Tollé en Chine autour des «écoles de vertu féminine»

Inégalité des sexesUn institut enseignait la soumission au père, au mari et aux fils. Les autorités ont fermé l’établissement. Mais le cas n’est pas isolé.

Ville de Shanghai

Ville de Shanghai Image: Barcroft Media

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«Les femmes qui font carrière finissent mal. Elles ne devraient pas s’efforcer de monter dans l’échelle sociale mais rester toujours à l’échelon le plus bas. Une épouse doit obéir aux ordres de son père, de son mari et de ses fils. Ne jamais se défendre quand son époux la bat, ne jamais répliquer quand il la réprimande. Les femmes devraient faire davantage le ménage… et la fermer!» Un véritable tollé a éclaté suite à la diffusion sur Sina Weibo, le «Twitter» chinois, d’une vidéo dévoilant les enseignements délivrés par un institut de culture traditionnelle dans la ville de Fushun, dans le nord du pays, au sein des «classes de vertu» destinées aux femmes. Faut-il y voir le retour de valeurs ancestrales?

Postée au début du mois, cette vidéo devenue rapidement virale a très vite débouché sur la fermeture de l’établissement privé sur décision des autorités de cette localité du nord de la Chine. Selon la presse officielle, l’école fonctionnait sans autorisation. Elle figurait certes sur les registres depuis 2011, mais sous l’intitulé «Association de recherche sur la culture traditionnelle». Surtout, ses «enseignements vont contre la morale sociale» édictée par le Parti communiste. En effet, Mao Zedong lui-même avait déclaré que «les femmes portent la moitié du ciel et doivent la conquérir».

Une «épidémie» rétrograde?

Mais si les autorités se sont empressées de sévir, suite à la colère exprimée par les internautes chinois, c’est que ceux-ci savent très bien que l’institut de Fushun n’est pas un cas isolé. D’abord, cette école dispose de succursales dans trois autres villes (Wenzhou, Zhenzhou et Sanya), selon l’agence Chine Nouvelle. Mais plus largement, de telles «classes de vertu féminine» se sont multipliées ces dernières années à travers le pays, dans les provinces de Shandong, Hebei, Shaanxi, Guangdong, Hainan et même jusqu’à Pékin, si l’on en croit le site womenofchina.cn. Il s’agit souvent de stages de sept jours, au cours desquels les «étudiantes» se lèvent avant l’aube pour effectuer huit longues heures de tâches ménagères à la dure… avant d’assister aux «cours» eux-mêmes.

Selon les enquêteurs de la BBC basés à Pékin, de telles pratiques perdurent, notamment dans les zones rurales et pauvres, où des hommes d’affaires peu scrupuleux font leur beurre en ciblant des populations encore très conservatrices. «Le manque d’éducation, de soutien social et de protection légale des droits de la femme dans les zones rurales créent un terreau propice pour une telle idéologie», déplore Xie Liha, rédactrice-en-chef du magazine Femme Rurale. Pour autant, elle ne croit pas à un vrai retour des valeurs ancestrales dans l’Empire du Milieu. «Le cours de l’Histoire ne peut pas être inversé. La société chinoise a évolué vers l’égalité des sexes.» (TDG)

Créé: 13.12.2017, 11h08

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