«Cette révolte à Hongkong est aussi identitaire et économique»

ChineL’ancienne colonie britannique se soulève contre une loi d’extradition qui menace les libertés. Mais pas seulement.

Depuis dimanche, les manifestants paralysent le territoire. Mardi, le Conseil législatif a reporté l’examen du projet de loi qui autoriserait des extraditions vers la Chine.

Depuis dimanche, les manifestants paralysent le territoire. Mardi, le Conseil législatif a reporté l’examen du projet de loi qui autoriserait des extraditions vers la Chine. Image: AP/V.YU/Keystone

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Énorme victoire ou simple répit? Mardi, tandis que les manifestants paralysaient à nouveau le centre de Hongkong, le Conseil législatif décidait de reporter l’examen en deuxième lecture du projet de loi qui autoriserait des extraditions vers la Chine. Pas de quoi calmer les foules contestataires dans l’ancienne colonie britannique. Fait rare, des affrontements ont même eu lieu avec la police, qui a sorti les matraques, tiré des balles en caoutchouc et projeté des gaz lacrymogènes. Du jamais-vu depuis la rétrocession, en 1997, de ce petit territoire qui conserve un degré d’autonomie. Dimanche, un septième de la population protestait dans la rue, selon les organisateurs. Visiblement, la défense des libertés n’est pas l’unique enjeu, analyse Antoine Kernen, spécialiste de la Chine à l’Université de Lausanne.

Face à la colère de la rue, le parlement a reporté l’examen du projet de loi. Comment interprétez-vous ce recul?

Le pouvoir tente de calmer le jeu. Il ne veut surtout pas que s’installe à nouveau un long conflit. À Hongkong, tout le monde se souvient qu’en 2014, durant des semaines, le «Mouvement des parapluies» avait paralysé Central (ndlr: le quartier d’affaires). Or, des jeunes y ont déjà passé la nuit de lundi à mardi et les manifestants donnent l’impression d’être extrêmement déterminés. Sur un territoire peu habitué aux violences politiques, les médias locaux s’émeuvent des «affrontements» entre les jeunes contestataires et la police, les premiers poussant les barrières et jetant des projectiles, les seconds répondant d’abord à coups de matraque et de gaz au poivre, puis en utilisant des balles en caoutchouc et des gaz lacrymogènes (ndlr: surtout contre ceux qui encerclaient le Conseil législatif).

Dimanche, il y avait un million de manifestants dans la rue, selon les organisateurs. C’est un septième de la population! Pourquoi un tel soulèvement?

C’est vrai qu’on n’avait jamais encore atteint le million de manifestants. Mais depuis que l’ancienne colonie britannique a été rétrocédée à la Chine, il y a de très grandes mobilisations à chaque fois que les gens de Hongkong ont l’impression que leurs libertés sont menacées. Pour eux, il ne s’agit pas simplement de défendre l’État de droit par principe, pour sauvegarder la démocratie. Ce projet de loi est en débat alors que les leaders du «Mouvement des parapluies» viennent d’être jugés coupables. Or, la révolte de 2014 était surtout le fait des jeunes, donc les Hongkongais se disent que Pékin pourrait bientôt extrader leurs enfants. Mais par ailleurs, c’est aussi un enjeu identitaire: l’autonomie de ce petit territoire fait la fierté de sa population, qui tient énormément à sa différence. Enfin, pour beaucoup, c’est encore une question de compétitivité économique face aux grands pôles financiers de Chine continentale, car l’indépendance du système judiciaire à Hongkong représente un avantage comparatif certain.

Le président Xi Jinping va-t-il laisser passer ça, lui qui s’efforce de concentrer tous les pouvoirs en Chine? Faut-il s’attendre à une répression plus musclée?

Non, Xi Jinping ne va pas laisser passer ça, mais il peut gérer la crise intelligemment. D’une manière ou d’une autre, la question de l’extradition va réapparaître. Mais pour l’instant, la priorité, c’est de ne pas donner l’impression d’un conflit ouvert entre Pékin et Hongkong. C’est aux autorités locales de gérer la situation (quitte à recevoir des «conseils» de la capitale chinoise). Le consensus qui règne depuis la rétrocession de ce petit territoire, personne ne veut vraiment le remettre en question. Pas question d’en faire une banlieue de Shanghai. Une partie importante des élites chinoises aime aller se former à Hongkong, c’est bien agréable. En réalité, Pékin aimerait juste que la dimension politique soit moins présente. Mais au contraire, de plus en plus de jeunes se radicalisent. Le développement économique, les mutations technologiques, ça ne les fascine pas, eux ont grandi avec. Les étudiants, comme dans n’importe quelle capitale d’Europe, parlent plutôt de décroissance! Ils n’ont pas les mêmes préoccupations que les jeunes de cette Chine continentale dont ils deviennent peu à peu une simple périphérie.

Créé: 12.06.2019, 19h42

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