Balkany: «J'ai horreur de la corruption»

ProcèsActuellement jugé pour fraude fiscale, Patrick Balkany a invoqué un héritage familial, dont des millions en Suisse rapatriés à la fin des années 1980 pour expliquer son grand train de vie.

Patrick Balkany: «On a mangé notre capital mais on a bien vécu.»

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Longuement questionné sur son train de vie fastueux et l'argent liquide coulant à flot autour de lui, le maire LR de Levallois-Perret Patrick Balkany, jugé à Paris pour fraude fiscale, a invoqué mercredi un héritage familial et accusé le fisc de surévaluer son patrimoine.

Teint rubicond et grommellements sourds, l'ancien député bouillonnait depuis l'ouverture de son procès lundi de pouvoir s'exprimer. Il a commencé par un long propos liminaire: «Il faut que je vous parle de mon père».

Très en verve, l'élu raconte ce résistant rescapé d'Auschwitz qui fit fortune dans la revente d'un stock militaire américain puis dans le prêt-à-porter, et dissimula ses millions en Suisse.

Une fortune helvète dont Patrick Balkany rapatrie 6 millions de francs à la fin des années 1980. Il vend ensuite ses parts dans l'entreprise familiale pour 33 millions, une «cession suspecte» car surévaluée selon l'accusation.

Lingots d'or paternels

En parallèle, son épouse Isabelle - également jugée, mais toujours hospitalisée après une tentative de suicide début mai - retire 4 millions de francs d'une vente d'actions familiales, puis en touche 10 autres sur un compte suisse en 1995. Elle récupère en 2008 près de 2 millions d'euros après la vente d'objets d'art familiaux.

Quant à l'argent liquide qui inonde le dossier, il provient des coffres familiaux et de la revente discrète de lingots d'or paternels, assure Patrick Balkany: «Je ne crois pas qu'il y ait beaucoup de Français qui déclarent ce qu'il y a sous le matelas».

Ces espèces, «y'en a plus», déboires fiscaux obligent. Mais à l'époque, «il fallait bien les utiliser», par exemple en payant cash 87'000 euros de billets d'avion en «business class» entre 2010 et 2013.

Mais là où d'anciens employés ont décrit des primes en espèces, il nie. Des grosses coupures débordant de partout, de la coiffeuse de son moulin de Giverny (Eure) aux poches de son peignoir ? «C'est pas notre genre».

«On a mangé notre capital mais on a bien vécu», poursuit le tribun. «J'ai horreur de la corruption», lâche-t-il en déclenchant des murmures dans la salle, «ce que nous avons dépensé, c'est notre argent».

- Tennis «déformé» et «air marin» -

S'ils reconnaissent avoir omis de déclarer une partie de leur héritage, les Balkany réfutent toute sous-évaluation du reste de leur patrimoine. Le fisc, qui avait porté plainte en 2015, chiffre à 4 millions d'euros les impôts dus sur le revenu et la fortune. Le couple n'avait pas payé d'ISF entre 2010 et 2015 malgré des actifs estimés par l'administration à 16 millions d'euros en 2011, 2012 ou 2013. Un chiffre largement surévalué, jure Patrick Balkany. Le moulin ne compterait pas 11 chambres comme l'ont dit les enquêteurs, mais quatre. Malgré 1,8 million d'euros de travaux à Giverny depuis 1986, la piscine serait «bonne à refaire», le tennis «déformé». Quant à la villa Pamplemousse de Saint-Martin, qu'Isabelle Balkany a reconnu avoir achetée avec de l'argent suisse, c'était selon lui un gouffre financier en raison des travaux induits par l'«air marin» ou les ouragans, et le fisc gonflerait sa valeur. «J'ai pas un amour fou pour cette administration», «mais si tous les mauvais payeurs payaient autant que moi, on n'aurait plus de problèmes en France !», ironise l'édile. Le président douche les rires du public: «On n'est pas au spectacle». Interrogé sur l'exotique montage financier qui entourait la villa Pamplemousse, il assure avoir «découvert» pendant l'enquête «ces sociétés qui se baladaient». Quant au riad de Marrakech, dont les enquêteurs estiment qu'il est détenu par les Balkany, «nous ne sommes absolument pas propriétaires», balaie l'élu. Cette villa est au coeur d'une procédure pour blanchiment et corruption qui sera jugée séparément, du 20 mai au 20 juin. L'animal politique, qui à plusieurs reprises vire au rouge brique en s'emportant contre le parquet national financier (PNF) ou l'avocat du fisc, se fait caressant en fin d'audience: «Je me serais bien passé d'être devant vous», dit-il au président. «J'aurais préféré prendre un café avec vous». Il assure encore n'avoir «pas du tout un rapport vénal à l'argent». Lequel, toutefois, «procure des joies, du plaisir, du confort». Les réquisitions du PNF pour le seul délit de fraude fiscale sont attendues jeudi. jmo/epe/mm (afp/nxp)

Créé: 15.05.2019, 20h37

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