Avant de rencontrer Trump, Kim Jong-un accentue la pression

Corée du NordÀ trois semaines d’un sommet historique, le dirigeant a soudain durci le ton face aux États-Unis. Décryptage.

Reprenant la stratégie de ses aïeux, le leader suprême nord-coréen Kim Jong-un brouille les pistes à l’approche de sa rencontre avec Donald Trump, prévue le 12 juin à Singapour.

Reprenant la stratégie de ses aïeux, le leader suprême nord-coréen Kim Jong-un brouille les pistes à l’approche de sa rencontre avec Donald Trump, prévue le 12 juin à Singapour. Image: Keystone

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Kim Jong-un souffle le chaud et le froid. Reprenant la stratégie de ses aïeux, le leader suprême nord-coréen brouille les pistes à l’approche de sa rencontre avec Donald Trump, prévue le 12 juin à Singapour. D’ici à vendredi prochain, le régime paria devrait démanteler son site nucléaire de Punggye-ri à grand renfort d’explosifs afin d’afficher sa bonne foi en matière de «dénucléarisation». Des journalistes des médias américains, chinois et russes sont arrivés mardi à Wonsan, sur la côte orientale, pour assister à cette opération d’envergure qui doit marquer la fermeture du site où le régime a conduit ses six tests, dans le nord-est du pays. Kim a lancé cette promesse unilatérale le 21 avril, en pleine offensive de charme en direction de Washington, qui exige le démantèlement de son arsenal. À grand renfort de publicité, l’opération doit affirmer aux yeux du monde sa volonté de dénucléariser, lui donnant le beau rôle, à la veille de son tête-à-tête avec l’imprévisible Trump.

Pluie d’insultes

Mais, la semaine dernière, le «Maréchal» élevé en Suisse a changé de ton, menaçant d’annuler son rendez-vous avec le président américain si Washington continuait à plaider en faveur d’une dénucléarisation à la «libyenne». Dans un communiqué au vitriol, Pyongyang a ciblé John Bolton, le conseiller à la Sécurité nationale de Donald Trump. Celui-ci exige un démantèlement immédiat de son arsenal avant d’offrir toute contrepartie, selon le précédent appliqué au régime du Colonel Kadhafi. Un chiffon rouge aux yeux d’une dynastie paranoïaque, hantée par la chute et qui voit en la bombe son assurance-vie. L’indignation de Kim Jong-un s’est traduite par une pluie d’insultes à l’égard du président sud-coréen Moon Jae-in, qui rencontrait mardi Donald Trump à la Maison-Blanche. En guise de sanctions, les journalistes sud-coréens invités à Punggye-ri n’ont jamais pu décoller de Pékin, douchant l’enthousiasme de la lune de miel intercoréenne entrevue depuis les Jeux olympiques d’hiver de PyeongChang en février. «Ils veulent tester la volonté de Trump d’aller au sommet, et enfoncer un coin dans l’alliance américano-sud-coréenne», analyse Scott Snyder, du Council for Foreign Relations, un think tank à Washington.

Décontenancés par ce coup de froid, les deux alliés maintiennent le cap vers Singapour mais affichent leur fermeté, seulement quelques semaines après un sommet spectaculaire entre Moon et Kim, le 27 avril. Pour être sûr d’être bien compris, le vice-président américain Mike Pence a mis en garde Kim contre la tentation de «jouer» avec Trump.

Ne pas renoncer à la bombe

Les experts voient dans le raidissement de Pyongyang une tactique de négociation pour abaisser les exigences américaines, visant une dénucléarisation «complète, vérifiée et irréversible» (CVID) avant toute levée des sanctions. Il signale l’entrée dans le vif des négociations, révélant au grand jour le fossé qui sépare les deux adversaires, en dépit des proclamations sur la dénucléarisation professées par Kim, et reprises sur Twitter par le président américain. «On entre dans le vif du sujet. En réalité, les Nord-Coréens veulent des négociations de contrôles d’armement, sur le modèle de l’ère soviétique. On est loin de la CVID», juge Victor Cha, ancien négociateur de l’ère Bush, longtemps pressenti pour devenir le prochain ambassadeur américain à Séoul. S’inspirant de la guerre froide, Pyongyang serait prêt à réduire son arsenal en échange d’un traité de paix et de bénéfices économiques, mais ne renoncerait jamais à «lâcher» l’ensemble de ses bombes, dont le nombre estimé varie de 15 à plusieurs dizaines, jugent nombre d’experts.

Les doutes de Trump

Enfin, preuve que la route vers Singapour s’annonce encore longue et semée d’embûches, Donald Trump a émis, mardi, des doutes sur la tenue du sommet. «Je pense qu’il (Kim Jong-un) est sérieux. Je pense qu’il est absolument très sérieux», a dit le président américain aux côtés de son homologue sud-coréen, Moon Jae-in. Mais «il est possible que ça ne marche pas pour le 12 juin. Si la rencontre n’a pas lieu, elle aura peut-être lieu plus tard», a-t-il dit en évoquant «certaines conditions». Mais surtout, Trump a dit avoir noté une différence de ton de la part de la Corée du Nord après une deuxième réunion entre Kim Jong-un et le président chinois et principal allié de Pyongyang, Xi Jinping. Le suspense continue.

Créé: 22.05.2018, 19h58

«Les deux camps se testent»

Le député Joachim Son-Forget, qui représente les Français de l’étranger de Suisse et du Liechtenstein, rentre tout juste de Séoul. L’élu d’origine coréenne suit de près les discussions entre Pyongyang et Washington.

Que faut-il pour que le sommet entre Kim et Trump débouche sur un résultat?

Avant toute chose, il est nécessaire d’engager une normalisation des relations entre les États-Unis et la Corée du Nord. Du point de vue des Nord-Coréens, il n’y aura pas d’avancée s’il n’y a pas une réciprocité et un climat de confiance. Cela pourrait passer, par exemple, par la création d’un bureau de représentation américain à Pyongyang et, réciproquement, d’une représentation nord-coréenne à Washington.

Pyongyang a agité la menace d’une annulation du sommet. Tout cela ne reste-t-il pas très fragile?

Non. Il faut juste y voir la réponse du berger à la bergère. John Bolton a demandé que la Corée du Nord s’engage aussi à se démilitariser totalement. Les deux camps se testent.

A-t-on sous-estimé la diplomatie nord-coréenne?

D’abord, les diplomates nord-coréens ont toujours été très habiles. La plupart du temps, ils parlent plusieurs langues et sont d’un bon niveau. Dans cette affaire, Kim Jong-un n’a pas agi de manière irrationnelle. Il a voulu créer les conditions d’une dissuasion efficace pour apparaître comme un interlocuteur crédible.
Alain Jourdan

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