Les Rohingyas victimes d'un nettoyage ethnique

BirmaniePlus de 300'000 musulmans rohingyas se sont réfugiés au Bangladesh depuis le 25 août. Le Conseil de sécurité de l'ONU se réunit mercredi.

Manifestation de musulmans birmans en Malaisie, mars 2013.
Vidéo: Keystone

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L'ONU, qui a dénoncé un «nettoyage ethnique», va réunir mercredi son conseil de sécurité pour discuter de la crise des Rohingyas, dont plus de 300'000 se sont réfugiés au Bangladesh depuis fin août pour fuir les violences en Birmanie.

Le dalaï lama en personne a exhorté lundi la dirigeante birmane Aung San Suu Kyi, prix Nobel de la paix comme lui, à trouver une solution pour les Rohingyas, plus grande population apatride au monde avec un total d'environ un million de personnes.

«La Birmanie ayant refusé l'accès aux enquêteurs (...), l'évaluation actuelle de la situation ne peut pas être entièrement réalisée, mais la situation semble être un exemple classique de nettoyage ethnique», a déclaré lundi le Haut-Commissaire de l'ONU aux droits de l'homme Zeid Ra'ad Al Hussein à l'ouverture de la 36e session du Conseil à Genève.

A la demande du Royaume-Uni et de la Suède, le Conseil de sécurité de l'ONU a donc décidé de se réunir pour évoquer ce dossier. «On estime à 313'000 le nombre de Rohingyas arrivés au Bangladesh depuis le 25 août», a dit à l'AFP Joseph Tripura, porte-parole du Haut-Commissariat aux réfugiés (HCR) de l'ONU. Dimanche, leur nombre était encore estimé à 294'000.

Washington «profondément troublé»

Le flux de Rohingyas quittant le nord-ouest du pays à pied, dans la boue, sous la pluie, semble se ralentir ces derniers jours, après un pic la semaine dernière. Mais le Bangladesh fait face à une crise humanitaire, les camps étant surpeuplés.

La Maison Blanche s'est de son côté déclarée lundi «profondément troublée» par la crise des Rohingyas, sans pour autant mettre en cause le gouvernement d'Aung San Suu Kyi.

Tout a commencé cette fois-ci avec des attaques de rebelles rohingyas contre la police birmane le 25 août, qui ont déclenché une répression de l'armée. Bilan, au moins 500 morts, la plupart rohingyas, selon l'armée, l'ONU évoquant le double de morts, des villages incendiés et des exactions. Les rebelles ont déclaré dimanche un cessez-le-feu unilatéral d'un mois, mais le gouvernement birman a répondu qu'il ne négociait pas avec des «terroristes».

La diplomatie birmane, dirigée par Aung San Suu Kyi, a maintenu lundi soir, dans un communiqué, son soutien à l'armée: elle a assuré que «les forces de sécurité ont reçu pour instructions» d'«éviter des dommages collatéraux et que des civils innocents soient blessés lors de leur mission légitime de restauration de l'ordre». Dans une déclaration sans ambiguité, le chef de l'armée birmane a affirmé que les «Rohingya ne font pas partie de l'histoire du pays».

Rapports et images satellites

«Nous avons reçu de multiples rapports et des images satellites montrant des forces de sécurité et des milices locales brûlant des villages rohingyas, et des informations cohérentes faisant état d'exécutions extrajudiciaires, y compris de tirs sur des civils en fuite», a ajouté Zeid Ra'ad Al Hussein. Des témoignages en ce sens ont également été recueillis par l'AFP. Il a appelé le gouvernement birman à «mettre un terme à son opération militaire cruelle» et aux «discriminations généralisées» dont souffrent les Rohingyas.

Le dalaï lama, leader spirituel des Tibétains, admiré par Aung San Suu Kyi, l'a appelée à faire régner «un esprit de paix et de réconciliation» dans son pays, dans une lettre que l'AFP a pu lire. La prix Nobel de la paix est très critiquée sur la scène internationale pour sa retenue et sa froideur sur ce sujet. Son rôle n'est pas facilité par la grande autonomie de l'armée, dirigée par des anciens responsables de la junte autodissoute en 2011, qui reste toute puissante dans cette zone de conflit.

Dimanche soir, la police a dû intervenir dans le centre du pays, à plus de 90% bouddhiste, pour disperser une foule de 400 personnes jetant des pierres sur une boucherie musulmane, premières violences intercommunautaires suscitées par les attaques de la rébellion musulmane rohingya fin août.

En 2012, de violents affrontements avaient éclaté dans le pays entre bouddhistes et musulmans faisant près de 200 morts, principalement des musulmans. Les violences anti-musulmans étaient alors souvent parties de foules bouddhistes en colère. Considérés comme des étrangers en Birmanie, les Rohingyas sont victimes de multiples discriminations - travail forcé, extorsion, restrictions à la liberté de mouvement, règles de mariage injustes et confiscation des terres. (afp/nxp)

Créé: 12.09.2017, 05h53

Des ONG déplorent l'inaction du Conseil de sécurité

Human Rights Watch et Amnesty International ont regretté mardi l'inaction du Conseil de sécurité de l'ONU dans le traitement de la crise en Birmanie. Les deux ONG réclament la fin des violences contre cette minorité musulmane, alors que doit se tenir mercredi une réunion du Conseil de sécurité sur cette crise.

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