou s’oppose en effet à l’expansion de l’OTAN dans les Balkans occidentaux. Mais la récente adhésion du Monténégro à l’alliance militaire et les avancées dans ce sens de la Macédoine ont été de durs revers diplomatiques.

Les Serbes sont, eux, majoritairement convaincus de la bienveillance du «frère russe». Pourtant, l’image présentée dans les médias est loin de la réalité: la Serbie coopère de façon bien plus intense avec l’OTAN qu’avec l’armée russe et Moscou ne fait pas partie des donateurs et investisseurs majeurs en Serbie. «L’OTAN est toujours un sujet sensible à cause des bombardements de 1999, donc les élites politiques évitent de parler de cette coopération», explique Marija Ignjatijevic, chercheuse au Centre belgradois pour les politiques de sécurité.

Un président serbe ravi

Vladimir Poutine n’est pas le seul à exploiter l’événement grandiose. «Sa popularité aide sans nul doute à augmenter celle d’Aleksandar Vucic», le président serbe, analyse Nemanja Stiplija, directeur du think tank Balkans Occidentaux Européens. «Cela permet de détourner l’attention des manifestations qui ont lieu depuis des semaines», poursuit-il. Des milliers de personnes protestent contre les attaques répétées contre la liberté de la presse et les agressions physiques de journalistes et de politiciens de l’opposition.

De l’argent et du lait…

Le rassemblement massif de jeudi a pris des allures de «contre-meeting» semblable à ceux organisés par l’autoritaire Milosevic avant sa chute en octobre 2000. De grands moyens ont été mis en place pour «encourager» la participation avec des centaines de bus affrétés dans tout le pays et même au Kosovo, des paiements en cash (1500 dinars, soit 14 francs suisses pour les Novisadois) et en nature (des sandwichs et 5 litres de lait pour les habitants de Krupanj), et des pressions. «Mon cousin a eu son emploi parce qu’il est dans le SNS (ndlr: le parti d’Aleksandar Vucic). On lui a fait comprendre qu’il avait intérêt à être là», témoigne un Belgradois sous condition d’anonymat. Dans une Serbie à l’économie fragile, des milliers d’emplois reposent sur l’obéissance aux consignes du parti.

«Merci de votre amitié»

«C’est incroyable de voir ça après Milosevic», soupire Radmila alors que la foule se déverse sous sa fenêtre, rue du roi Milan. «Écris bien que nous ne soutenons pas tous cette folie!» demande-t-elle. On voit au loin le dôme de l’immense église Saint Sava où la foule attend le président russe. Celui-ci est acclamé à la fin de sa visite de l’édifice. «Merci de votre amitié», déclare-t-il très sobrement à côté d’un Aleksandar Vucic tout sourire, avant de quitter les lieux.

Créé: 17.01.2019, 22h55

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