Belgrade suffoque, les autorités nient la pollution

SerbieLes citoyens réclament une réaction des dirigeants alors que la capitale serbe est la ville la plus polluée du monde.

Devant la mairie de Belgrade, les manifestants critiquent l’inaction des autorités face à la pollution de l’air.

Devant la mairie de Belgrade, les manifestants critiquent l’inaction des autorités face à la pollution de l’air. Image: F. Stevanovic/Anadolu

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«Le vent a soufflé, la pluie est tombée. Ils n’ont rien fait et ça a fonctionné!» L’ironie n'échappe pas à la petite foule rassemblée devant la mairie de Belgrade mercredi soir, bravant les averses et les violentes rafales de vent. Au micro, Radomir Lazovic, de l’initiative citoyenne Ne Davimo Beograd («Nous n’abandonnons pas Belgrade») critique le bilan médiocre des autorités serbes en matière de lutte contre la pollution de l’air.

Des rassemblements ont eu lieu dans 21 villes serbes pour réclamer des mesures concrètes contre ce problème chronique, amplifié cette année par un hiver anormalement chaud et sec.

Le 31 janvier, Belgrade était ainsi la ville à l’air le plus pollué du monde, avec un taux de particules fines et de gaz polluants quatre fois supérieur à la limite considérée comme tolérable par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et l’Union européenne.

«Je tousse beaucoup, je respire mal. Je ne sors que quand je suis obligée, pareil pour mes petits-enfants», témoigne Grozdana, 77 ans, emmitouflée dans son manteau d’hiver et ses moufles. Elle tient une pancarte rouge sur laquelle est écrit «Lutte pour un air pur».

Plus de 3500 morts

D’après un rapport de l’OMS basé sur les données d’institutions publiques et de ministères serbes, «l’exposition aux particules fines PM2.5 (ndlr: dont le diamètre est inférieur à 2,5 microns) est à l’origine de 3'585 morts prématurées par an, dont 1'796 à Belgrade».

Mais selon le ministre de la Santé Zlatibor Loncar, «la situation ne peut pas amener de conséquences sérieuses». Le président serbe Aleksandar Vucic a été jusqu’à demander aux journalistes de «ne pas inventer des choses» et de cesser leur «campagne grotesque».

«Je ne sais pas comment rationnellement on peut nier un problème si visible, alors qu’eux-mêmes et leurs familles respirent cet air», déclare Vladimir Radojicic, l’un des organisateurs du rassemblement.

Le problème touche toute la région, mais la Serbie se montre particulièrement réticente à prendre des mesures. Les autorités à Skopje (Macédoine du Nord) et Sarajevo (Bosnie) ont ainsi annoncé un renforcement des transports en commun et des restrictions sur la circulation automobile.

Une partie du problème est créée par une circulation automobile dense et le chauffage à l’huile et au bois des ménages les plus pauvres. Mais les villes serbes les plus polluées sont aussi toutes à proximité de centrales à charbon, mines, usines de métallurgie, cimenteries… Ce que les dirigeants se gardent bien de mentionner.

D’après l’ONG Bankwatch, en 2016, les seize centrales à charbon des Balkans occidentaux ont émis autant de dioxyde de sulfure et de poussière que les 250 centrales de l’Union européenne. La Bosnie, la Serbie et le Kosovo planifient d’en construire de nouvelles: autant de décisions qui entravent l’entrée de ces pays dans l’Union.

La Serbie, qui négocie déjà l’adhésion, vient de demander l’ouverture du complexe chapitre 27 sur l’énergie et le réchauffement climatique. Ces sujets sont de plus en plus décisifs pour l’Union européenne, qui a annoncé en décembre son ambitieux «Pacte Vert européen».

Pression de l’UE

La pression extérieure augmente. La Communauté de l’énergie, qui permet à des pays limitrophes de se raccorder au réseau de l’UE, vient de lancer une procédure disciplinaire contre la Serbie pour non-respect de ses engagements en matière de réduction des émissions de gaz polluants.

«La Communauté de l’énergie est très au fait du problème et fera probablement de même avec les autres pays, souligne Ioana Ciuta, chercheuse à Bankwatch. Les dirigeants continuent de nier le problème malgré toutes ces données que nous avons aujourd’hui. C’est une insulte à l’intelligence des citoyens. Mais ces derniers ne peuvent plus être dupés.»

Ils n’étaient certes pas nombreux sous la pluie mercredi, mais en effet, les habitants sont de plus en plus conscients du danger. Les pharmacies sont en rupture de stock pour les masques respiratoires à filtres. Plus de 92000 personnes suivent la qualité de l’air à Belgrade sur le site Air Visual. Et 15000 citoyens ont signé la pétition de Ne Davimo Beograd réclamant une action politique.

Créé: 07.02.2020, 20h17

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