Un attentat antisémite ravive la «terreur brune» en Allemagne

TerrorismeL’attaque d’une synagogue et d’un kebab fait deux morts à Halle. Un Allemand de 27 ans a perpétré cet acte terroriste d’extrême droite.

Deux policiers surveillent la synagogue de Halle, attaquée mercredi en plein Yom Kippour. Deux personnes ont trouvé la mort 
et deux autres ont été blessées par le tueur, qui a publié la vidéo de son attentat sur internet.

Deux policiers surveillent la synagogue de Halle, attaquée mercredi en plein Yom Kippour. Deux personnes ont trouvé la mort et deux autres ont été blessées par le tueur, qui a publié la vidéo de son attentat sur internet. Image: ROBERT MICHAEL/DPA VIA AP

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«Je me suis enfermé dans les toilettes. Ensuite, j’ai envoyé un SMS à ma famille pour leur dire que je les aimais.» Conrad Rössler a vraiment cru qu’il ne survivrait pas à l’attaque terroriste qui a fait, hier, deux morts et deux blessés en milieu de journée à Halle, dans l’ex-Allemagne de l’Est.

Il déjeunait paisiblement dans un petit kebab de son quartier du nord de la ville lorsqu’un homme habillé en soldat, encagoulé et muni d’un fusil d’assaut, s’est approché du snack en jetant une grenade. «Elle a explosé devant la porte comme un gros pétard. Ensuite, l’homme a tiré au moins une fois vers nous avec son arme. Derrière moi, un homme s’est écroulé, mort», a-t-il témoigné.

Peu avant, une attaque du même genre a eu lieu contre une synagogue et un cimetière juif. «Un homme a essayé de pénétrer de force dans le cimetière en tirant à plusieurs reprises sur la porte avec un fusil de chasse. Une femme qui passait par là a été fusillée», raconte un témoin. L’homme a tenté également de pénétrer à l’intérieur de la synagogue à l’aide d’une grenade. Plus de 70 personnes étaient réunies à l’intérieur pour fêter le Yom Kippour, la fête religieuse juive la plus importante de l’année. «La porte d’entrée a résisté à l’attaque», a témoigné le président de la communauté juive de Halle, Max Privorotzki, qui s’est barricadé à l’intérieur avec les fidèles en attendant la police. La résistance de la porte a vraisemblablement permis d’éviter un carnage.

Vidéo filmée en live

Immédiatement après l’attaque, la police a arrêté un Allemand de 27 ans, Stephan B., alors qu’il tentait de fuir Halle en voiture. Un autre véhicule, rempli d’armes, a été retrouvé accidenté au sud de Leipzig. Selon le ministre allemand de l’Intérieur, Horst Seehofer, l’attentat a été commis par un homme seul, alors que la police avait dans un premier temps parlé de plusieurs auteurs et lancé des recherches dans toute la région.

Le motif de cet acte n’est pas encore établi mais la piste de l’extrême droite a été rapidement privilégiée par le Parquet fédéral qui traite des affaires de terrorisme. Sur la vidéo tournée en direct par Stephan B. et diffusée sur le Net, on entend crier «Juifs» et «Canaques».

Un élu pro-réfugiés exécuté

Cet attentat intervient seulement quelques mois après l’exécution d’une balle dans la tête d’un élu conservateur, Walter Lübcke, qui s’était engagé en faveur de l’accueil des réfugiés. L’auteur présumé faisait partie des milieux néonazis. L’affaire avait créé une onde de choc dans le pays et avait fait prendre conscience aux Allemands que le terrorisme d’extrême droite était au moins aussi menaçant que l’islamisme.

Les services de renseignement ont longtemps minimisé cette menace. Ils ont volontairement fermé les yeux sur les activités clandestines des néonazis, comme l’a montré le procès de NSU (Clandestinité nationale-socialiste). Ce groupuscule a été responsable dans les années 2000 de plusieurs attentats et de l’exécution de sang-froid de huit commerçants turcs et d’un entrepreneur grec, pour des motifs purement racistes.

Les deux attentats au couteau en 2015 contre la maire de Cologne, Henriette Reker, puis, deux ans plus tard, contre le maire d’Altena, Andreas Hollstein, ont fait prendre conscience que les néonazis ne se limitaient plus à proférer des paroles racistes et antisémitiques. Là encore, les deux responsables politiques défendaient une politique d’accueil favorable aux migrants.

Le procès qui se tient actuellement contre huit membres du groupuscule «Révolution Chemnitz» (ville d’Allemagne de l’Est) confirme la volonté du passage à l’acte. Accusés d’avoir préparé un attentat à Berlin le 3 octobre 2018, le jour de la fête nationale, les accusés ont décrit leur geste comme une attaque «contre la dictature médiatique et leurs esclaves».

Alors que l’extrême droite continue de remporter des succès électoraux avec des candidats proches des milieux néonazis, la montée d’une violence d’extrême droite hante les Allemands.

Créé: 09.10.2019, 22h26

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